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Les Comores, une indépendance inachevée

Jeudi 3 novembre 2022

Le 12 novembre, journée « maore » des comores, jour anniversaire de la reconnaissance de l’indépendance des comores par l’ONU, nous fêterons l’indépendance, partielle, des comores aux 10es rencontres internationalistes de Vénissieux, avec notre camarade said-hamidou.


En 1958, année de la constitution de la république et de la communauté, les Comores ne deviennent ni autonomes ni indépendantes. Le Président du Conseil de Gouvernement, Saïd Mohamed Cheikh, estime qu’il est assez tôt pour que ce jeune archipel assure pleinement son destin. Cette position n’était pas l’avis de certains indépendantistes comoriens de l’époque. Ces derniers constituent le Mouvement de Libération des Comores.

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Poursuivant leur lutte pour le droit à l’autodétermination, en 1972 les indépendantistes remportent les élections et, dans une Déclaration commune, le Mouvement de libération des Comores et la France acceptent, en 1973, que la population soit consultée sur le statut de l’archipel. Cette même année, l‘Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 3161 qui prend note de la Déclaration commune entre la France et les Comores et « affirme l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores ». En 1974, une nouvelle résolution de l’assemblée générale de l’ONU « réaffirme le droit inaliénable du peuple de l’archipel des Comores à l’autodétermination et à l’indépendance. » Cette résolution rappelle qu’une consultation doit être organisée et précise qu’elle « sera organisée sur une base globale de l’archipel ». Les Nations Unies se prononcent donc sans ambiguïté, pour l’indivisibilité des Comores.

Le 22 décembre 1974, un scrutin référendaire est organisé dans l’archipel. 154 184 électeurs votent oui contre 8 853. Les électeurs se prononcent ainsi pour l’indépendance, soit 95 % des votants. Cependant, 8 783 des 8 853 électeurs qui ont voté non, sont décomptés sur l’île de Mayotte soit 62% de l’électorat de l’île. Ce vote mahorais s’explique par un malentendu de longue date imputée à la présidence de Saïd Mohamed Cheikh, décédé depuis, lorsque celui-ci assurait la destinée du pays. En effet, sur proposition du colonisateur, le 14 mai 1958, l’Assemblée territoriale des Comores vote le transfert de la capitale de Dzaoudzi (Chef-lieu de Mayotte) vers Moroni en Grande-Comore. Les 26 élus d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande-Comore votent pour. Les quatre représentants mahorais s’y opposent. Saïd Mohamed Cheikh, Président du Conseil de Gouvernement étant de la Grande-Comore, les mahorais n’ont jamais admis ce transfert. L’impérialiste français a saisi cette occasion pour considérer les résultats du scrutin île par île.

Le 6 juillet 1975, les députés des Comores proclament unilatéralement l’indépendance du pays , mais Mayotte est maintenue sous administration française et le 12 novembre 1975, l’archipel des Comores est admis à l’organisation des Nations unies (ONU) comme État souverain composé des îles de Mayotte, Anjouan, Mohéli, et Grande Comore.

En effet, par la résolution 3385 adoptée le 12 novembre 1975 sous le haut patronage du plus européen des européens, le luxembourgeois, S.E. Gaston Thorn Président de la séance plénière de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Les Comores sont admises comme membre de l’ONU en vertu de la résolution 3385 du 12 novembre 1975, qui réaffirme « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel, composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli ».

Certes cette demande d’admission a été présentée et introduit par les Comores mais elle a été soutenue par le Conseil de sécurité de l’ONU, lequel Conseil de Sécurité dans sa résolution 376 du 17 octobre 1975 a recommandé à l’Assemblée Générale d’admettre l’État comorien composé des quatre îles à l’Organisation des Nations Unies. Cette résolution a été adoptée par 14 voix pour et zéro contre, la France a préféré de ne pas participer au vote. La France malgré elle, reconnait l’indépendance des Comores, mais au mépris de ces résolutions, maintient Mayotte sous son autorité. Elle projette d’organiser un second référendum à Mayotte ignorant une autre résolution du Conseil de Sécurité.

Le 6 février 1976, la France oppose son veto à une résolution du Conseil de sécurité demandant la rétrocession de Mayotte aux Comores et de renoncer à un second référendum dans l’île de Mayotte. Ignorant la demande du Conseil de sécurité, la France organise ce second référendum qui donne une large majorité au maintien de Mayotte dans la République française, seules 13 voix s’y seraient opposées ?!? Malgré les protestations internationales, la France érige alors Mayotte en collectivité territoriale de la République.

Contre ce fait accompli, l’Assemblée générale de l’ONU, adopte le 21 octobre 1976 par 102 voix contre 1 et 28 abstentions, la résolution : 31/4 qui condamne

  • les référendums organisés par le gouvernement français dans l’île comorienne de Mayotte,
  • énergiquement la présence de la France à Mayotte

Cette résolution demande au Gouvernement français de « se retirer immédiatement de l’île comorienne de Mayotte partie intégrante de la République indépendante des Comores, et de respecter sa souveraineté. »

Au non-respect, reconnu et affirmé par les Nations unies de l’intégrité du territoire comorien, s’ajoute l’instauration le 18 janvier 1995 du visa Balladur qui empêche les Comoriens de venir librement à Mayotte. En application de cette mesure, niant délibérément que ces « étrangers » sont Comoriens et donc « chez eux » à Mayotte, des dizaines de milliers de Comoriens sont expulsés de Mayotte étant considérés comme des « étrangers irréguliers ». En leur refusant des visas pour circuler dans leur pays, la France, non seulement bafoue les résolutions de l’ONU, mais porte la responsabilité que depuis vingt-cinq ans, le canal du Mozambique qui sépare Anjouan de Mayotte, précédant celui de la Méditerranée, est le « plus grand cimetière marin ». Ce bras de mer de 70km entre Anjouan et Mayotte a vu plus de 15 000 Comoriens périr noyés.

Les annexions françaises continuent : le 29 mars 2009 est organisé dans l’île, un référendum sur la départementalisation avec comme objectif de permettre à Mayotte, alors une collectivité départementale française de l’océan Indien, son passage à un statut de département de la République française. Bien entendu, cette population habituée à vivre sous perfusion approuve la départementalisation à une large majorité. 95,24 % des votants s’exprimant en faveur du « oui », sur une participation de 61,37 % de la population. Mayotte est devenue ainsi le 101e département français.

Et pour couronner le tout, en 2012, le Conseil européen s’est réuni les jeudi 28 juin et vendredi 29 juin à Bruxelles pour se prononcer sur le statut de Mayotte, candidat à devenir une Région ultra périphérique (RUP). L’appartenance française de Mayotte n’est toujours pas reconnue par l’ONU, et pourtant le Conseil européen a entériné la procédure. La « rupéisation » devient effective aux yeux des européens sans qu’elle rencontre d’opposition catégorique.

Et dans tout cela, les autorités de Moroni qui revendiquent l’île de Mayotte de manière vigoureuse, ont toujours l’appui de la Communauté internationale, des Nations Unies, de la ligue arabe ou encore l’Union Africaine et le 12 novembre est décrété journée nationale maoré

Saïd-Hamidou ALLAOUI