Ils y tiennent vraiment

Mars 2005

Hier soir, aux actualités franà§aises, sur toutes les chaînes, c’était le même pilonnage : une Europe en plein désarroi acceptait, pour que les Franà§ais votent oui au référendum sur la Constitution, « une remise à plat » de la circulaire Bockenstein…

Ils y tiennent vraiment

Hier soir, aux actualités franà§aises, sur toutes les chaînes, c’était le même pilonnage : une Europe en plein désarroi acceptait, pour que les Franà§ais votent oui au référendum sur la Constitution, « une remise à plat » de la circulaire Bockenstein, une remise en cause du plan de stabilité. L’atmosphère rappelait celle des accords de Grenelle en 68, quand le patronat s’agitait, tentait de contacter la direction de la CGT, pour calmer le jeu.

Car il ne s’agissait pas de « l’Europe » mais d’un conseil d’administration des grands intérêts qui avait pris depuis pas mal d’année le nom d’un continent. Un appareil, un système destiné à fabriquer du consensus autour des politiques néo-libérales de destruction du service public, de pression sur l’emploi et sur les salaires. Des chefs d’État, des technocrates devenus les formateurs de cette idéologie. Et suprême raffinement, un fonctionnement interne où la gauche engloutie dans cette atmosphère consensuelle feutrée, était chargée d’expliquer au peuple sur lequel elle avait quelque influence que l’on ne pouvait pas faire autrement. Qu’il n’y avait pas d’alternative, simplement une alternance, où les dirigeants impopulaires pourraient être renvoyés dans un mouvement d’exaspération sans avenir.

Donc ce conseil d’administration aux abois, à l’idée que les Franà§ais cabochards et pas trés raisonnables, pourraient dire non au traité, lâchaient du lest à la manière du patronat : on vous promet que la circulaire Bockenstein « sera remise à plat ». Qu’est ce que cela veut dire en langage patronal ? Que quand vous aurez voté, une nouvelle mouture, peut-être pire que la première sera adoptée et là vous ne pourrez plus rien dire puisque le nouveau corset légal vous en empêchera.

Continuons à filer la métaphore : depuis des années, ce système à produire du consensus autour des grands intérêts, n’entend rien, ignore les protestations, les manifestations nationales contre « la mise à plat » des retraites, de la protection sociale, et voici qu’il s’agite. Nous avons là , avec le vote NON à leur foutu traité visiblement un excellent moyen de pression pour enfin nous faire entendre, pourquoi le lâcher ? Comme le dit le proverbe chinois, c’est quand le chien se noie qu’il faut lui flanquer un coup de baton sur la tête.

Attention vous allez être marginalisés, la France va perdre son influence… Après la catastrophe finale, c’est l’appel au sentiment national… Toujours les accents de la patrie en danger pour défendre les grands intérêts, les marchands de canon comme le disait Jaurès… Et chez nous les marchands de canon sont puissants, de Lagardère à Dassault, ils tiennent même l’édition, la presse, ils gouvernent l’opinion publique… Ou croient gouverner l’opinion publique, ce qui est bon pour Dassault est bon pour la France… La France marginalisée, l’a-t-elle été quand elle s’est opposée à la guerre en irak, face à une Europe vassalisée dont une partie des chefs d’État se faisait les porteurs des foucades atlantistes ? Certains emboîtant le pas à la guerre préventive contre des armes de destruction massive et au véritable pillage pétrolier, rejoignant la « coalition » au grand dam de l’opinion de leur peuple. Aznar a fini par y perdre son pouvoir et nul ne le regrettera.

La France n’est-elle pas en train d’inventer quelque chose d’équivalent à  l’intervention politique directe des peuples face à ces sytèmes consensuels au service des grands intérets avec leur cortège d’experts et intégration des partis politiques qu’ils soient de gauche ou de droite ?

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais en ce qui me concerne tout cela me convainct plus que jamais qu’il faut voter NON, parce que nous sommes à  un moment de la bataille ou le patron veut nous faire lâcher la proie pour l’ombre, celui où jadis il tentait de convaincre les épouses de faire pression sur leur mari pour arrêter la grève. La situation est bien meilleure parce qu’ils ne peuvent nous affamer, nous retenir les salaires comme du temps de Germinal. Ils défendent les Grands Intérêts des multinationales financiarisée, mais ils sont dans leur bulle et ne peuvent nous obliger à ne pas dire NON. Vous avez commencé une bataille, il vous faut aller jusqu’au bout pour vous, pour votre vie, celle de vos enfants autrement ils accélereront encore leur politique parce qu’ils auront eu peur et vous ne pourrez plus agir parce qu’ils disposeront d’une nouvelle légalité.

La France sera-t-elle marginalisée dans ce Conseil d’administration qui a usurpé le nom d’un continent ? Cela dépend du pouvoir que l’on donne au dit conseil d’administration sur nos vies… En revanche croyez-moi, si la France dit NON, beaucoup de peuples d’Europe sont prêts à en faire autant, la France sera au cœur de leur résistance et c’est de cette centralité dont ils ont peur… Souvenez-vous de la chanson "cet air de liberté qui donnait aux peuples le vertige"… Croyez-moi c’est cela que les peuples attendent de la France… De cela qu’ils ont une peur panique…

Danielle Bleitrach