Stop à l’escalade de la guerre !

Jeudi 3 mars 2022

La guerre s’est installée non seulement en Ukraine mais aussi dans les médias et dans beaucoup de nos têtes. L’émotion fait réagir fortement et perturbe la campagne des présidentielles. Il est facile de voir que les médias jouent un rôle décisif, ce qu’ils n’ont pas fait pour la guerre meurtrière du Yémen, qui tue avec nos armes. Les réfugiés ukrainiens sont presque désirés, au contraire des migrants africains.

Les communistes mobilisent contre la guerre, tout en tentant de faire comprendre le danger de l’OTAN. Ce n’est pas simple et les discussions sont nombreuses pour ne pas être piégé dans le discours de médias occidentaux qui sont de plus en plus des services de communication militaire.

Le refus de la guerre

D’abord il y a des bombes qui tombent, des civils tués, des familles en fuite, des enfants qui ont peur. Personne ne peut dire que c’est une situation justifiée. C’est Poutine qui a décidé de l’entrée en guerre sur tout le territoire Ukrainien et même s’il y a des arguments pour dire qu’il avait ses raisons, c’est un pas de plus dans la guerre.

Si demain les USA bombardent une ville russe, nous ne le justifierons pas en expliquant que l’intervention russe leur donne raison. Oui, la guerre en Ukraine n’a pas commencé le 24 février. Elle dure depuis 2014 au moins et a fait depuis 14 000 morts principalement dans le Donbass. Mais elle a pris une toute autre dimension avec sa généralisation à presque tout le pays le 24 février, et c’est bien une décision du gouvernement russe. Nous la condamnons, non pas parce que nous soutenons les objectifs de l’Otan, mais parce que nous sommes convaincus qu’une guerre d’agression ne fera que reculer les droits de tous les peuples, y compris du peuple russe.

Chacun connaît le célèbre théoricien de la guerre Carl von Clausewitz qui montre que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », mais surtout que la guerre est toujours « la montée aux extrêmes ». Il faut détruire l’adversaire pour imposer sa volonté. Chaque camp est ainsi conduit à toujours plus de violences. Et si Poutine a été conduit au pire avec l’entrée des troupes, puis l’encerclement des grandes villes, puis peut-être leur bombardement massif, de l’autre coté, l’Otan a franchi rapidement des pas décisifs vers la mobilisation totale, bousculant les règles institutionnelles, ressoudant les pays occidentaux malgré leurs contradictions, et créant une relance phénoménale de la course aux armements. Les bourses ne s’y trompent pas. Les secteurs de la défense et de l’énergie progressent alors que les bourses reculent devant les craintes économiques.

Oui, il faut stopper cette guerre. Cessez-le-feu !

une guerre entre impérialismes ou une guerre contre l’impérialisme dominant ?

Mais si Poutine a élargi la guerre le 24 février, nous savons que comme le disait Montesquieu « Les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, mais ceux qui les ont rendues inévitables… » [1]. Les communistes dénoncent l’impérialisme US et la soumission d’une France atlantiste dans l’Otan. Mais faut-il renvoyer dos à dos Otan et Russie ?

Personne ne croit que les enjeux économiques n’ont rien à voir avec cette guerre, et notamment la concurrence entre le gaz russe et ses oléoducs et le gaz de schiste US et ses ports. Mais il faut tenir compte de cette logique propre de la guerre vers le pire. D’autant que nous connaissons mal les réalités militaires. La Russie est une puissance militaire expérimentée, mais un nain économique, au PIB entre l’Italie et l’Espagne.

L’impérialisme selon Lénine repose sur l’exportation de capitaux pour la domination dans le partage du monde. Or la Russie est très loin de la puissance financière de l’Allemagne ou de la France, sans parler des USA. Et ses investissements à l’étranger, plus importants en Europe ou en Turquie qu’en Biélorussie ou au Kazakhstan, ne la placent pas vraiment en position de domination de ses voisins, comme par exemple la France Afrique. Renvoyer dos à dos les USA et la Russie n’est donc pas réaliste.

Mais cela ne veut pas dire que la Russie serait du bon coté de la lutte des classes mondiale, et que sa guerre serait justifiée du point de vue populaire. Si l’agressivité de l’Otan installant en Europe de l’Est des bases tournées contre la Russie est réelle, la guerre peut-elle être une réponse du point de vue populaire ? Il y a eu des guerres révolutionnaires, de la longue marche au débarquement du Granma. Mais l’entrée de colonnes blindés d’une grande puissance peut-il jouer le même rôle ? L’Ukraine a une longue histoire, une histoire russe, mais aussi polonaise, occidentale. Une part du peuple ukrainien russophone espère un renversement du régime, mais une part importante réagit au contraire dans la résistance à l’occupation. S’il est légitime d’avoir une politique militaire pour résister à l’Otan, il ne peut exister de réponse par la guerre à l’agressivité des USA en perte de vitesse. Au contraire, la position chinoise, qui n’hésite pas à montrer ses muscles en mer de chine quand les USA veulent imposer leurs porte-avions concilie intérêt populaire et intérêt national. Elle cherche partout le développement, les coopérations, donc la paix, tout en défendant ses intérêts.

De ce point de vue, le nationalisme russe, même s’il est soutenu par les communistes russes, n’est pas l’héritier de l’internationalisme soviétique. La bataille contre l’Otan, contre la domination économique que cherche à imposer partout les USA ne se mènera pas par la guerre. C’est une impasse pour les peuples.

Oui, refuser la guerre, donc exiger un cessez-le-feu, le retrait des forces russes mais aussi de l’Otan !

Et donc, l’urgence est de tout faire pour stopper ce cycle infernal de la guerre vers plus de violence. On peut craindre sinon l’élargissement géographique, l’entrée de nouvelles forces militaires. Les USA comme la Russie ont d’importantes entreprises privées de mercenaires qui ont l’expérience de guerre totale. La France comme tous les pays européens regroupe des forces à proximité. L’OTAN annonce d’énormes livraisons d’armes qui vont demander des convois sur rail ou route puisque les ports et les aéroports sont sous contrôle russe. Mais il faudra protéger ces convois, donc mobiliser des troupes.

Oui, la logique de la guerre poussera tous les acteurs vers l’extrême, vers un risque majeur de guerre mondiale dont personne ne peut prédire ni l’ampleur ni la fin.

C’est pourquoi il faut exiger la désescalade, y compris du coté de l’Otan. Les négociations doivent permettre de faire reculer la guerre des deux cotés, et donc apporter des garanties de sécurité des deux cotés.

Faire reculer la guerre idéologique !

C’est pourquoi il faut dénoncer les discours militaristes de ceux qui veulent envoyer plus d’armes et plus de soldats. L’Union européenne qu’on tentait de nous vendre il y a 20 ans comme l’Europe de la paix s’affiche clairement comme une puissance militaire qui décide elle-même sans les états. Il n’y a plus de stratégie militaire française, elle est entièrement intégrée dans la stratégie militaire de l’Otan, donc dans la stratégie US. Le refus de participer à la guerre du golfe qui a été possible avec Chirac en 2003, n’est plus possible aujourd’hui pour la France.

Et pour le justifier, on assiste à une véritable guerre idéologique pour réécrire l’histoire comme celle d’un affrontement du monde de la liberté que serait l’occident au monde des dictateurs que symboliserait Poutine.

Mais les médias oublient volontairement les deux mois de bombardements de Belgrade en 1999, une ville européenne qui connaîtra 500 morts civils selon les occidentaux, 2500 selon les serbes. L’objectif était de retoucher aux frontières européennes en imposant l’indépendance du Kosovo. Rappelons que c’est dans les guerres de Yougoslavie que Mitterrand a abandonné les alliances historiques de la France, y compris du gaullisme, pour se soumettre à l’atlantisme et aux demandes allemandes.

On entend parfois des journalistes parler de la première guerre depuis 1945, effaçant toutes les guerres conduites par les USA, l’Angleterre ou la France depuis, du Vietnam à l’Irak en passant par la Libye ou le Guatemala. La France a fait la guerre au Zaire, au Tchad, en Centrafrique…

Et quand on nous parle de la communauté internationale face à un Poutine isolé, il faut dire que les pays de l’OTAN ne représentent que 10% de la population mondiale, alors que de très grands pays, la Chine, l’Iran, l’Inde, le Brésil dans des situations politiques diverses sont tous en relation avec Poutine face aux USA. Il faut dire qu’au Mali qui vient de chasser les militaires français, on voit des manifestations populaires de soutien à Poutine. Si les USA ont obtenu à l’ONU la condamnation de la Russie par 141 pays sur 193, les 35 qui se sont abstenus, dont presque toute l’Asie et la moitié de l’Afrique représente plus de la moitié de la population mondiale.

Nous vivons des temps terribles mais il faut nous donner les moyens de connaître la réalité du monde autrement que par les médias dominants qui sont aujourd’hui des outils de la communication militaires. Et la fermeture des médias en ligne russe n’est que la pointe avancée de la censure qui va se renforcer de plus en plus, y compris dans les réseaux sociaux.

Nous devons construire un mouvement pour la paix, et c’est très difficile dans un contexte médiatique où la paix nous est présenté comme la guerre nécessaire.

L’impact de la guerre sur la situation politique

Les questions économiques et sociales vont surgir dans le débat sur la guerre car il faut payer la guerre et ses énormes dépenses militaires. Après le « quoi qu’il en coûte » du Covid, certains évoquaient dans le début de campagne que c’était terminé et qu’il allait falloir passer à la caisse. Mais on assiste au « quoi qu’il en coûte » de la guerre. Des centaines de milliards de dépenses sont annoncés et ce ne sont pas les plus riches qui vont payer en Europe !

Des centaines de milliers d’emplois sont en jeu rapidement avec les sanctions, même sans extension de la guerre. De très nombreuses grandes entreprises ont des actifs importants en Russie. Société Générale, OTIS, Carrefour, Renault. Il ne faut pas croire qu’on va faire les poches des russes en occident et qu’ils vont nous laisser tranquille chez eux. Donc de très nombreuses entreprises françaises vont perdre des actifs, des marchés, et donc des emplois.

Les cours de l’énergie, des productions alimentaires vont fortement augmenter et ce sont bien sûr les familles populaires qui vont le plus souffrir. Le pouvoir d’achat a failli être un thème de campagne électorale. Mais la flambée des prix peut vite bousculer les priorités dans les têtes.

La guerre sera une incroyable occasion de réduire les salaires, les services publics, les politiques sociales, et précariser le travail parce que la peur peut s’installer et enfermer les gens. On le ressent ces jours au marché ou au porte à porte. Pour l’instant, la majorité des gens ne veulent pas de la guerre, mais surtout chez les anciens, les souvenirs remontent et créent l’anxiété et la soumission.

On peut craindre que Macron soit réélu comme chef de guerre sans même avoir besoin de faire campagne, de parler de son bilan ou des réformes à venir. Mais si le capitalisme mondialisé profite de cette situation pour accélérer sa militarisation et sa concentration, il sera d’autant plus agressif pour imposer des réformes dures pour le monde du travail et les quartiers populaires. A la guerre comme à la guerre, les droits et les aides pourront être massivement mis en cause.

C’est pourquoi les batailles sociales pour les droits sont une composante essentielle de la bataille pour la paix.

Refuser la guerre idéologique antirusse.

C’est aussi le cas de la bataille pour refuser la guerre culturelle, sportive. Quand la France a bombardé la Libye jusqu’à l’assassinat sordide de Kadhafi, personne n’a interdit à un sportif français d’aller dans une compétition quelque part, même dans le monde arabe.

Il n’y a pas eu de jeux olympiques sans une guerre encours conduite par les USA, et pas un sportif US n’a été interdit de stade ! Quand les manifestations criaient « US Go home » dans le monde, personne n’a interdit un concert de Ella Fitzgerald ou Bruce Springsteen, l’orchestre de Philadelphie ou le festival de Deauville !

La culture russe, notamment en musique, est une part indissociable de la culture humaine, et la haine antirusse déborde de partout dans les médias et les réseaux. La Philharmonie de Paris et la Cité de la Musique annoncent l’annulation de plusieurs concerts d’artistes russes. Un professeur italien vient d’être contraint à reporter une suite de séminaires sur Dostoïevski !

Des amis d’origine russes en France ont peur, font attention à ce qu’ils disent. Nous devons tout faire pour refuser ce racisme anti-russe qui se répand et qui prépare à la guerre.

Les médias, notamment publics, ont une responsabilité terrible dans cette dérive.

Lier refus de la guerre, intérêts des peuples et pouvoir d’achat

Les communistes doivent porter l’action immédiate pour le cessez-le-feu, le soutien aux négociations directes entre l’Ukraine et la Russie et l’ouverture d’une négociation internationale sur la paix et la sécurité en Europe.

Ils doivent porter l’exigence d’un nouvel ordre mondial de paix, de sécurité et de coopération internationale, basé sur l’interdiction des armes nucléaires et le désarmement.

Ils doivent mener la bataille pour le pouvoir d’achat, les droits et les salaires, y compris en en faisant des axes de bataille contre la guerre, pour la paix.