L’Europe et la mondialisation Enregistrer au format PDF

Avril 2005

L’Europe et la mondialisation

Un des arguments les plus fréquemment avancé en faveur d’une construction européenne serait que seul un continent est en capacité de faire contrepoids à l’hégémonie nord-américaine. Les peuples d’Amérique latine, du Sud en général l’ont longtemps espéré, mais n’y croient plus réellement.

Depuis la chute de l’Union Soviétique, on a assisté à un véritable détournement de vocabulaire, les « révolutionnaires » sont devenus des « conservateurs », et tout est fait pour démontrer que le capitalisme, l’impérialisme sont porteurs seuls de modernité, de valeurs progressistes, dont les Droits de l’Homme. Quitte à transformer ces droits en rituel électoral, en liberté des patrons de presse, en niant les droits à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à la survie.

Il y a le même détournement à propos de l’Europe, mettre en cause sa construction reviendrait à s’ancrer sur un chauvinisme national, un protectionnisme étroit. Ainsi dans la récente campagne sur le Traité Constitutionnel, tous ceux qui disent NON sont ramenés à Le Pen. Et il ne leur reste plus pour s’en distinguer qu’à adopter le même discours creux et vide de sens sur l’Europe sociale que les partisans du OUI, et ce en violation de l’expérience vécue par des millions de gens sur la réalité de l’Europe. Dire que l’on est « passionnement » pour l’Europe, que l’on est d’accord pour que l’ouverture aux pays de l’Est se traduise par un déficit de 3 milliards d’euros qui seront financés par des travailleurs que l’on met au chômage, dont le niveau de vie baisse, alors que le profit est pour le patron de carrefour qui part à la retraite avec l’équivalent de la vie de 2700 smigards, c’est se condamner à être incompris. Il faut être pour des mesures concrètes et pas pour demain on rasera gratis.

Adopter comme nous l’avons fait dans notre livre le point de vue du Sud renverse la perspective. Parce que cela place l’Europe devant des choix concrets, soit adopter des choix néo-libéraux, concurrentiels dont la logique ne peut alors être que l’agressivité du gouvernement étasunien pour poursuivre le pillage, soit un autre type de développement, d’autres relations internationales, des coopérations. ce qui est le contraire du traité constitutionnel qui nous est proposé. L’Europe n’a de sens que dans une mondialisation. Loin d’être une protection, il s’agit d’un espace ouvert ; Il faut partir de cette réalité là et non croire qu’elle est l’instrument indispensable de protection et ouvrir un véritable dialogue sur le développement, sur la planète, sur les droits réels des êtres humains. Mais les peuples du Sud ne sont pas en situation de payer de mots, de slogans creux, pas plus d’ailleurs que les salariés des pays d’Europe et cela passe par une véritable mise à plat de ce qu’a été jusqu’ici cette construction européenne.

Négocier aujourd’hui avec la Chine passe par des choix concrets : est ce que l’Europe appuie ou non l’agressivité étasunienne et Japonaise contre elle ? Est ce que l’Europe fait pression sur la Chine avec les USA pour qu’elle baisse le yuan pour mieux évacuer la question du dollar ? Si en toute occasion l’Europe s’aligne sur les USA, la chine ne verra aucune raison de privilégier l’Europe, elle exigera en bonne logique les règles concurrentielles du marché. Parler des « bas salaires » en Chine en évacuant le rôle des superprofits exigés chez nous est non seulement le moyen de développer l’hostilité face à la Chine, mais celui de faire pression sur les travailleurs chez nous. Prétendre ouvrir des marchés en Chine ou dans d’autres pays du Tiers Monde, en refusant les transferts de technologie, c’est refuser de véritables coopérations qui permettraient de développer les conditions de la force de travail dans les pays sous développés. À quel titre exigerions nous un quelconque traitement de faveur, parce qu’à  l’inverse des États-Unis nous ne multiplions pas les bases dans le Pacifique, parce que nous ne la menaà§ons pas avec la VII e flotte et le réarmement de l’allié japonais ? Oui mais nous acceptons le diktat étasunien et pratiquons l’embargo des armes face à la Chine…

Ce qui est vrai de la Chine l’est de l’ensemble d’autres pays du Sud qui sont en train de développer des stratégies coordonnées d’endiguement de la dangerosité étasunienne nécessaires à leur propre développement. Ce que nous analysons dans notre livre.

C’est pourquoi il faut en pensant l’Europe dans la mondialisation, ne plus se laisser avoir au piège d’une « modernité européenne » ou de la nécessité de construire un impérialisme concurrent mais de fait nécessairement vassal des USA, mais bien avoir le courage dont témoignent les peuples d’Amérique latine, repenser l’articulation coopération entre nations, espaces continentaux, relations nord-sud, ou alors nous serons les éternelles dupes. On feindra de revoir la circulaire Bolkenstein, prévoir de « renégocier » la question du textile avec la Chine, mais tout cela ne sera que du « pipeau » et sitôt le vote intervenu, la logique se poursuivra…

DONC TOUT CELA PASSE PAR LE NON AU TRAITÉ CONSTITUTIONNEL…

Danielle Bleitrach