Droit d’alerte

Réhabiliter la conflictualité collective

conclusion de la lettre d’information de Cidecos
Octobre 2009

Un texte diffusé par Cidecos, très utile pour ne pas céder aux discours culpabilisant sur les souffrances au travail, notamment sur les suicides de France Telecom… Ci-dessous la conclusion, le texte complet est disponible sur le site Cidecos

On a vu que l’augmentation de l’exploitation au travail (via l’intensification notamment) a ouvert des gains de productivité et nourri l’augmentation des profits ces 25 dernières années. Cela a pu se développer par des instruments de mobilisation au travail de plus en plus violents : l’idéologie belliqueuse de la guerre économique, le chantage a l’emploi et les instruments d’individualisation nourrissent une concurrence fictive des travailleurs entre eux et conduisent à des isolements au travail particulièrement pathogènes.

Certes, il existe des résistances locales, des tentatives permanentes d’émancipation qui permettent de survivre au travail. Certains collectifs de travail parviennent à maintenir des solidarités et défendent leur métier. Des syndicalistes défendent corps et âmes les conditions de travail. Cependant, on fait le constat de reculs à l’échelle globale et de certaines situations locales très préoccupantes, parfois dramatiques. Les crises du travail sont à la source de la souffrance : quand le travail perd de son sens, quand on a le sentiment de ne plus rien pouvoir changer les choses, quand on ne parvient plus à contester ou même modérer collectivement ce qui s’impose à nous, les seules échappatoires sont alors la maladie voire le suicide.

On le répète : le capitalisme a besoin du travail et des travailleurs pour produire de la valeur. Tant que la souffrance s’exprime individuellement, les dégâts, que le système capitaliste a lui-même produit, ne le menacent pas vraiment puisque ces dégâts lui coutent moins qu’ils ne lui rapportent. Mais lorsque les souffrances individuelles s’expriment par la contestation collective, notamment par l’arrêt de travail, alors le système perd ce qu’il peut espérer soutirer du travail.

Face au primat patronal « individualisation et psychologisation  », il convient de réaffirmer la nature sociale des difficultés rencontrées et la nécessité de réponses collectives, tant dans leur élaboration que leur réalisation.

Nous avons fait dans cet article l’hypothèse que la souffrance au travail est le résultat d’un processus par lequel le salarié (à son corps défendant) retourne le conflit contre lui, en intériorisant les difficultés qu’il rencontre sous forme de culpabilisation et de désespoir. C’est alors l’individu qui se vit en échec personnel. A l’inverse, en identifiant l’origine du problème à l’extérieur de soi, dans tout le monde social, on peut à la fois « extérioriser  » sa souffrance et trouver le chemin de l’action collective qui seule sera vraiment en mesure de redonner du sens aux souffrances endurées et d’améliorer réellement les situations de travail.

Ainsi, face aux risques psychosociaux, le syndicalisme a un rôle majeur à  jouer dans ses instances représentatives (CHSCT, CE) et dans sa fonction de construction collective de la contestation d’un ordre établi pathogène. Il s’agit selon nous :

  1. d’imposer le syndicalisme comme force d’action pour aborder la souffrance individuelle dans les entreprises et ne pas laisser le patronat écarter les « malades de l’emploi  » sans soigner d’abord le travail ;
  2. d’orienter les salariés sur l’examen collectif de leur propre travail afin d’identifier les mécanismes collectifs et sociaux qui génèrent la souffrance exprimée individuellement ;
  3. de revendiquer avec force l’amélioration du travail, de ses conditions, de son contenu, de son sens, c’est-à -dire reprendre au capital ce qu’on lui a donné jusqu’à  présent, même par petits bouts.

Parce que des logiques antagonistes s’opposent à chaque moment dans tout travail, son amélioration est nécessairement un objet de conflit. Dans ce conflit, il s’agit d’armer le rapport de force en faveur du travail : chaque gain en termes d’amélioration du travail, aussi petit soit-il, portera en luimême la contestation du capitalisme dans ses fondements et la revendication d’une société guidée par la préoccupation du bien-être de tous.

Il faut donc réhabiliter le conflit social, c’est la meilleure des thérapies, psychologiques … et sociales !

Voir en ligne : Droit d’alerte n°10 Cidecos