Retour du porte à porte… des habitants encore loin de l’élection

Jeudi 3 février 2022

Les communistes Vénissians ont commencé le porte à porte pour la campagne de leur candidat à l’élection présidentielle, Fabien Roussel. Le retour d’expérience ce jeudi 3 février dans le quartier Max Barel montre à la fois le potentiel du vote communiste et le chemin qu’il faut construire pour qu’il s’exprime…

7 militants en 4 équipes ont pu discuter dans 10 allées avec près de 40 habitants.

Ce qui domine, c’est que la grande majorité est encore très loin de l’élection, très peu disent spontanément s’informer sur l’élection, encore moins disent qu’ils vont aller voter.

Si certains disent quand même après discussion qu’ils vont s’informer, pour d’autres en nombre significatif, on a l’impression qu’ils ne trouveront pas le chemin du vote sans un choc, un évènement qui fera appel à eux directement, en gros un bon tiers des personnes rencontrées. L’abstention sera peut-être un phénomène nouveau pour cette élection présidentielle. La fracture politique, institutionnelle, sociale s’est fortement creusée ces dernières années, notamment avec la crise sanitaire. Il est peu probable que le système médiatique arrive à la compenser d’ici le 10 avril.

Comme toujours, certaines discussions sont très courtes, un qui partait pressé de chez lui, ou qui passait à table avec des amis… Mais un contact presque toujours amical, le « bonjour ce sont les communistes de Vénissieux » ne provoque aucune réaction négative, malgré quelques refus polis de personnes plutôt engagées à droite. L’un le dira clairement, je veux voter pour un qui peut gagner… Macron. L’utilité du vote poussée jusqu’à l’absurde !

Parmi ceux avec qui la discussion est un peu plus longue, ils sont peu nombreux à avoir fait plus ou moins un choix. Et malheureusement, ceux qui l’expriment parlent de Z, sur une base d’un vote populaire contre les injustices, mais détourné par l’idée que ce sont les immigrés musulmans qui tirent les marrons du feu. Bien sûr, c’est la réalité des trafics, des rodéos, des incivilités qui poussent à cette réaction. Mais on sent fortement l’impact de la place médiatique prise par ce candidat du racisme qui semble dire à ces habitants que lui entend leur colère, et ce sont les phrases toutes prêtes qui ressortent (on n’est plus chez nous, il n’y en a que pour eux…).

Il reste quand même une courte majorité qui est clairement un électorat de gauche, et qui peut aller voter.

Deux personnes nous parlent de Mélenchon en nous demandant pourquoi pas lui. Ce n’est pas sous la forme des interpellations de militants insoumis qui nous reprochent la candidature communiste, mais simplement de citoyens qui ont commencé à regarder et nous demandent, pourquoi pas lui ? il est connu, les sondages le placent en tête de la gauche, il parle fort (trop de théâtre nous dira l’une)… La discussion est simple. S’il suffisait de voter une fois tous les cinq ans pour qu’on renverse enfin le rapport de forces et qu’on gagne sur nos salaires, nos emplois, nos hôpitaux… Ça se saurait ! Recommencer avec Mélenchon ne nous aidera pas à résoudre le problème du rapport de forces sur le terrain, de notre capacité à nous unir et nous organiser pour nous défendre, pour nous mobiliser contre des fermetures de lits, contre des délocalisations, contre la hausse des prix. On fait assez facilement le lien entre candidature communiste à la présidentielle et nécessité pour le peuple de relever la tête, de s’organiser et donc de retrouver un parti communiste plus fort. A partir de là, on peut oublier la personnalité de Mélenchon et poser la question du contenu du vote.

Avec deux salariés, la discussion porte sur la proposition de JLM de fusionner la CSG et l’impôt, ce qui reviendrait à étatiser la sécurité sociale. Il y a un instinct populaire qui sent bien que c’est un chemin dangereux pour la SECU, interdisant au monde du travail de reprendre en main cette SECU qui était à l’origine gérée par les salariés eux-mêmes.

Avec un autre, c’est la question de l’énergie, et bien sûr de la crainte que le virage écolo de Mélenchon ne conduise à une terrible augmentation des prix. Cela permet aussi d’évoquer l’enjeu du logement, du besoin de la construction et de l’incompatibilité entre les objectifs de construction de logements, notamment sociaux, et la volonté de diviser par deux la consommation énergétique [1]

Finalement, un bon quart des contacts est proche d’un vote communiste, mais la notoriété de Fabien Roussel reste très faible. Un seul nous dira qu’il l’a déjà vu ! Mais la discussion est utile et donne des résultats. On arrivera à cinq signatures pour l’appel à voter Fabien Roussel, dont deux qui doivent encore s’inscrire sur les listes électorales, mais la discussion va sans doute les y pousser.

Voila un retour de terrain utile pour les communistes. Il ne faut vraiment pas perdre de temps avec les polémiques des réseaux sociaux et ne pas croire non plus que la réussite des passages télé de Fabien va tout transformer par magie. Il y a des millions de travailleurs, d’habitants de quartiers populaires, qui sont disponibles pour découvrir notre candidat à condition qu’on leur parle, comme militant d’un quartier, d’une entreprise.

Et si le programme est évidemment utile, c’est bien au fonds cette idée qu’il doit se passer quelque chose de nouveau depuis des dizaines d’année, qui ne peut pas être la « gauche » qui a été aux gouvernements, qui ne peut pas être seulement un bulletin de vote sans lendemain dans un débat seulement médiatique, mais qui doit être la trace dans les urnes d’un mouvement de reconstruction de la force du peuple. Ce lien entre candidat communiste et parti communiste est l’atout premier de Fabien Roussel pour faire sortir les abstentionnistes et les hésitants !

[1le scénario negawatt au cœur du projet des insoumis, est contraint de réduire la production de ciment et d’acier, très consommateur d’énergie, et donc de réduire la production de logement ! Il prévoit en 2050 autant de logements qu’en 2020, la construction étant donc limitée aux seules reconstitutions de démolition jusqu’à 2050. Autant dire que dans ce cadre contraint, pas question de répondre aux besoins de logement !