La stratégie impérialiste du chaos permanent en Afrique

Jeudi 15 septembre 2022

L’Afrique est l’avenir de la planète, mais son présent est le terrain de l’affrontement entre le bloc occidental et le bloc du sud autour de la Chine et des BRICS. Le président algérien a évoqué un rapprochement avec les BRICS… le président Macron a du lui en parler lors de son voyage très médiatique mais dont on ne sait pas grand chose de concret. L’ambassadeur du Nigeria a évoqué aussi cette possibilité pour son pays. Le ministre des finances d’Egypte l’évoque pour son pays. Il y a déjà l’Afrique du Sud. Cela ferait les 4 plus grandes économies d’Afrique..

Sans doute cela conduit à regarder les interventions occidentales en Afrique d’une autre manière, et ce sera un des enjeux du débat des prochaines rencontres internationaliste de Vénissieux.

La stratégie impérialiste du chaos permanent en Afrique

L’Afrique est au cœur des enjeux à l’heure où l’économie mondiale capitaliste convoite les richesses naturelles dont le continent regorge. C’est la raison de l’installation de ce chaos permanent organisé par l’impérialisme dans les régions qui ne sont pas assises sur des tas de cailloux, mais sur une manne qui fait le malheur de leurs populations au lieu de leur profiter.

Le continent africain représente le cinquième des terres émergées. Il recèle 60 types de minerais soit le tiers des réserves mondiales :

  • 60% du coltan
  • 70% du tantale
  • 90% des platinoïdes
  • 46% de diamants
  • 40% de l’or Ses ressources énergétiques, très variées, sont réparties dans des zones distinctes :
  • Energies fossiles importantes : 10% des réserves de pétrole dans le Golfe de Guinée, en Afrique australe et Afrique du nord, également riche en gaz et en charbon.
  • Bassins hydrauliques en Afrique centrale,
  • Gisements d’uranium au Niger et en Namibie ;
  • Rayonnement solaire dans les pays sahéliens et capacités géothermiques en Afrique de l’est

Ses terres arables, 24% du potentiel mondial, produisent 9% de l’agriculture.

Les richesses du sous-sol de l’Afrique revêtent une importance stratégique pour se développer, prospérer, et même se protéger d’une éventuelle pénurie. Mais leur contrôle dépend des contrats secrets concoctés entre les chefs d’États et des grandes multinationales, ils sont à l’origine du sous-développement de la grande majorité de ces pays.

Le chaos que connaît aujourd’hui l’Afrique avec des conflits qui s’enlisent et d’autres qui surgissent à l’occasion d’événements locaux ou régionaux n’est pas fortuit, ni dû, comme c’est couramment attribué, à des « rivalités ethniques ».

Aujourd’hui une quinzaine de pays africains sont touchés par des conflits armés permanents ou des attaques terroristes continues.

Le pillage de l’Afrique ne date pas d’hier.

Ce sont d’abord ses ressources humaines qui ont permis l’essor des économies des puissances maritimes de l’ouest européen du 15e au 18e siècle.

Après le Portugal, c’est l’Espagne, la France, la Grande Bretagne, la Hollande et le Danemark qui ont pratiqué le commerce triangulaire en instaurant la traite négrière (pour alimenter en main d’œuvre servile surtout les plantations sucrières des Caraïbes).

12 millions d’Africain.es ont été arraché.es à leurs familles et à leurs pays, (avec un pic dans la seconde partie du 17e siècle de 76 000 personnes par an).

Réduits en esclavage ils ont permis l’essor de l’agriculture de rand dans les Amériques, à la Réunion et l’île Maurice, la constitution de grandes fortunes et le développement économique des régions où se situaient les ports européens liés au sinistre commerce.

Au 19e siècle, les besoins de l’industrie, la baisse des revenus de la culture de la canne à sucre, les révoltes qui se multipliaient sur les bateaux et dans les plantations, ont amené les puissances européennes, sous la conduite de l’Angleterre, à abolir l’esclavage et à faire évoluer leur politique coloniale en proposant, en 1815, à leurs partenaires africains, de remplacer la traite d’êtres humains par la nouvelle devise « Industrie et commerce ».

La colonisation a permis que le pillage se poursuive par l’accaparement des terres, ce qui abolit la conception du rapport de l’humain à la terre dans nombre de régions où « la terre-mère » était liée à celui qui l’exploitait, sans lui appartenir. L’Allemagne, la Belgique et l’Italie avaient rejoint le « club » des prédateurs pour exploiter le sol, le sous-sol et les habitants qui furent astreints au travail forcé, une variante de l’esclavage. Il fut aboli par la loi en 1946, mais pratiqué encore durant de belles années.

Les conquêtes coloniales s’accompagnaient de campagnes médiatiques en direction des européens, à qui on affirmait aller apporter la civilisation et la religion à des peuplades à peine sorties de l’état sauvage. Le racisme s’incrustait dans les esprits, les sociétés et les institutions.

Le « joli temps des colonies » prit fin officiellement dans la seconde moitié du 20e siècle

Ce ne fut pas grâce au bon cœur des colonisateurs, mais comme le dit la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1960 « le désir passionné de liberté de tous les peuples dépendants et le rôle décisif de ces peuples dans leur accession à l’indépendance ».

La Conférence de Bandung en 1955 avait sonné l’heure de l’achèvement de la décolonisation.

Mais les anciennes puissances coloniales ont veillé à prendre des précautions afin de sauvegarder leurs intérêts.

  • En réprimant les mouvements indépendantistes :1945 dans les Aurès, 1947 à Madagascar, 1953 Sao Tomé, 1955/1962 Cameroun.
  • En éliminant, avant et après l’indépendance, des leaders panafricanistes. (1959 Boganda en Centrafrique & Ruben Um Nyobé au Cameroun, 1961 Patrice Lumumba au Zaïre/RDC, 1963 Sylvanus Olympio au Togo, 1973 Amilcal Cabral Guinée/Cap Vert, 1977 Modibo Keita au Mali, 1987 Thomas Sankara au Burkina Faso. Sans oublier en 1965 Mehdi Ben Barka, l’un des dirigeants du mouvement tiers-mondiste, opposant du roi HassanII du Maroc.
  • En dynamitant la dynamique politique et institutionnelle entre les mouvements indépendantistes comme le retournement opéré en 1951 d’Houphet Boigny de Côte d’Ivoire par Mitterrand, alors Ministre de l’Outre-mer, qui porta un coup au Rassemblement Démocratique Africain (RDA).

Les moyens de contrôler des Etats indépendants

Economiquement  : accords économiques « perdant/gagnant »,

Politiquement  : installation de dictatures et/ou renversement des chefs d’Etats

Militairement  : Les accords secrets, dits « de défense et de coopération », passés avec la plupart de ses anciennes colonies ont permis à la France d’y envoyer la troupe et l’aviation, sous des prétextes divers mais peu variés : « protection des ressortissants français » « maintien de la stabilité face au risque de chaos », quand bien même s’agissant de la « stabilité » des pires dictatures. La France n’a d’ailleurs pas hésité à sortir de son pré carré pour étendre son influence à d’autres pays que ses anciennes colonies (Zaïre/RDC, Burundi, Rwanda, Sahara occidental, Guinée équatoriale).

55 opérations militaires (de quelques moi s à plusieurs années) dans 24 pays. Les plus déstabilisés par les conflits armés aujourd’hui sont ceux qui ont « bénéficié » le plus des interventions de l’armée française : Tchad, Centrafrique, Mali, et la RDC.

La sécurité énergétique est au cœur des enjeux géopolitiques du 21e siècle.

Les impérialistes européens ont été rejoints sur le continent africain par d’autres puissances avide de s’approvisionner sur le grand continent : La Chine, le Canada, la Turquie, le Brésil, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et l’Inde. Les appétits des multinationales (des anciennes et nouvelles puissances) sont toutefois confrontés aux velléités de souveraineté d’Etats et particulièrement des influents à l’échelle continentale et internationale.

Il leur faut aussi compter sur les revendications des peuples qui ne supportent plus la misère qu’on leur impose alors que les ressources de leurs pays sont pillées, partent à l’étranger sans générer des industries de transformation.

Les dictats des institutions FMI, Banque Mondiale, OMS sont responsables de la faillite des Etats à assurer leurs responsabilités régaliennes en matière de services publics et de sécurité de leurs frontières.

C’est dans ce contexte qu’une stratégie semble se dessiner : la balkanisation de grands Etats d’Afrique.

Au Soudan, sous prétexte de mettre fin à la guerre qui oppose dans le sud du pays le mouvement du SPLM au dictateur El Béchir. Une solution sortit du chapeau des USA : l’organisation d’un référendum d’autodétermination en janvier 2011 qui mit un premier coup de canif dans la charte du l’UA sur l’intangibilité des frontières issues de la colonisation. Les réserves pétrolières du Soudan étaient estimées à 6,7 milliards de barils (0,5% des réserves mondiales). Trois entreprises, chinoise, indienne et malaisienne se partagent 90% de l’exploitation. Dans ce partage, le Sud-soudan, chaperonné par les USA, récupère 75% des réserves de l’ancien Soudan. Dans Le Monde du 13 janvier 2011 Marc Lavergne, chercheur au CNRS, a écrit « Le plus inquiétant est que l’indépendance n’est pas le résultat d’une demande des Sudistes, mais celui d’une vision américaine déjà mise en œuvre en Yougoslavie en 1995 : « S’ils ne s’entendent pas, qu’on les sépare ! ». Or le Sud ne possède d’unité que par rapport au Nord : il rassemble des peuples dont beaucoup s’ignorent, se jalousent ou s’affrontent, et dont le seul ciment a été la guerre contre la domination séculaire des « Arabes » du Nord. »

Décidément l’accès des peuples à l’autodétermination est vraiment à géométrie variable. Promis au peuple sahraoui en 1991 le référendum n’a toujours pas été mis en œuvre au Sahara occidental où les combats ont repris en 2020 après 31 ans de cessez-le-feu.

La Libye On ne manque pas de dictatures en Afrique où certaines sont « fréquentables ». Mais c’est par la Libye de Kadhafi que l’OTAN entre dans l’arène africaine en mars 2011 pour « sauver la démocratie et les droits de l’homme ». La présence à l’Est du pays de la plus grande partie des installations pétrolières, dont les ports d’où part « l’or noir », n’est pas étrangère dans le choix de l’Occident de voler au secours du camp de Benghazi. Dans son ouvrage Les mensonges de la guerre de l’Occident contre la Libye Jean-Paul Pougala, écrivain d’origine camerounaise, directeur de l’Institut d’études géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la diplomatie de Genève, développe les quatre « vraies raisons de la guerre en Libye » :

  • La première était la volonté des occidentaux d’empêcher une indépendance africaine en matière de réseau satellitaire. « L’histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société Rascom pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts importants des communications sur le continent dus à un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an pour le transit sur les satellites européens. La dynamique financière lancée par Kadhafi a permis la réalisation sur le sol africain d’un satellite 100% africain à un coût nettement inférieur. L’Europe n’a pas seulement perdu 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts.
  • La seconde : le Guide voulait garantir à l’Afrique son indépendance financière à travers trois projets d’une Fédération africaine qu’il ambitionnait de présider : Création d’une Banque Africaine d’Investissement, d’un Fond Monétaire Africain et d’une Banque Centrale Africaine. L’émission d’une monnaie africaine aurait signé la fin du Franc CFA.
  • La troisième : La volonté occidentale de stopper la construction de l’Union africaine dont Kadhafi était le maître d’œuvre qui aurait pu glisser vers des États-Unis d’Afrique. Le contre-feu de l’Union Européenne fut la création de l’UPM (l’Union Pour la Méditerranée). Afin de séparer l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique on mit en avant les mêmes thèses racistes des 18e et 19e siècle selon lesquelles les populations africaines d’origine Arabes seraient plus évoluées, plus civilisées que le reste du continent. Ce fut un échec : Kadhafi a refusé de s’y engager à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union Africaine, tout en y invitant les 27 pays de l’Union Européenne.
  • Quatrième raison, Kadhafi devait payer d’avoir aidé financièrement et militairement l’ANC pour libérer l’Afrique du Sud de l’apartheid, le pays devenant le moteur du développement africain et de l’entrée du continent dans la cour des grands.

Nous y ajoutons que Kadhafi était contre l’installation par les USA d’AFRICOM, qui a quadrillé l’Afrique en 5 zones de surveillance.

Les dividendes attendus de l’opération l’Harmattan résident dans les immenses réserves de pétrole et de gaz libyennes auxquelles il faut ajouter les réserves minérales encore inexploitées dont d’importantes réserves aurifères dans le Sud du pays. Sans oublier les actifs de fonds souverains de 67 milliards de dollars dispersés dans le monde et gelés par décision de l’ONU.

Pour une partie des Africains du continent et de la diaspora, la guerre contre Kadhafi relevait d’un complot contre l’Afrique. Opinion que le site Aloysius Agendia résume ainsi le 26 mars 2011 « Les forces alliées sont en Libye pour la propagation de la liberté ou celle du libéralisme, du capitalisme ou du Nouvel Ordre Mondial ? »

Pourra-t-on évaluer les dégâts humains, civilisationnels, structurels et politiques que l’agression occidentale de la Libye aura occasionnés, pour ce pays et pour toute la région ? Les parrains de ce conflit qui s’enlise préparent-ils une solution à la soudanaise ?

Le Mali En son temps le président Amadou Toumani Touré avait refusé l’installation d’une base militaire française à Tessalit. Il a été victime d’un coup d’État en mars 2012, quelques semaines avant l’élection présidentielle à laquelle ATT ne devait pas participer.

Le MNLA, résultat de la fusion de quelques tribus Touaregs de l’Est et du Nord-Est du Mali se créé en octobre 2011, en rébellion contre le pouvoir central. Il est reçu au quai d’Orsay début 2012. Le 5 avril 2012 il proclame l’indépendance de l’Azawad. « 50% du Mali » annonce France24, soit une région plus grand que la France, gangrenée par des groupes terroristes, le trafic d’armes et de drogue. A l’époque la ville de Tombouctou était aux mains d’Ansar Eddine, opposé à l’indépendance car c’est dans tout le Mali qu’il veut instaurer un Etat islamique.

Dans un article de l’Humanité l’écrivain malien Ousmane Diarra affirme : « Le MNLA n’a pas conquis les trois régions de Gao, Kidal et Tombouctou sans Aqmi, sans le Mujao et sans Ansar Eddine. Le MNLA est une création artificielle. Après la conquête, Aqmi, Mujao et Ansar Eddine l’ont chassé. Le MNLA a été leur cheval de Troie ». En août 2012 le Commandement des Opérations Spéciales (COS) déclenchait l’opération Sabre dans le Sahel. Six mois passent et c’est Serval qui prend le relai en janvier 2013 pour passer la main le 1er août 2014 à Barkhane qui circule à sa guise dans 5 pays sahéliens : Mali, Tchad, Niger, Burkina Faso et Mauritanie. Les forces armées françaises n’ont jamais été aussi importantes en Afrique durant la colonisation (hormis durant la guerre d’Algérie).

Le 20 mars 2014 J.Y.Le Drian annonçait triomphalement sur Radio Monte-Carlo « La guerre de libération du Mali est finie. » Et d’ajouter que « l’action des forces françaises a permis au Mali de retrouver sa souveraineté, ses institutions démocratiques, que des élections aient lieu, et qu’il y ait une fierté d’appartenance malienne qui se retrouve. »

Pourtant les groupes djihadistes n’ont cessé d’étendre leur emprise au Sahel. Du Mali au Burkina Faso en passant par le Niger, ils attaquent villages, sèment la mort, détruisent les écoles, symboles d’émancipation pour les jeunes générations. Les Maliens qui avaient applaudi l’arrivée de la troupe française ont déchanté au vu du résultat de ces 10 années, il a fallu du temps pour constater que le pyromane n’était même pas un bon pompier. Les autorités maliennes ont demandé à la France le retrait de ses soldats du territoire. Elles ont été redéployées au Niger.

« La grande muette » serait-elle mauvaise joueuse ? Les accusations du gouvernement malien sont graves. Il a demandé par lettre le mois dernier, au Président du Conseil de sécurité de l’ONU une réunion d’urgence pour faire cesser ce qu’il présente comme « les actes d’agression » de la France. Il affirme disposer « de plusieurs éléments de preuve que ces violations flagrantes de l’espace aérien malien ont servi à la France pour collecter des renseignements au profit des groupes terroristes opérant dans le Sahel et pour leur larguer des armes et des munitions ». Il s’agit de survols non autorisés du territoire malien, de largages de colis prouvant que les avaient bénéficié « d’un appui majeur et d’une expertise extérieure. » (…) Le général commandant de la force Barkhane et l’ambassadeur de France au Mali, s’offusquent de telles accusations qu’ils démentent. Mais rien du Quai d’Orsay ni de l’Élysée…

La journaliste Martine Laroche-Joubert ne mâche pas ses mots : « Dans ce silence gênant de l’hexagone, il nous est revenu que tous ses efforts sont déployés au sein de l’ONU pour que cette réunion d’urgence demandée par le Mali n’ait jamais lieu. En effet Paris, n’étant pas capable d’affronter ce dossier d’accusation qui s’avère être en béton armé, s’emploie toutefois à éviter de rallonger la chaine des précédents fâcheux pour sa diplomatie internationale. Pour le moment, le flou persiste dans cette affaire grâce notamment au silence douteux de l’accusé. (…) Le Mali n’entend pas du tout lâcher l’affaire. Le Ministre des affaires étrangères A. Diop s’est entretenu la semaine passée avec l’Ambassadeur de la Chine au Mali sur cette question."

Cette grave affaire d’État rappelle les méthodes utilisées il y a 64 ans par les dirigeants Français de l’époque pour torpiller l’indépendance de la Guinée, coupable d’avoir dit non à l’aménagement de la servitude et oui à une indépendance authentique.

La morgue colonialiste a la défaite mauvaise.

Les puissances impérialistes, sous prétexte d’offrir aux Touaregs un pays, oseront-elles accomplir le rêve de De Gaulle d’un État sahélien en opérant une partition du Mali, du Niger et pourquoi pas de l’Algérie si elles arrivent à la déstabiliser ?

Autre conflit interne dans un grand pays africain soucieux de son indépendance : L’Ethiopie où les Tigréens qui ont dirigé sans partage l’Etat fédéral durant 27 ans, instituant l’ethnicité des régions, sont entrés en rébellion contre le pouvoir central qu’ils ont perdu en 2018. La guerre qui a débuté en novembre 2020 entre les troupes du TPLF (Front Populaire de Libération du Tigré) et l’armée fédérale éthiopienne a pris une ampleur sans précédent avec des milliers des morts et l’implication des États de la région : Érythrée, Soudan, Égypte et Djibouti. En juillet 2021, ce conflit s’est étendu à la région Afar, avec l’attaque des troupes tigréennes sur les populations civiles situées sur la route Djibouti et de son port sur la Mer rouge. Les médias occidentaux ont vite pris fait et cause pour le Tigré, en restant très discrets sur les exactions de ses groupes armés. Les yeux de Chimène pour le Tigré, dont fait preuve l’Occident, porte à craindre des prises de positions dangereuses pour ce grand pays qu’est l’Ethiopie où les différentes ethnies vivaient en bonne intelligence avant ces décennies de gouvernance tigréenne.

Autre pays qui pèse politiquement et économiquement en Afrique, le Nigéria, régulièrement attaqué par Boko-Aram, l’un des groupes djihadistes de « l’islam-business », acteur local de la déstabilisation. Il ne gêne en rien les multinationales extractivistes. On cohabite en bonne intelligence, les Affaires ne sont pas incompatibles, elles profitent les unes et les autres de la fragilité des Etats et de leur difficulté, voire leur faillite en matière de sécurité du territoire.

La paupérisation des populations en Afrique génère l’installation de trafics en tous genres. En mer où la pêche industrielle détruit les richesses halieutiques la piraterie qui avait conduit à la piraterie en mer rouge, se propage dans le Golfe de Guinée. On peut poursuivre le tableau des conflits qui meurtrissent les pays Afrique qui sont le théâtre de pillages de leurs ressources naturelles : La Centrafrique, la RDC et le Sahara occidental toujours colonisé dans sa partie utile. Dans ces trois pays les droits de l’homme sont journellement bafoués, mais les revenus juteux de leurs matières premières

Il est temps que ces enjeux économiques et la façon de les traiter soient mis en regard de la question des migrations forcées dues aux guerres, à la misère et aux dictatures, seules raisons de la fuite que ces migrant.es de tous âges qui affrontent tous les dangers avant de se heurter aux murs de la forteresse Europe.

Michèle Decaster Secrétaire générale de l’AFASPA

Et pour finir, cette vidéo impressionnante d’une femme africaine qui interpelle le président Macron avec une force et une clarté qui nous ferait du bien dans le débat politique en France..

Voir en ligne : sur le site de l’AFASPA