A propos de l’article d’Adler sur Chavez

Mai 2005

Cet article d’Alexandre Adler, qui avait déjà été publié par CSP,prouve que les idéologues du Capital cherchent un angle d’attaque, mais aussi qu’ils ont beaucoup de mal à construire leur propagande. Que dit cet article que le chaos nous menace parce qu’un vol de papillon peut changer la face du monde, en l’occurrence un « primate » apprenti dictateur, Chavez va nous priver de « notre » pétrole, organiser une crise terrible en Occident en rassemblant les hordes menà§antes barbares du sud contre « Nous ».

En le lisant, comme d’ailleurs en suivant le pilonnage en faveur du OUI, je n’ai pu m’empêcher de penser à une pièce de Berthold Brecht, "Turandot et le Congrès des Blanchisseurs". L’histoire se passe en Chine, un empire où il vient d’y avoir la récolte de coton la plus abondante du siècle. L’Empereur et sa mafia ont brulé la majeure partie de la dite récolte dans leurs entrepots pour que les prix demeurent hauts. Dans le même temps un paysan arrive à la ville, il a économisé pour devenir un TUI, un intellectuel, pour comprendre le monde. La révolte gronde dans l’Empire sur le thème : « Comment se fait-il qu’il n’y a plus de coton ? » L’Empereur organise un concours dont le prix sera la main de sa fille Turandot, un concours d’éloquence. Le TUI qui trouvera une explication convaincante sur le fait qu’il n’y a plus de coton alors que la récolte a été fabuleuse, épousera Turandot et sera le successeur de l’empereur. Le paysan assiste au concours. Un panier contenant un morceau de pain, descend et remonte devant le candidat suivant ce qu’il dit. Les candidats déploient les uns après les autres des trésors d’éloquence, mais il y a toujours un moment où emportés par leur propre discours, il disent une part de vérité, et le panier remonte, tandis qu’ils sont condamnés. Jusqu’à ce qu’il y en est un, une brute, un fasciste qui sorte son revolver et menace ceux qui oseront contester de les tuer. C’est lui qui gagne le concours et l’amour de Turandot. Le paysan commente l’affaire en disant qu’il y a beaucoup de bien chez les TUI, parce que même dans leurs mensonges il y a une part de vérité qu’il faut savoir déceler. En ce qui le concerne, cela l’a aidé à faire son choix puisqu’il choisit d’aller rejoindre l’armée rebelle.

Il s’est passé une série d’événements en France et dans le monde face auxquels chacun détient une part de vérité.
- L’invasion de l’Irak et la résistance du peuple irakien. La vérité qui transparait de cet événement est que pour piller les ressources, l’Empire a menti, mais aussi que sa suprematie militaire est insuffisante à juguler les résistances des peuples.Mieux le gouffre abyssal des dépenses militaires mettent en cause la suprematie du dollar.

  • À partir de l’Amérique latine, l’arrière cour de l’Empire, une résistance sud/sud est en train de s’organiser, celle-ci n’a rien à voir avec l’affrontement du 20e siècle de deux superpuissances, elle unité dans la diversité et elle opère une synergie inédite. C’est Liliput endiguant Guliver.
  • En France, en Europe, il y a la prise de conscience qu’à l’intérieur même du cœur de l’Empire s’installent des rapports nord/sud entre les pillards et le reste de la population. Le modèle néo-libéral d’un impérialisme destructeur attaque non seulement les peuples sous développé, mais crée le sous développement pour la majeure partie des salariés. La montée du NON a ce sens là .

Dans ce nouveau contexte, il faut empêcher les solidarités. Et c’est là que des TUI comme Alexandre Adler et d’autres sont appelés à un concours pour expliquer que ce qui menace le Franà§ais salarié est d’abord le terrorisme de peuples barbares, d’où le thème du « choc des civilisations », l’Arabe, le latino, et le Chinois sont menaà§ants alors qu’ils subissent l’agression. Deuxième thème la démocratie est en danger parce qu’il y a à la tête de ces pays des « dictateurs » sanguinaires et fous. Troisième thème, le plus dangereux, votre mode de vie, votre aisance est menacée parce que ces peuples ne veulent plus se contenter de la situation actuelle où 20% de la population mondiale s’attribue 80% des ressources.

Il s’agit alors à la fois de faire accepter aux salariés du nord de nouvelles restrictions sous prétexte de la concurrence, la nécessité de « délocaliser », d’une main d’œuvre taillable et corvéable dans le sud ou l’est de l’Europe. Et aussi de les convaincre de la nécessité d’une agression militaire contre ces peuples concurrents.

Donc il n’est pas question de répondre au TUI Alexandre Adler, mais bien de développer notre propre analyse de classe de la situation pour développer les solidarités, pour dénoncer l’Empire(les États-Unis mais aussi l’Union européenne et le japon) et son caractère destructeur pour l’humanité. Pour la première fois depuis les années 70, nous sommes en mesure d’être à  l’offensive. Ici même alors que 90% des députés, l’ensemble de la presse, toutes « les élites » autoproclamées n’arrivent pas à convaincre la majorité des franà§ais de voter OUI, parce que leur vécu de la situation les pousse à  dire NON, notre travail est de montrer l’ampleur du champ de bataille, de nous intégrer à la stratégie sud/sud. En fait une stratégie de classe…

C’est tout l’objet de notre livre (avec Viktor Dedaj, Maxime Vivas) qui doit sortir le premier septembre chez Aden : "De Mal Empire, les résistances du sud face au rêve américain". Ne nous faisons pas d’illusion le système de propagande, les TUIS à la mode Alexandre Adler ne nous laisseront pas plus d’espace médiatique qu’ils n’en laissent au NON, ou qu’ils en ont laissé à « Cuba est une île », ou aujourd’hui au livre de maurice Lemoine sur Chavez. Mais l’expérience que nous avons faite à travers « Cuba est une île » est justement que la stratégie de Liliput contre Guliver paye… Nous avons fait une trentaine de débats et nous poursuivons ce travail, nous « labourons la mer ». Pour cela il faut écarter tout ce qui divise, mesurer les potentialités collectives que nous avons. D’autres livres vont sortir à  cette rentrée, je pense en particulier à celui de Bricmont sur "la démocratie" chez Aden. L’ouvrage collectif autour des cinq qui sort au temps des cerises. L’Humanité est en train, dans le cadre de la bataille du NOn de changer de ligne y compris au niveau international, sur l’Amérique latine, le mensuel le Manifeste, Initiative communiste et d’autres, il faut chercher l’unité, surmonter les facteurs de division et les mesquineries, « les misères de position », comme le disait Bourdieu où chacun s’imagine que c’est l’allié potentiel qui est son concurrent, qui est à l’origine de l’impossibilité de se faire entendre, de son isolement et l’entretient en se donnant comme concurrent celui avec lequel il devrait se battre. Ces rivalités délétères sont le fruit de l’impuissance, d’un rapport de forces défavorables, de cette longue période sans espérance que nous venons de traverser. Un élan formidable secoue les peuples et change la donne « l’histoire est repartie »… Donc négligeons Alexandre Adler et construisons notre propre terrain tous ensemble…

Danielle Bleitrach