Redonner du souffle aux idéaux progressistes, de l’espoir à une population désemparée... Intervention d’accueil de Michèle Picard, maire de Vénissieux

, par  Michèle Picard , popularité : 5%

Messieurs les Ambassadeurs de Cuba, du Venezuela et de Bolivie,

Mesdames, Messieurs,

Ces 6èmes rencontres internationalistes de Vénissieux montrent le succès et l’intérêt croissant que suscite ce rendez-vous annuel.

Je tiens à remercier les organisateurs et les participants de ces nouvelles rencontres, et je souhaite la bienvenue aux ambassadeurs de Bolivie, Cuba, et de la République Bolivarienne du Venezuela, ainsi qu’à la délégation chinoise et aux jeunes communistes d’Europe et d’ailleurs, ici présents.

Ces échanges et ces débats sont d’autant plus enrichissants qu’ils s’inscrivent dans le cadre d’une crise internationale très grave, provoquée par le capitalisme, par la finance et par tous ceux qui veulent mettre les politiques publiques et les souverainetés des États à genoux.

Dans cette attaque mondialisée du capitalisme, il faut mettre en place des résistances mondialisées. C’est la raison pour laquelle il me paraît nécessaire d’avoir une approche nationale de la situation sociale, mais de regarder aussi ce qui se passe à l’extérieur de nos frontières. Quelles nouvelles formes de solidarité se mettent en place en Amérique Latine ? Quelle politique salariale, et quels droits supplémentaires sont accordés aux travailleurs chinois, qui voient leur niveau de vie s’améliorer ? Quel processus est en marche, à travers ce que l’on appelle ici, le printemps arabe ? Quelles sont les aspirations des jeunes tunisiens, égyptiens ? Comment lutter contre les impérialismes et les intégrismes montants ? Quelle passerelle dressée entre les résistances des différents pays, des différents continents, face au capitalisme financier, qui étouffe les peuples, et entend faire plier la souveraineté des États ?

Comment redonner du souffle aux idéaux progressistes des partis communistes et de la gauche, et dans le même temps, de l’espoir à une large majorité de la population, désemparée et résignée, de plus en plus tentée par les discours populistes et nationalistes ?

Même si elles viennent de différents horizons, l’ensemble de ces questions touche notre quotidien, dans nos engagements politiques, comme dans nos engagements citoyens. Car l’urgence sociale, elle est là, autour de nous et parmi nous, dans le monde rural comme dans les quartiers populaires des grandes métropoles. L’Europe libérale, l’Europe de l’austérité tous azimuts, l’Europe des marchands nous mène à l’impasse. Elle fabrique de la pauvreté et de la précarité, fait le jeu des capitaux et des transactions boursières, aux dépens des politiques sociales, publiques, aux dépens de la santé, de l’emploi et de nos savoir-faire industriels, qui sont dilapidés et massacrés.

En France, sur un an, 139 900 emplois dans le secteur marchand (hors agriculture) ont été rayés de la carte. La chute est la plus forte dans l’intérim (-5%), dans la construction (-2,1%) et dans l’industrie (-1,5%). Ce sont des chiffres vertigineux, qui donnent une idée de la rapacité du capitalisme actuel. Le corollaire à cette gabegie, c’est l’observatoire des inégalités qui en parle le mieux, dans son récent rapport. Ce dernier évoque un « changement historique », enregistré depuis une dizaine d’années : si la pauvreté avait baissé entre les années 1970 et la fin des années 1990, elle est nettement repartie à la hausse depuis, et en particulier depuis 2008 : « Entre 2002 et 2011, le nombre de personnes pauvres au seuil de 50 % a augmenté de 1,2 million (+ 31 %) et le nombre au seuil de 60 % a progressé de 1,3 million (+ 18 %) ». Et encore, ces chiffres ne tiennent pas compte des années 2012 et 2013.

A titre indicatif, le nombre des chômeurs de longue durée (plus d’un an), qui basculent rapidement de l’extrême précarité vers la pauvreté, a dépassé 2,1 millions de personnes en septembre 2013, en progression de 14 % en un an !
Le tout-à-l’austérité prôné par les chantres du libéralisme, auquel les États membres se plient sans broncher, pas même la France !, montre à quel point ce sont les peuples qui payent le plus durement les effets d’une crise, dont ils ne sont absolument pas responsables. Les chômeurs, les travailleurs pauvres, les salariés qui ne parviennent plus à boucler les fins de mois, les services publics, les politiques de proximité, à travers l’étranglement financier des collectivités territoriales, et plus particulièrement des communes, voilà à qui s’applique l’austérité. Non seulement le capitalisme, de par sa nature, provoque les crises économiques, mais il sait aussi tirer profit des dégâts qu’il occasionne.

En dépit des crises, le CAC 40, de sa création en 1987 à aujourd’hui, a progressé de 237% alors que le PIB français n’a, lui, augmenté à prix courants que de 141,6%. On cerne ainsi l’enflure financière dont la société française, entre autres, a été accablée depuis le milieu des années 1980.

Face à un tel désordre et un système de répartition des richesses, totalement inégalitaire dans le monde, il nous faut non seulement s’opposer à l’ordre établi, mais être capable d’imaginer et de créer un nouveau modèle de société.

En tant que communiste, c’est ce que j’attends du PCF, d’être un parti à la fois près du peuple et du monde du travail, un parti force de propositions, qui défend les grands acquis sociaux, et invente de nouvelles solidarités.

Quelles sont nos priorités, si ce n’est de remettre, avant qu’il ne soit bien tard, l’humain au centre de toutes les décisions et de toutes nos orientations politiques ? C’est ce principe universel qui doit être le moteur, du nouveau modèle économique et social que tout le monde attend, où l’intérêt général prime sur l’intérêt particulier, où les solidarités et le bien commun viennent renforcer le vivre ensemble.

De par son histoire, de par ses engagements et ses grandes luttes sociales, le PCF a toutes les capacités pour réformer en profondeur, et refonder un nouveau pacte républicain. Nos échanges, et le partage des différentes expériences mises en place dans nos différents pays, doivent y contribuer. Je vous souhaite à tous et à toutes une excellente après-midi, dans le cadre de ces 6èmes rencontres internationalistes de Vénissieux et je vous remercie.

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