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après la viste du président Macron en Algérie

Réflexions sur la déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé

par Bernard Deschamps, ancien député communiste,
Mardi 4 octobre 2022

Après des mois de relations tumultueuses entre Paris et Alger, les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron ont adopté le 27 août une déclaration qui affirme vouloir « inscrire leurs relations dans une dynamique de progression irréversible », sur la base « d »une confiance mutuelle et d’un dialogue renouvelé ».

Les mots sont forts. De nombreux facteurs incitent en effet à une « relation privilégiée » : l’appartenance à « un même espace géographique méditerranéen », une certaine complémentarité économique, la présence en France d’une importante diaspora algérienne parmi laquelle de nombreux binationaux. Je n’ai pas dit, une histoire commune, j’y reviendrai.

Les deux présidents y ont également intérêt. Emmanuel Macron, bien que cela ne soit pas évoqué dans la déclaration, parce que la France a besoin du gaz algérien pour compenser la perte du gaz russe qui représente 20 % de notre consommation. Des négociations sont en cours entre ENGIE et la SONATRACH. Le président Tebboune, en raison d’un certain isolement au plan international du fait de son élection, certes conforme à la Constitution de la République algérienne, mais élu par seulement 5 millions voix sur 24 millions d’électeurs inscrits et 44 millions d’habitants.

Pour que cette relation devienne « irréversible », il faudrait que l’ancienne puissance coloniale condamne sans réserve l’asservissement, la déculturation, le vol des terres, le pillage des ressources, les regroupements de population, la torture, les crimes de la colonisation. Ce qui est encore loin d’être le cas, en dépit de quelques « petits pas ». La création annoncée d’une « commission conjointe d’historiens français et algériens », qui était une des préconisations du Rapport Stora, peut-elle y contribuer ? Comme l’a déclaré l’écrivain Amin Kahn, selon le journal EL Watan du 29 août : « C’est une fausse bonne idée ». L’histoire de la colonisation et de la guerre de libération qui a fait l’objet de très nombreux travaux en Algérie, en France et dans d’autres pays, est largement connue. Cette commission n’y ajoutera pas grand-chose d’essentiel, sauf à accoucher d’une « histoire commune » qui gommerait les différences d’approches inconciliables entre colonisés et colonisateurs. Ce qui, au vu de nombreuses déclarations en France, parait être l’objectif poursuivi, au bénéfice de l’ancien colonisateur.

La phrase de la Déclaration : « Les deux parties estiment le moment venu de favoriser une lecture objective et de vérité d’un pan de leur histoire commune, tenant compte de l’ensemble de ses étapes afin d’appréhender l’avenir dans l’apaisement et le respect mutuel », pétrie de beaux sentiments, résonne à mes oreilles comme un attrape C…

Pour le dire autrement et de façon policée, l’historien Olivier Le Cour Grandmaison écrit dans Médiapart : « Histoire commune […] Travestissement de l’histoire destiné à faire croire que les parties en présence, la France et l’Algérie, furent libres et égales, et que d’un commun accord, elles ont ainsi décidé de cheminer ensemble. De 1830 à 1962, rien n’est plus faux et l’énormité du mensonge ne laisse pas d’étonner. »

Décidément, le propos d’Emmanuel Macron le 15 février 2017 à Alger, qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité », qu’il avait d’ailleurs contredit dès le lendemain, a depuis lors été jeté aux oubliettes. On n’est plus dans le « En même temps… », mais dans le « A droite toute … »

L’ensemble de la Déclaration est jalonné de formules générales louables sur l’amitié, la coopération dans divers domaines, le plus souvent sans engagements précis, chiffrés et datés, sauf sur deux points : au sujet des visas et sur un aspect qui a peu retenu l’attention des commentateurs, au sujet de la coopération militaire.

Après une période de réduction drastique, le nombre de visas à des Algérien-nes qui souhaitent se rendre en France, sera augmenté de 8 000, mais ce sera pour appliquer la politique macronienne « d’immigration choisie ». Souvenons-nous que la libre circulation était un des engagements des Accords d’Evian du 18 mars 1962.

La principale innovation introduite par la Déclaration d’Alger concerne le rôle dévolu à l’armée algérienne. On a en mémoire les pressions exercées par les Etats occidentaux et notamment par la France afin d’obtenir une participation des forces armées algériennes aux expéditions militaires occidentales. En vain, jusqu’alors, en application du principe constitutionnel de non intervention hors des frontières de l’Algérie. Or, la Constitution révisée en décembre 2020 à l’initiative du président Tebboune, précise désormais (Article 31) : « L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, participer au maintien de la paix ».

La Déclaration des deux présidents insiste sur « l’exacerbation des tensions régionales et internationales » et se prononce pour « une démarche étroitement concertée pour faire face aux nouveaux défis ». Elle exprime le souhait de « jouer un rôle central dans la promotion d’un partenariat entre l’Europe et l’Afrique ». Enfin, « Pour les questions de défense et de sécurité, les chefs d’Etat réuniront leurs responsables des deux pays sur le modèle de la réunion de Zéralda du 26 août 2022 ». Cette réunion de Zéralda des responsables militaires des deux pays en présence des deux chefs d’Etat, est une première depuis l’Indépendance de l’Algérie en 1962.

A l’évidence, avec cette Déclaration, les relations militaires entre la France et l’Algérie sont entrées dans une phase nouvelle qui risque d’entraîner l’Algérie dans des conflits dont elle n’aura pas la maîtrise et au service des intérêts de l’impérialisme occidental.

Le peuple algérien l’acceptera-t-il ?

Outre ceux consacrés à l’histoire, à la mémoire, à la question des visas, aux relations militaires, trois chapitres traitent : du Partenariat économique et de la transition écologique ; de La coopération éducative, culturelle et sportive ; de La jeunesse. Ces chapitres abondent en déclarations d’intention : pour la protection de la Méditerranée, la coopération entre les Instituts Pasteur de France et d’Algérie ; entre le CNRS et la DGRSDT ; pour la création cinématographique ; les résidences d’artistes et la traduction d’ouvrages « entre le français et l’arabe »…Une phrase de la Déclaration éclaire ces bonnes intentions : « Cette relance DEVRAIT (souligné par moi B.D.) se traduire par l’accroissement de l’investissement, la préservation et la création d’emplois sur leurs territoires respectifs… » On notera « DEVRAIT ». La richesse des nuances de la langue française pour faire avaler des couleuvres…

La création annoncée d’un « Haut conseil de Coopération au niveau des chefs d’Etats, pour approfondir […] concevoir […] des réponses adaptées aux questions bilatérales », n’est dès lors qu’un paravent pour camoufler une orientation qui, non seulement ne pose pas les bases d’une refondation des relations dans l’intérêt des peuples de nos deux pays, mais accentue le déséquilibre au profit du lobby militaro-industriel français.

Bernard DESCHAMPS

5 septembre 2022

www.bernard-deschamps.net

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Militant communiste, Bernard Deschamps a occupé plusieurs responsabilités politiques dans le Gard et au plan national ( Comité Central du PCF et Bureau national de l’Association nationale des Elus communistes et républicains) Après plusieurs décennies de mandats électoraux (député du gard en 1978 et 1986 ).

Bernard Deschamps se consacre désormais à l’étude de l’Algérie. Il participe à de nombreux évènements liés à l’Histoire du pays. En 2006, il intervient à un colloque organisé par l’École normale supérieure de Lyon avec pour thème « Pour une histoire critique et citoyenne ». Bernard Deschamps a occupé la présidence de l’association France-El Djazaïr de sa fondation en 2005 jusqu’en 2017.

Ouvrages

  • Les Gardois contre la guerre d’Algérie (ill. Étienne Écuvillon), Le Temps des cerises, 2003.
  • Le Fichier Z : essai d’histoire du FLN algérien dans le Gard (1954-1962) (préf. Raymond Huard), Le Temps des cerises, 2004 (réimprimé à compte d’auteur en 2011) ; réédité par El Ibriz, Alger, 2018, préface de Ali Haroune.).
  • Chroniques algériennes (2006-2016), El Ibriz editeur, Alger, 2016.
  • El Djazaïr : rencontres algériennes, chez l’auteur, 2018.
  • Révolution : l’Algérie, Abdelaziz Bouteflika, le Hirak, chez l’auteur, 2020 (ISBN 978-2-9540458-6-3).

Voir en ligne : lu sur le blog de bernard deschamps