rencontres internationalistes de Vénissieux

Un parti communsite pour un avenir socialiste-communiste

Intervention de Anthikos Bellas (KKE)
Novembre 2010

Chers camarades,

Nous voudrions remercier les camarades de Vénissieux pour leur invitation. A l’occasion nous voudrions vous informer des résultats des élections régionales/municipales qui se sont passées le week-end dernier en Grèce. En prenant compte des grandes et dures luttes qui ont précédé contre les mesures impopulaires qu’a imposées au peuple le gouvernement social-démocrate du PASOK avec l’UE et le FMI, les élections ont eu un caractère politique intense. Le KKE ne s’est pas seulement fixé comme perspective d’éviter les mesures d’austérité mais a aussi constamment projeté le besoin pour un autre pouvoir et pour une économie sans monopoles et exploiteurs afin de vraiment changer la vie du peuple. Le KKE a était leader dans ces luttes du mouvement ouvrier-syndical avec le Front de Lutte Syndicale, le PAME.

Le KKE est le seul parti à avoir augmenté son nombre de votes et ses pourcentages. Le KKE a eu :

  • Augmentation de 3,3% (+75.000 votes) par rapport aux élections parlementaires de 2009, ainsi qu’une
  • Augmentation de 3,6% (110.000 votes) par rapport aux élections municipales de 2006.
  • Le KKE a élu 40 conseillers dans des Conseils Régionaux et plus de 500 conseillers dans des Conseils Municipaux. Dans deux municipalités les candidats du KKE sont passes au deuxième tour des élections. D’une autre part le PASOK a perdu 1 million de votes.

L’opposition néolibérale de la Nouvelle Démocratie a reculé en perdant 500.000 votes alors que le milieu de l’opportunisme (SYN/SYRIZA), qui est en pleine crise idéologique-politique, et qui pendant tout ce temps a prouvé son manque de fiabilité en accusant le KKE d’être coincé et sectaire tout en collaborant et soutenant les choix du gouvernement du PASOK, a concentré 4,5% alors qu’aux élections de l’année dernière il concentrait un pourcentage de 4,6% (perte environ de 50.000 votes).

Le parti nationaliste et anticommuniste LAOS a concentré 4% (environ 1,5% de moins par rapport à 2009 et 150.000 de votes en moins). A noter cependant que dans trois régions ce parti n’avait pas une liste propre à lui-même et a soutenu la ND dans les deux et le PASOK dans l’autre. Le très grand nombre de l’abstention (39% alors qu’aux élections de 2009 elle était à 29%) surtout en Attique (région d’Athènes) et à la municipalité d’Athènes exprime un mécontentement populaire et une condamnation tant du PASOK que de la ND.

L’abstention a un fond plus politique que le même phénomène d’abstention aux élections européennes. Elle exprime un processus positif d’émancipation du peuple des partis bourgeois et de la logique de gestion de la crise du système, un processus qui n’a pas encore abouti.

Il est intéressant de voir le soutien important porté au KKE non seulement au total, mais plus spécialement dans les grands centres urbains où la classe ouvrière de Grèce travaille et vit. Dans la région de l’Attique, une région de 4 millions d’électeurs, le KKE augmente son pourcentage de 10,2% à 14,42%. Cela montre au KKE, le parti de la classe ouvrière, que des conditions importantes existent, pour que le front sociopolitique de l’alliance populaire se forme et s’établisse. Car d’après nous, la ligne politique et l’action du KKE aux élections font partie de sa stratégie, de sa lutte pour le socialisme. Le prochain pas pour le peuple doit se faire le lundi 15 Novembre aux mobilisations de plus ample importance auxquelles appelle le KKE afin d’intensifier l’opposition de la grande majorité du peuple au Mémorandum et aux mesures d’austérités barbares.

Il est d’une grande importance pour nous de participer à un meeting pour les 90 ans du PCF. Nous retenons l’histoire glorieuse et l’étendue de l’action des communistes en France, comme l’établissement héroïque de la Commune de Paris en 1871, premier pouvoir prolétaire au monde et sa sanglante suppression par la classe bourgeoise. L’histoire du PCF comprend d’importantes luttes et liens que le parti a construits avec la classe ouvrière de France et avec les couches populaires pauvres à des moments critiques de l’Histoire. Ce sont des rangs de ce parti qu’ont découlé des personnalités communistes comme Eluard, Aragon et Picasso. Le PCF a aussi une contribution historique particulière dans l’expression de la solidarité mondiale, dans la lutte contre les colonies, dans l’accueil et soutien de communistes persécutes, de guérillas et de mouvements de libération nationale. Les liens historiques du PCF et du KKE se sont confirmés lors de moments critiques. Les communistes grecs n’oublient pas par exemple l’importante visite de solidarité de Paul Eluard en Grèce, ainsi que la solidarité des communistes franà§ais pendant que la lutte des classes s’intensifiait en Grèce avec la lutte féroce du DSE.

A l’occasion des 90 ans du PCF et ayant traversé le carrefour de la contrerévolution, il est mature de tirer quelques conclusions sur le parcours du mouvement communiste, maintenant que l’expérience internationale et nationale est grande. Dans un premier temps nous nous tenons devant le problème politique fondamental d’un parti communiste, sa stratégie. Sa capacité à répondre à son devoir essentiel, traiter correctement la question du pouvoir politique, du développement de la théorie du communisme scientifique. Le bilan critique –loin du nihilisme- se concentre sur la capacité du Parti Communiste à confirmer son rôle idéologique politique distincte et son rôle d’organisateur dans chaque phase de la lutte. Ce bilan s’exprime, par conséquence, par l’analyse objective des contrastes socioéconomiques, l’alignement des forces de classes, par la corrélation politique et par la tactique de l’adversaire des classes.

L’action distincte du Parti Communiste garantit une politique d’alliance qui ne sape pas les intérêts stratégiques de la classe ouvrière, au nom de quelques succès temporaires. Les alliances, un élément intégrale de la stratégie, présupposent des compromis qui ne doivent pas nuire à la mise en avant de la stratégie du Parti Communiste. De plus, l’évolution historique a prouvé, parfois de faà§on douloureuse, que si l’état bourgeois n’est pas démoli par les forces révolutionnaires, la possibilité d’établissement et de solidification du pouvoir successeur est mise en cause. Concernant cette question, la classe bourgeoise dispose d’une résolution et d’une expérience très grande.

L’histoire de notre parti, du KKE, a été marquée par la lutte pour maintenir son existence, tant contre l’attaque de la bourgeoisie que contre la sape de l’opportunisme, les essais les plus importants comprenant celle des décennies 1950 et 1960, ainsi que celle de la fin des années ’80 au début 1991. Dans les deux cas, une soi-disant ’’coalition de gauche’’ de partis et d’organisations (des communistes, des sociaux-démocrates etc.) a été utilisé comme moyen , une coalition que les forces opportunistes ont voulu transformer en parti unifié afin que, évidemment, le KKE cesse d’exister, que l’avant-garde consciente de la classe ouvrière, qui se bat pour renverser le capitalisme et construire la société socialiste, se liquide dans des schémas opportunistes confus. Au fait, dans le premier cas, dans les années 1950-1960, le KKE avait dissout ses cellules pendant 10 ans. Dans les deux cas, ils ont échoué à  promulguer la mutation du KKE, son intégration dans le système politique bourgeois et finalement, sa dissolution.

Le KKE a défendu les principes fondamentales et les caractéristiques d’un parti communiste, l’idéologie du socialisme-communisme scientifique, le marxisme-léninisme, l’internationalisme prolétarien, le centralisme démocratique, les lois scientifiques du socialisme-communisme, des lois qui étaient le premier cible de l’attaque anticommuniste et opportuniste. Le KKE, malgré l’obstination des opportunistes, de l’impérialisme, contre le courant international opportuniste, a pu finalement se tenir debout, tout en conquérant sa constitution révolutionnaire. Ce fait est d’une importance historique significative, à§a traverse l’histoire de 90 ans de notre parti. Ce fait a constitué le départ pour un nouveau début du KKE, le départ pour l’effort d’une contribution encore plus importante de sa part à l’œuvre difficile de l’unité idéologique et politique du mouvement communiste international.

Le KKE est contre le nihilisme concernant la construction socialiste dans le 20e siècle, et avec la résolution de son 18e congrès, il a mis en avant l’offre du mouvement ouvrier et communiste à l’humanité et l’actualité intemporelle de la lutte des classes comme la seule force motrice pour la libération de la classe ouvrière, avec l’abolition de la propriété aux moyens de production. Notre parti a enrichi son programme politique et plus particulièrement, les volets qui parlent de la conquête du pouvoir et de la construction du socialismecommunisme. Un des devoirs les plus importants du front idéologique communiste est de réhabiliter, aux yeux des travailleurs, la vérité pour le socialisme du 20e siècle, de faà§on objective, sans idéalisations, épargnée de la diffamation de la classe bourgeoise. Mais la campagne de diffamation et la croisade anticommuniste qui a comme pointe la propagande anti-staliniste, en visant ainsi la période qu’ont été posés les fondements de la construction socialiste, ne peut cacher la vérité pour longtemps. La vérité ne peut non plus être déformée par l’effort de dévalorisation du socialisme du 20e siècle à travers des théories opportunistes. L’anticommunisme, qui comprend, entre autres, la réécriture de l’Histoire, montre que la classe bourgeoise a peur.

La défense des lois scientifiques du socialisme et, en même temps, la défense de ce que le socialisme du 20e siècle a offert à l’humanité, constituent, pour le KKE, un critère pour les relations avec les autres partis communistes et ouvriers, pour la constitution d’un pôle communiste dans le mouvement international.

De plus, c’est nécessaire aujourd’hui qu’une réponse soit donnée aux théories concernant des « modèles  » du socialisme adaptés aux particularités « nationales  », le défaitisme de parler constamment des « erreurs  » que les pays socialistes et le mouvement avaient commis, des théories qui sont étroitement liées à la reproduction du point de vue du socialisme avec un marché, comme, par exemple, en Chine, où les relations de production capitalistes sont dominantes.

Le KKE a pu se tenir debout, parce qu’il est resté fidèle au marxisme-léninisme, parce qu’il a des racines très profondes dans la classe ouvrière, parce qu’il a une très grande expérience des luttes de classe très durs et de diverses formes. Une expérience de lutte contre des courants opportunistes qui ont essayé auparavant de le dissoudre. En lui exerà§ant une pression suffocante, ils ont essayé de l’agglutiner au chariot de l’UE. Or, le KKE a insisté sur le fait que l’UE est une union inter-étatique du capital, une puissance impérialiste, un ennemi de la classe ouvrière des peuples européens et des peuples en général. Par conséquence, le KKE a voté contre le Traité de Maastricht pour l’intégration européenne capitaliste, un traité pour lequel ont voté pour la ND, le PASOK et le Synaspismos. La lutte du KKE contre l’UE, pour que la Grèce en sorte, constitue aujourd’hui un élément de fiabilité et une confirmation de ses estimations politiques lesquelles de plus en plus d’ouvriers et des couches populaires pauvres constatent. La lutte contre l’UE est directement liée à la lutte pour le pouvoir du peuple.

Les efforts de l’ennemi de classe et de l’opportunisme de porter un coup au KKE et son idéologie, ne cesseront pas. Les attaques constantes contre notre Parti, comme quoi il est dogmatique, bloqué au passé, sectaire et isolé, ont un seul but : Transformer le KKE en un parti qui posera aucun danger pour le capital et son pouvoir.

Le Parti Communiste est le fruit de la classe ouvrière, le fruit de la fusion du mouvement ouvrier avec la théorie du socialisme scientifique et il maintient sa vivacité de jeunes quand il exprime les besoins modernes de la classe ouvrière et se bat pour le renversement de la barbarie capitaliste. Sa création a marqué le début de l’émancipation de la classe ouvrière du capital et des partis bourgeois. Pour la première fois, il est apparu dans la société humaine un parti qui fixait comme but stratégique l’abolition de l’exploitation d’homme par homme, contre le réformisme qui proclamait que la classe ouvrière arriverait au socialisme à travers des réformes.

Le véritable renouvellement s’identifie à la capacité du Parti à corriger ses erreurs afin de mieux répondre à ses devoirs de la lutte des classes. Notre Parti a d’ailleurs concentré une riche expérience de son action et de l’évolution du dit « eurocommunisme  » du courant de « renouvellement  » du mouvement communiste. Ce courant a violemment touché le mouvement communiste en Europe, comme ici en France, et consiste en des méthodes et principes sociaux-démocratiques. Avec comme ligne politique « l’unité de la gauche  » pour la conquête d’une « majorité parlementaire gauche  » et avec pour outil, le dialogue social et le parlementarisme bourgeois, qui constitue l’expression d’une politique de gestion du système. L’opportunisme a une base objective. Il nait et se reproduit grâce aux petits bourgeois qui se détruisent et s’incrustent dans les lignes de la classe ouvrière, grâce à de nouvelles sections salariées de scientifiques, ainsi que grâce aux grandes dimensions que prend « l’aristocratie ouvrière  » , due à une part des profits excessifs que le capital offre pour racheter une couche de forces ouvrières et populaires dans le mouvement syndical et dans l’Administration Locale. Les divers programmes de l’UE contribuent à cela. De plus, la faiblesse des forces de lutte à s’adapter aux nouvelles données et aux exigences de la lutte des classes pousse au développement de l’opportunisme. Et c’est pour cela que la composition du point de vue sociale, du point de vue des classes de leur Parti Communiste, ainsi que les liens qu’il entretient avec la classe ouvrière et les autres couches populaires pauvres, doivent être au centre de l’attention des communistes. C’est ce qu’a prouvé l’expérience du parcours de nombreux Partis Communistes, comme celui de l’Italie, de l’Espagne et du PCF, en Europe et ailleurs. Leur renouvellement tellement loué pendant des décennies, qui s’est exprimé avec le rejet de tout caractéristique de la physionomie pouvant rappeler un Parti Communiste, a conduit à la paralysie du mouvement ouvrier, au changement de la composition de sa base sociale et à l’incorporation de ces partis au PGE, le mécanisme de mutation des Partis Communistes de l’UE. Aujourd’hui, l’opportunisme s’aide encore plus du rapport de force négative, des nouvelles difficultés que créent dans la vie des travailleurs la totalité de l’attaque du capital et de ses parties. Une attaque qui, comme a été démontré et comme nous avions prévu, ne concernait pas seulement la Grèce, mais les autres pays de l’UE aussi, avec l’exemple flagrant de la France. Pour faire face à l’opportunisme, parallèlement à un puissant front idéologique, il existe le besoin de la politisation essentielle des luttes de la classe ouvrière et des couches populaires. Des luttes défensives au nom de « l’unité  » ne suffisent pas. Il faut se rassembler dans une ligne de lutte anti-impérialiste antimonopoliste en mettant en avant la perspective et le débouché que recherche l’ouvrier plus que jamais dans les grandes impasses du capitalisme, surtout en période de crise. Le débouché d’une économie et d’un pouvoir ouvrier populaire, une autre voie de développement, qui, pour les communistes, est clairement le socialisme.

Le KKE a insisté et insiste encore que les renversements antirévolutionnaires des années 1989-1991 n’annulent pas le caractère de notre époque comme une époque de passage du capitalisme au socialisme.

Il a été confirmé qu’il n’existe pas une troisième voie de développement, ni un développement qui profite à toutes les classes. Soit le développement servira à  l’impérialisme, à savoir la gestion du système capitaliste, soit au peuple ! Le devoir principal de l’avant-garde ouvrière politique à chaque pays est de veiller, de se préparer idéologiquement, politiquement et en termes d’organisation, pour des grands conflits et renversements, de faire monter le niveau de conscience politique de la classe ouvrière. Il ne faut pas que le PC guide les masses aux déchaînements aveugles et anodins, mais qu’il se confronte au pouvoir du capital. Il faut qu’il mette en avant, avec toute sa ligne de lutte, le problème politique du pays, à savoir que les moyens de production les plus importants appartiennent aux monopoles. C’est sur cette ligne de lutte que le parti doit forger l’unité en termes de classe de la classe ouvrière, ses alliances sociales et politiques avec les couches populaires pauvres de la ville et de la campagne, son unité internationaliste sans pour autant sous-estimer le champ de lutte nationale. La lutte de classe persistante à chaque pays est le condition pour qu’il existe une action persistante et efficace à l’international. Le 21e siècle sera le siècle du ravitaillement du mouvement communiste, le siècle des nouvelles révolutions sociales qui amèneront la classe ouvrière et les autres forces populaires au pouvoir avec une plus grande maturité et stabilité. Les contradictions sociales sont irréconciliables et s’accentuent, malgré l’obstination des apologistes du capitalisme.

La classe ouvrière et les couches populaires pauvres ne resteront pas bloqués au passé. La classe ouvrière et les couches populaires pauvres, et notamment leurs générations les plus jeunes, ne méritent qu’un seul avenir, ce dont l’impérialisme a peur : L’avenir socialistecommuniste.