Réaction au projet de base commune adoptée par le Conseil National les 9 et 10 décembre Thomas Pagotto

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Le Parti Communiste

Si, il y a un peu plus d’un an, j’ai pris la décision d’adhérer au PC, c’est bien que je crois en l’utilité des structures partisanes. Lors de la campagne référendaire, j’ai constaté cette utilité. Et pourtant, j’ai de nombreuses critiques à formuler envers notre structure partisane.

Je vais ici énoncer certaines de ces critiques au travers de mes réactions au projet de base commune adoptée par le Conseil National les 9 et 10 décembre. Je fais ça d’un trait, à chaud, car il est tard et je préfère la spontanéité. Le but est pour moi d’initier le débat, pas de chercher la polémique. Mon expérience au sein du PC est pour l’instant très courte, je serais ravi d’échanger avec des militants plus aguerris que moi.

I Le rôle et l’apport du PC

Le PC doit bien sûr être imaginatif, expérimenter de nouvelles idées (et pas seulement celles de Marx : celles de Bourdieu, de Wacquant, de Chavez sont tout aussi intéressantes... comme le sont les miennes, celles de Jérôme mon collègue de travail, et sans doute celles de mon voisin de palier que je ne connais pas !), les verser au débat public et les discuter avec l’ensemble de la population. En effet, rien n’est pire que cette attitude qui consiste à faire du marketing politique pour chercher à savoir « ce qu’attendent les gens » afin de le leur donner, sans chercher à innover ou à proposer des politiques originales.

Mais le dire ne suffit pas, et je constate trop souvent un écart, pour ne pas dire un fossé, entre les discours et la réalité, sur ce sujet comme sur d’autres, sans parler du manque d’initiative ou de réactivité du PC sur certains sujets d’actualité.

La dimension « participative » de la production d’idée est essentielle, tout comme son partage avec des non-encartés ou des non-communistes. Les forums organisés par le PC depuis les régionales vont dans la bonne direction. Mais la participation ne se décrète pas : il est bien souvent très compliqué d’aller chercher les citoyens, et encore plus de les attirer dans nos débats. Les forums auxquels j’ai assisté n’ont souvent réuni que des initiés, des militants, autrement dit des gens du « premier cercle ». Je ne développerai pas ici les problématiques liées au manque de représentativité des instances de démocratie participative, mais nous devrons y répondre si nous voulons que nos idées, coproduites avec tous ceux qui veulent transformer la société, acquièrent une véritable résonnance. Car ce ne sont pas les médias actuels, nouveaux chiens de garde d’un régime pseudo-démocratique, qui nous faciliteront la tâche. Nous l’avons constaté une fois de plus lors du référendum et depuis : le PC est l’objet d’un black-out total de leur part. Le rôle du PC doit donc également comporter une dimension médiatique : comment provoquer un véritable débat public dans de telles conditions ? Comment favoriser de vrais échanges d’arguments et d’idées transformatrices à l’ère de la télévision, outil de dépolitisation et d’atomisation par excellence ?

L’Humanité, tout utile qu’il soit, n’en est pas moins insuffisant, malgré l’aide apportée par la présence de l’indispensable Monde Diplomatique dans le paysage français. Le meilleur moyen d’échanger, de débattre comme de convaincre reste le contact direct, le porte-à-porte, la discussion de vive voix, que ce soit dans le cadre d’un débat ou dans un hall d’immeuble.
C’est là que la force communiste a une importance particulière.

II La force communiste

J’ai beaucoup hésité avant de prendre ma carte au PC. Certains épisodes de son histoire m’inspirent du dégoût, et l’impression d’un immense gâchis. Si j’ai fini par adhérer, c’est bien sûr parce que d’autres épisodes m’inspirent au contraire de l’admiration et de la fierté. Le PC, après être passé d’un extrême (sectarisme) à un autre (caution de gauche du PS), me semble avoir finalement pris la bonne direction depuis quelques années. Par exemple, et la campagne référendaire l’a prouvé, l’attitude des membres de notre parti a changé vis-à-vis de « l’extérieur ». Il nous faut réaliser à quel point le PC a déçu, a longtemps effrayé, et dégage parfois aujourd’hui une image ringarde ou dépassée (un bon indicateur en étant notre représentation aux Guignols de l’info...).

Il nous faut donc lutter contre ces perceptions, tout en cherchant à en comprendre les causes. Ceux qui ont quitté le parti, ceux qui n’y entreront jamais, ceux qui hésitent doivent être associés à ces réflexions. La « force communiste » dépasse largement les « encartés », les « anciens encartés » ou même les sympathisants : c’est avec ces militants associatifs, ces syndicalistes et ces citoyens ne soupçonnant même pas d’avoir une quelconque proximité avec le PC qu’il nous faut travailler à une société plus juste, mais de façon concrète : si le débat autour du référendum a aussi bien « pris » au sein de la population, c’est avant tout parce que les enjeux en avaient été clairement définis et parce qu’on en discutait partout, tout le temps. La « force communiste » dans son ensemble doit être focalisée sur un objectif, et seule une organisation en réseau peut permettre cette focalisation.

III Notre organisation : un parti militant, créatif et révolutionnaire.

C’est ici que les choses se gâtent. Bien sûr que le PC doit être militant, créatif et révolutionnaire (un parti apathique, adepte de la récup’ et conservateur, c’est tout de suite moins tentant), encore faut-il, encore une fois, mettre la pratique en accord avec la théorie.
Voici les grandes déclarations confrontées à mon vécu du parti depuis un an :

- Le débat contradictoire et la diversité : des querelles stériles sur l’identité communiste.
Un parti à l’image de la population : encore beaucoup de chemin à faire, que ce soit en terme d’âge, d’ethnie, de sexe ou d’origine sociale, pour ressembler à la population.

- Un parti présent dans les quartiers populaires : j’habite dans un quartier populaire, une des fameuses « zones les plus sensibles de France » énumérées par Nicolas Sarkozy, zone dans laquelle il persiste à envoyer les familles les plus en difficulté du département qu’il préside.

-Le parti y maintient une activité grâce au dévouement de quelques militants, notamment sur le marché, mais l’immense majorité des habitants, qui ont de réelles difficultés et auraient bien besoin que notre organisation se penche sur leur sort, ignore jusqu’à l’existence de cette activité militante, ou alors l’évite soigneusement. Nos modes d’action dans ces quartiers sont à repenser : les récentes révoltes des banlieues prouvent que leurs habitants sont capables de réagir à une politique injuste, même s’ils le font d’une façon quasi-autodestuctrice.

- Les élus communistes qui partagent la vie de leurs concitoyens et initient le contrôle de leurs actions : tous ne sont pas dans ce cas, loin de là. La démocratie participative ne va pas de soi. L’exercice d’un mandat, et c’est normal, a plutôt tendance à éloigner les élus des réalités, à les enfermer dans une logique plutôt électoraliste et à en faire des adeptes de la communication politique. Même si cette dérive est moins vraie chez nos élus, il faut en être conscient. Je ne dis pas que le PC doit contrôler ses édiles, surtout pas ! Mais des élus issus de nos rangs, avec les valeurs qu’ils portent, doivent être encore plus vigilants que les autres à ne pas se couper d’une population qui a plus que jamais besoin d’eux.

- Le PC participe activement au développement de l’activité du Parti de la gauche européenne : c’est sans doute vrai, mais alors dans ce cas, pourquoi l’écrasante majorité des militants ignore en quoi consiste cette participation active ? Transcender les frontières nationales est pourtant essentiel pour lutter à l’échelle européenne, où se décident tant de choses aujourd’hui. Encore faudrait-il d’abord transcender les frontières qui existent entre les sections, les fédérations, les commissions, les courants, les tendances...

- Car contrairement à ce qui est affirmé dans le texte auquel je réagis, le militantisme, ce n’est pas la liberté, en tous cas pas d’après mon expérience. J’ignore si les directions appliquent le vieil adage « diviser pour mieux régner » ou si c’est plus simplement la conséquence d’un manque de moyens ou d’organisation, mais le cloisonnement entre les structures du parti est extrêmement contre-productif, et risque d’écœurer nombre de nouveaux adhérents.

La forme pyramidale du Parti est également à repenser : elle ne favorise ni le foisonnement d’idées, ni l’échange, ni le partage, et a tendance à éloigner les dirigeants de la base, reproduisant les tares du système représentatif au sein d’une organisation qui se veut pourtant populaire et démocratique. Des débats doivent avoir lieu entre nous et avec d’autres pour inventer une nouvelle structure adaptée aux nouvelles aspirations de ceux qui s’engagent à nos côtés et qui permette aux communistes de s’émanciper d’abord au sein de leur parti.

Pour conclure (je suis fatigué, il est tard) : il nous faut un PC démocratique, ouvert au débat, réactif, intelligent, actif et présent sur le terrain, comprenant que tirer la couverture à soi, même quand on a joué un rôle essentiel, est un signe d’orgueil mal placé, accueillant, et surtout politique : les gens, notamment dans les quartiers populaires, ne sont pas écoeurés de la politique : ils sont simplement dégoûtés de la façon dont elle a été pratiquée ces dernières décennies. Si nous comprenons cela, et si nous (ré)agissons en conséquence, l’existence du Parti Communiste se justifiera d’elle-même.

Thomas Pagotto
Section de Nanterre
Fédération des Hauts de Seine

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