une abstention qui reste forte malgré l’enjeu apparent d’un changement possible de majorité
C’est bien sûr le constat politique majeur. Alors que tout le monde disait qu’il y avait une forte incertitude sur le résultat de l’élection à Vénissieux, un duel risqué pour Michèle Picard, la participation est plus faible qu’en 2014 avec 19 393 abstentionnistes pour seulement 15 043 en 2014… 4300 de plus… Si on met de coté l’année 2020 en plein covid, l’abstention ne fait que progresser depuis 1989… en même temps que le total gauche baisse régulièrement, - 1,2 point par élection…
Pourtant, toutes les expériences de participation citoyenne à Vénissieux ces dernières années montre l’intérêt de nombreux vénissians pour l’action publique. La consultation sur la tranquillité en 2025 a mobilisé près de 8000 vénissians, la création de la mutuelle communale a provoqué une salle du conseil bondée de personnes intéressées, l’action contre le non recours au moulin à vent a été un succès avec des centaines de personnes rencontrées, la défense du journal expressions, comme l’action pour l’ascenseur de la gare ont mobilisés des milliers de vénissians. Des exemples très différents mais qui confirment qu’il y a bien un potentiel de citoyenneté vénissiane qui ne s’exprime pas dans cette élection.
La crise de la politique est profonde et personne n’attend évidemment qu’un maire soit responsable sur la guerre, la dette, la désindustrialisation, les trafics… Mais la vérité de fonds qui n’épargne aucune commune est bien la dérive politique de la France à droite depuis des années. Les maires de droite dure sont réélus dès le premier tour, même quand, comme à Rillieux, ils ont un bilan désastreux, y compris sur la sécurité.
La victoire au finish de la gauche à Lyon et les victoires de LFI contre la gauche ne peuvent masquer cette réalité. La gauche est en crise, affaiblie qu’elle soit divisée ou unie. Il y a urgence. Ce sera un des sujets du prochain congrès du parti communiste.
La droite en embuscade qui emporte la circonscription… et la métropole
Le député Boumertit a dit qu’il n’y avait pas de risque à droite et donc que la division à gauche était légitime. Il n’a d’ailleurs pas mené campagne à Corbas ou Feyzin pour la métropole.
- A Feyzin, ville où il faisait plus de 2000 voix aux dernières législatives, il ne mobilise que 358 voix, derrière Michèle Picard, derrière même le RN, 400 de moins que la droite ! Il perd même 10 voix sur le premier tour !
- A Corbas aussi, il y avait 2000 voix pour Boumertit en 2024, il n’en mobilise que 350 pour les métropolitaines, deux fois moins que Michèle Picard, 6 fois moins que la droite ! Et là, il perd 85 voix sur le premier tour
- A Saint-Fons, avec le soutien du président écologiste de la métropole, il n’a que 400 voix d’avance sur la droite, alors qu’il en avait plus de 2000 en 2024…
- et même à Vénissieux, il n’a que 1000 voix d’avance sur la droite, alors qu’il en avait 7000 au premier tour des législatives…
Il ne s’est vraiment occupé que des municipales, délaissant l’élection métropolitaine, alors qu’il sait très bien que la métropole représente l’essentiel des moyens des politiques publiques que la ville peut défendre.
Au total, sur la circonscription, il est à 1000 voix de la droite qui l’emporte. Il continue à dire que ce n’est pas grave puisqu’il a réussi à prendre la place de maire pour… 25 voix ! Mais comment va-t-il expliquer les décisions que la droite métropolitaine va prendre sur le logement, l’hébergement, la santé, la petite enfance, les mobilités, l’environnement… Comment pourra-t-il justifier qu’il n’y avait « pas de risques à droite » ?
Une stratégie de la division que LFI doit assumer !
On a entendu des dirigeants insoumis de la métropole répéter un énorme mensonge. Ce serait les autres forces de gauche qui auraient refusé l’union, et notamment Michèle Picard. Nous avons publié les messages envoyés à Idir Boumertit et son équipe en mars 2025, juin 2025, juillet 2025, septembre 2025 pour proposer l’union, dont la seule réponse a été un court rendez-vous en septembre pour nous dire que la décision se prenait à Paris ! De même, aucune réponse le 16 mars au soir, alors qu’ils savent que la métropole risque de basculer… Il parait qu’ils sont insoumis ? en tout cas, totalement soumis à leurs dirigeants !
Est-ce un maire insoumis qui dirige Vénissieux, ou une gauche opportuniste dans la continuité du socialiste Blein de 2014 et du macroniste Blein de 2020 ?
Commençons par le résultat des élections avant de regarder comment est constitué la liste présentée comme « LFI ».
Michèle Picard avec 28% au premier tour est au même niveau qu’en 2020 où elle était avec Idir Boumertit, mais sans les verts. Au deuxième tour, il ne lui manque que 4 points sur 2020 où toute la gauche était unie, mais Idir Boumertit est presque au niveau du macroniste Blein ! Si on raisonne « gauche/droite », la gauche serait passé de 40% à 68% des exprimés ou alors le vote pour le macroniste BLein était un vote de gauche ? Sans doute une part d’un électorat socialiste qui restait fidèle à son nom, mais en tout cas, certainement pas un électorat mélenchoniste !
La droite ne progresse que de 4 points et l’extrême-droite en perd 4. Mais où est passé l’électorat macroniste de 2020 ? Et bien tout montre qu’en fait c’est l’électorat de Idir Boumertit… Voici des représentations graphiques claires, comparant les votes sur des cartes, les votes par grands quartiers, et les écarts de vote entre les deux tours par grands quartiers.
C’est difficile à nier. Les votes Blein et Boumertit ont plus que des analogies… La politique n’est pas qu’une affaire de chiffres, mais ils aident à confirmer ou pas des hypothèses et les statisticiens ont un outil pour évaluer la proximité entre deux séries de données, ce qu’ils appellent un « coefficient de corrélation ». Le résultat est clair, le vote Boumertit de 2026 est très fortement corrélé au vote Blein de 2020… Autrement dit, dans ce cas, LFI = Macron ?!
D’ailleurs, un des résultats surprenants de l’installation de l’équipe de Mr Boumertit est qu’il y a donc moins d’adjoints qui habitent les quartiers prioritaires, un seul, alors qu’il y en avaiat 4 avec l’équipe Michèle Picard, dont le premier adjoint !
Ceux qui ne s’arrêtent pas aux buzz des réseaux sociaux savent d’ailleurs que Michèle Picard est une enfant des minguettes, qui a fait toute sa scolarité à l’école Anatole France… Mais elle est blonde, une femme, donc pour certains, elle ne peut être « des quartiers ». Il faudra juger sur les faits, mais l’équipe Boumertit n’est pas une équipe des quartiers populaires, elle se sert de leurs votes pour des places !
Cette expérience montre qu’on ne peut pas faire confiance à Idir Boumertit !
Idir Boumertit a été au PRG (à droite du PS donc et on retrouve dans sa liste 2026 Nadia Chikh, qui elle aussi a été au PRG, et elle aussi n’habite plus les quartiers depuis longtemps…) avant de rejoindre le PG de Mélenchon. Les mauvaises langues disent qu’il en voulait à Eleazar Bafounta, alors adjoint PRG de André Gerin, de ne pas lui avoir laissé la place… Mais pourquoi pas, chacun a le droit d’évoluer.
Au fil des années dans une équipe dirigée par les communistes, on pouvait croire que Idir Boumertit avait évolué vers la gauche. C’est d’ailleurs ce qui se passe quand en 2014, le PS de Gérard Collomb a tenté de prendre la ville de Vénissieux. Idir Boumertit s’est démené avec tous ceux qui à gauche refusaient la dérive qui allait devenir macroniste. Et nous avons gagné contre un certain Ben Khelifa qui faisait voter les quartiers des minguettes à coup de SMS communautaires et de promesses de logement. Lui, adjoint socialiste sortant, était clairement en rupture politique avec le maire communiste, menant une bataille forcenée pour déstabiliser notamment la SACOVIV.. ce qui ne sera pas sans conséquences [1]
Donc, en 2014, Idir Boumertit fait un choix clair à gauche, avec les communistes, contre les socialistes en voix de macronisation…
Idem en 2020 où cette fois, le député ex-socialiste Yves Blein se présente dans la vague Macron de 2017 toujours avec Mr Ben Khelifa, qui mène la même campagne forcenée sur les quartiers des minguettes. Et Idir Boumertit avec son équipe LFI contribue à la victoire de Michèle Picard, contre Blein et Ben Khelifa.
En 2022, tout le monde à Vénissieux pense que Michèle Picard va être la candidate du Nouveau Front Populaire contre Macron. Mais Paris en décide autrement, le direction du PCF laisse la circonscription à LFI qui parachute dans un premier temps un inconnu sulfureux, Tahar Bouhaf. Devant le tollé et le risque de perdre face à Michèle Picard, LFI retire Bouhaf et installe Idir Boumertit, dont certains disent qu’il ne le souhaitait pas… Candidat à l’insu de son plein gré ? difficile à croire. Mais toute la gauche joue le jeu et notamment les communistes qui retirent, certes à contre-cœur, mais jouant le jeu de l’union, la candidature de Michèle Picard, La place est libre pour Idir Boumertit.
Depuis, on le voit peu à Vénissieux. Il est absent de toutes les initiatives de la ville, en dehors des quelques cérémonies obligatoires. Certains journaux le qualifie même de député fantôme. L’équipe de Michèle Picard n’a sans doute pas suffisamment fait attention aux rumeurs sur ses contacts avec d’autres forces politiques de la ville. Et les communistes ont multiplié les démarches sans les rendre publiques. En 2024, ils proposent une intiative de toute la gauche contre l’extrême-droite après la loi sur l’immigration. Tout le monde répond, sauf Idir Boumertit et LFI… Au printemps 2025, les communistes appellent au rassemblement à Vénissieux, sans réponse toujours… On connait la suite.
En fait, on comprend aujourd’hui que Idir Boumertit travaille depuis 2022 à construire une liste opposée à la majorité qu’il fait semblant de soutenir, et il négocie discrètement de futurs ralliements. Toute l’année 2025, on se demandait pourquoi Mr Sghaier était aussi tendu, toujours très exigeant avec la majorité sans jamais s’engager dans le travail collectif. Il impose l’expérimentation de la mise en sens unique devant l’école du Moulin à Vent qui fera polémique quand la métropole la présentera comme définitive en pleine campagne. Heureusement que Michèle Picard prend le dossier en direct et impose à la métropole la fin de l’expérimentation. En septembre, il participe aux discussions sur la majorité future… pas très motivé, on sait désormais pourquoi. Et surprise, lui qui défendait mordicus la ZFE que les communistes n’avaient pas voté à la métropole, il rejoint une liste LFI qui, officiellement, dénonce cette ZFE [2]
Quand le PS départemental nous a demandé de recevoir Mr Ben Khelifa comme représentant officiel du PS, on a été surpris, encore plus quand il nous demandé une seule chose pour travailler avec Michèle Picard, mettre dans notre programme l’armement létal de la police municipale… en contradiction avec l’orientation affirmée par Michèle Picard depuis des années. Mais on comprend maintenant que ce n’était que du vent, et qu’il avait déja négocié son passage à LFI….
Bref, c’est une liste marqué par l’opportunisme, pas par l’engagement politique. Tous ceux élus qui ont déjà tourné leur veste, peuvent la retourner encore si le vent tourne…
Que peut-on attendre de Monsieur Boumertit ?
L’installation de Monsieur Boumertit comme maire et l’installation de ses adjoints satisfait évidemment leurs proches et leurs soutiens. Cela dit, la majorité des vénissians s’interrogent, que vont-ils faire ?
certains nous disent, c’est dommage pour Michèle Picard mais au fonds, c’est toujours la gauche, et cela ne va rien changer pour nous
Peut-être. Le premier discours de Monsieur Boumertit est très consensuel et pourrait être fait par n’importe quel maire centriste ! Pas un mot sur la droite à la métropole, pas un mot d’ailleurs sur la métropole, pas une annonce, pas un élément repris de son programme, pas un mot sur les crises et leurs impacts sur les vénissians. Un discours de banalité qui veut peut-être dire qu’il ne veut rien bousculer, rien casser, et qu’en fait, il va poursuivre les politiques menées par la majorité de Michèle Picard ? L’avenir nous le dira.
Mais cela montre que les vénissians ne connaissent pas les différences politiques entre Boumertit et Picard. Certains suivent les polémiques nationales entre LFI et le PS, polémiques que les communistes vénissians ont toujours ignorées, mais font comme si ça ne concernaient pas les politiques publiques. Pourtant, il faut regarder le rôle des élus métropolitains communistes et insoumis. Sur plusieurs dossiers, ils ont été différents, voire opposés, ZFE, énergie, mobilités…
Et faut-il rappeler qu’il a fallu attendre un adjoint communiste à la politique de la ville, remplaçant Monsieur Boumertit devenu député, pour que le budget soit fortement augmenté ?
La campagne municipale n’a pas permis de vrai débat comparatif sur les programmes. Qui peut citer une différence ? L’équipe de Monsieur Boumertit s’est bien gardé d’ouvrir ce débat et a même cultivé le populisme du « elle n’a rien fait pour nous » sans jamais dire qu’ils étaient partie prenante de toutes les politiques publiques et sans jamais dire le bilan extraordinaire d’une équipe dont ils étaient la deuxième force politique, bilan impressionnant notamment pour les quartiers populaires… piscine, Fablab, plateau ressource, espace aquatique coblod, accueil de jour, réhabilitations, constructions de logements diversifiés…
d’autres s’inquiètent, mais ils vont appliquer la politique nationale de LFI ? réduire la police municipale, la vidéosurveillance ? Que vont-ils supprimer pour trouver les millions de leur promesses de gratuité ?
Le plus probable, comme d’ailleurs pour les maires RN, c’est que le pragmatisme l’emporte. Monsieur Boumertit n’a aucun intérêt de multiplier les conflits avec les services publics, les partenaires, les associations. Va-t-il réduire le financement des associations dont la droite dit qu’elles sont trop communistes ? Va-t-il laisser ses adjoints qui ont des vieux conflits avec la ville en profiter pour régler leurs comptes ? On verra bien.
Il a une chance, la force du bilan de Michèle Picard et son équipe. Car la ville est bien gérée, faiblement endettée, sans avoir augmenté ni les impots, ni les tarifs, et sans rien avoir privatisé… Pendant quelques temps, monsieur Boumertit peut vivre sur les acquis de Michèle Picard, s’il ne casse rien. Mais ensuite, qui connaît ses projets pour la ville ? Il n’y a aucun investissement prévu dans son programme…
les écarts par quartier et l’abstention
Mais la politique n’est pas qu’une affaire de personne. C’est toujours une question de rapport de forces, de mobilisations citoyennes et c’est bien le premier sujet de réflexion pour l’équipe de Michèle Picard, pour les communistes.
Voici la comparaison par grands quartiers des trois éléments essentiels du vote, le vote Michèle Picard, le vote Idir Boumertit et l’abstention. Michèle Picard fait un résultat assez homogène sur tous les quartiers, quand Idir Boumertit surperforme sur le plateau des minguettes, là d’ailleurs ou l’abstention est nettement plus forte.
Idir Boumertit, en délaissant la circonscription et la métropole a mis tous ses moyens sur quelques quartiers, espérant renverser la table en mobilisant plus fortement. Il a ainsi pris une avance de 500 voix aux minguettes qui permettent cet écart final de 25 voix.
Mais il reste plus de 6000 abstentionnistes aux minguettes, plus de 19 000 dans toute la ville. C’est le sujet décisif pour Michèle Picard et son équipe. Il y a des milliers de Vénissians qui sont disponibles pour défendre l’histoire de la ville. Même s’ils ne sont pas du tout communistes, ils connaissent la qualité des services publics locaux, du cadre de vie, de la solidarité. Et il savent que le pire pour Vénissieux serait d’opposer les habitants selon leurs origines, leurs catégories sociales, leurs quartiers.
Ce doit être le sujet de réflexion collective de toute la gauche unie avec Michèle Picard, des militants et des citoyens qui ne veulent pas de la division. Et beaucoup d’électeurs qui ont cru voté franchement à gauche avec un vote LFI peuvent réaliser que cette division les affaiblit face aux droites et ne sert que quelques opportunistes. Un recours a été déposé par des soutiens de Michèle Picard. Le tribunal tranchera, mais il faut espérer qu’il permette aux vénissians de faire un choix clair et mobilisateur.



