Les biocarburants de la famine…

Pour une révolution énergétique

à partir d’un texte de Fidel Castro..
Juillet 2007

DEPUIS quelques temps déjà , l’effet de serre, conséquence de la consommation effrénée de pétrole dont les réserves seront rapidement épuisées (dans une ou deux générations), commence à inquiéter sérieusement les terriens. Il s’agit d’un véritable problème posé à l’humanité mettant en cause sa survie. Or dans le contexte politique et économique actuel, marqué par la domination sans partage du capitalisme, les réponses sont dignes de la préhistoire de l’humanité.

Les pays capitalistes développés consomment sans vergogne la précieuse énergie comme si elle était éternelle. Que l’on songe qu’un habitant des Etats-Unis consomme en moyenne 2 fois plus d’énergie qu’un franà§ais ou qu’un allemand, 8 fois plus qu’un américain du sud, 9 fois plus qu’un chinois et 13 à 14 fois plus qu’un africain. C’est pourquoi la puissance impérialiste des Etats-Unis essaye de mettre la main sur les réserves de pétrole pour assurer sa consommation démesurée. Sa présence militaire en Irak et en Afghanistan n’a rien d’une présence humanitaire. D’ailleurs, ce sont, entre autres, les lobbies pétroliers qui tiennent à bout de bras Bush au pouvoir.

Le pétrole leur échappe

Et malgré tous leurs efforts démesurés pour contrôler le pétrole mondial, les dirigeants des Etats-Unis et de l’Union Européenne sentent bien que celui-ci leur échappe. Les cinq majors (Exxon- Mobil, Royal Dutch Shell, BP, Total et Chevron) ne gèrent plus que 9 % des gisements ; en effet, les compagnies nationales des pays de l’OPEP disposent désormais de 53 % des réserves, les autres compagnies nationales en exploitent 16 %. Les 22 % restant sont aux mains de producteurs dits « indépendants », généralement des compagnies privées, de taille modeste, n’ayant pas un poids politique fort. De plus, ces trois groupes hors OPEP surexploitent leurs réserves. Par exemple les majors représentent 13 % de la production mondiale pour 9 % de réserves ; idem pour les producteurs dits « indépendants » qui produisent 34 % au niveau mondial contre seulement 22 % de réserves…

Alors, comment continuer à maintenir cette fuite en avant que constitue un mode de vie individualiste, entraînant une telle débauche d’énergie au service des profits capitalistes. Il se trouve que nos écolos de service ont sorti de leur chapeau les biocarburants : l’éthanol fabriqué à partir de la canne à sucre, du maïs ou de la betterave, le biodiesel fabriqué à partir du palmier à huile, du soja, du colza ou du tournesol. Si, au départ, les majors pétroliers ont constitué un obstacle à leur mise en œuvre, aujourd’hui, dans la mesure où le précieux “ or noir †est en passe de leur échapper, les dirigeants capitalistes ont désormais levé toutes les réserves sur ces nouveaux carburants censés se substituer à l’essence ou au diesel. Désormais, les grands groupes multinationaux que la raréfaction d’énergie non renouvelable a rapproché, ont fait alliance : groupes pétroliers, groupes de l’agroalimentaire, de l’agrochimie et semenciers ; leur discours prétend que cette production n’affectera en rien les filières alimentaires. Or, rien n’est plus faux, à tel point que certains les appellent déjà les nécrocarburants.

C’est ce qui, depuis le début de l’année, a suscité à notre camarade Fidel Castro convalescent, une série de réflexions qui circulent sur Internet*.

Les biocarburants de la famine

Suite à la signature d’un accord de coopération et de promotion des biocarburants entre les Etats-Unis et le Brésil, Fidel s’insurge à juste titre contre “ l’idée sinistre de convertir les aliments en carburant †, idée “ définitivement établie comme un des grands axes de la politique extérieure des Etats-Unis †. Selon lui, cette politique peut conduire “ plus de trois milliards de personnes dans le monde †à â€œ mourir prématurément de faim et de soif †.

Aux Etats-Unis, le Congrès, pressé par Bush, s’est engagé à  distribuer 132 milliards de litres de biocarburants sur le marché national d’ici à  2017. Une telle production nécessiterait 320 millions de tonnes de maïs : or la récolte aux Etats-Unis n’a été que de 280 millions de tonnes en 2005. Et les multinationales et les gouvernements veulent faire croire que les biocarburants ne représentent aucune concurrence pour les filières alimentaires ! Autre exemple : si l’on utilisait les 679 millions de tonnes de céréales des cinq principaux producteurs pour les convertir en éthanol, cela permettrait d’économiser à peine moins de 15 % de ce que consomment les automobiles des pays occidentaux.

Les faits donnent raison à Fidel : aujourd’hui, 20 % du maïs des Etats-Unis est consacré à la production d’éthanol. La conséquence est que les prix du maïs flambent (ainsi que les profits) : au Mexique, la tortilla, le plat national a augmenté de 40 à 100 % (il faut savoir que les Etats-Unis ont dans le passé fait du dumping avec leur maïs OGM entraînant l’arrêt de la production des maïs traditionnels par les paysans mexicains et guatémaltèques).

Ainsi, les biocarburants, à moins de rester marginaux, seront produits au détriment des pays les plus pauvres et développeront la famine.

Le deuxième point contre lequel Fidel Castro s’insurge est que les biocarburants issus de la canne à sucre vont entraîner un regain d’esclavagisme moderne. Il faut savoir que 85 % de la production brésilienne est récoltée à la main dans des conditions inhumaines. Cette industrie repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre sous payée parce que semi-esclave. Chaque travailleur doit couper dix à quinze tonnes de canne pendant une douzaine d’heures et pour trois dollars par jour, sans parler des conditions de vie déplorables. Ces travailleurs, recrutés parmi les plus pauvres, proviennent de différents Etats et doivent quitter leur famille pendant plusieurs mois.

Une chercheuse du ministère du travail à Sao Paulo affirme que le sucre et l’éthanol au Brésil sont baignés de sang, de sueur et de mort : 1383 travailleurs de la canne sont morts ces cinq dernières années rien que dans l’Etat de Sao Paulo.

Enfin, si l’on met de côté l’évocation du problème de la déforestation et des pollutions liées à la culture des plantes à  biocarburants, Fidel Castro nous propose surtout une révolution énergétique.

Selon lui, la seule solution est de changer les modes de vie, surtout ceux des pays capitalistes développés, qui gaspillent allègrement l’énergie fossile que la nature a mis des millions d’années à créer.

Pour cela il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2005, l’Europe comptait 514 voitures pour 1000 habitants et les Etats-Unis 940…

* L’édition de l’Humanité du 30 mai dernier nous livrait un article sur les biocarburants d’une naïveté déconcertante. Suggérons au journal et à la direction du PCF de s’intéresser un tout petit peu à ce qui se passe à Cuba. Pascal Brula

Vos réactions

  • Le Gloahec 18 octobre 2007 12:41

    merci pour ce long article sur, plutôt contre le lobby des bio-carburants, qui fait déjà des ravages en faisant monter le prix des céréales, quand en France l’ ADEME est chargé de l’ étude de l’ impact des cultures pour bio-carburant, on a tout lieu de penser que la vérité sur la pollution et la faim déclenchées par ce type de culture soit très minoré, quand on sait aussi que les paysans seront bien mieux payés [ jusqu’à 3 fois pour ce type de culture ] ………..comment s’ organiser pour lutter contre ce nouveau créneau du capitalisme affameur ? le « Grenelle » de l’ environnement botte en touche vers  : l’ ADEME, qui entre autres études des pollutions automobiles ne considère que le CO2 et pas les autres émanations des diesels, que pour les téléphones mobiles ne considère que l’ échauffement des cellules du cerveau et néglige leur impact sur les neuros-transmetteurs, le doute est permis sur les conséquences de la productions de ces bio-carburants dans une étude demandée à l’ ADEME.

    Yves Le Gloahec 73330 Le Pont de Beauvoisin