A partir de l’élection Chilienne

Ruptures, Consensus et Stratégie Communiste

Allende : assassiné en 1973, enterré en 2006 ?
Janvier 2006

On nous a tout dit à propos de l’élection de Michelle Bachelet au Chili, et on voyait déja les prétendants socialistes franà§ais au trône présidentiel se presser pour voir comment ils pouvaient se faire voir et se faire valoir à l’occasion…

Bizarrement, c’est donc à l’imaginaire né de la solidarité avec les militants chiliens faisant face au coup d’état et à la dictature Pinochet qu’on doit cette célébration d’une situation bien loin de la justice enfin rendue à ces militants !

Car les commentateurs ont du très vite rappellé la dure réalité d’une société chilienne profondément inégalitaire, injuste, laissant des millions de travailleurs dans la précarité la plus dure, avec des contrats de travail de 8h, aucune couverture sociale dans un système de santé totalement privatisé (des banques à l’entrée des hopitaux pour faire signer des emprunts aux malades couvrant leurs futures dépenses…)

L’essentiel pour nous en France est cependant ailleurs, dans ce débat très actuel ; Faut-il continuer à tenter de transformer ce système capitaliste de l’intérieur, en jouant le jeu électoral institutionnel, ou faut-il rechercher les conditions d’une « rupture » avec les pratiques, les règles du jeux, les lois mêmes de ce système afin d’ouvrir réellement une alternative ?

L’expérience chilienne de 1973 aurait pu conduire à s’inquiéter de la violence avec laquelle la bourgeoisie, et à plus large échelle l’impérialisme, peut agir contre une volonté de changement « démocratique ». Le film récent « Allende » permet ainsi d’entendre l’ambassadeur américain répondre avec le grand sourire du vainqueur, au journaliste lui demandant pourquoi Allende avait échoué « Il voulait construire le socialisme d’une manière pacifique… quelle illusion ! vous imaginez la bourgeoisie se suicider dans la joie ? »

La messe semble donc dite… Pourtant c’est à la même période que le Parti Communiste Franà§ais en conclut que la « voie pacifique au socialisme » est possible et adaptée aux conditions de la France…

30 ans plus tard, on peut se demander si au contraire, l’expérience ne prouve pas a quel point l’intégration institutionnelle du PCF lui a été fatale !

Certains commentateurs commencent à s’étonner de l’intérêt porté par les médias franà§ais à cette élection chilienne qui n’est pas perà§ue là -bas comme une rupture..

Ils ne voient pas que pour un socialiste franà§ais, l’élection chilienne est une divine surprise.. on peut être socialiste, diriger une coalition de centre gérant une politique férocément antisociale et être réélu(e) !! Quelle leà§on !

C’est sur France culture qu’on a pu entendre un expert prononcer cette phrase terrible « ce qui domine au chili, c’est finalement la continuité depuis 1975 ! ». Il opposait la situation « des gauches » d’amérique latine pour montrer toute la valeur de l’insertion du Chili dans le marché mondial face aux nostalgies nationalistes de Chavez..

En quelque sorte, la victoire de 2006 est dans la continuité avec Pinochet et en rupture avec… Allende !

On ne peut mieux dire a quel point le refus de la rupture, c’est l’acceptation du pire, la continuité, la tolérance, le compromis… avec le fascisme ! C’est en quelque sorte au nom d’Allende qu’en France, on l’enterre sous l’alliance que va diriger Mme Bachelet…. !

Espérons que cette nouvelle présidente surprendra tout ces commentateurs opportunistes en ouvrant enfin les portes de la justice pour les victimes de la dictature et de la répression organisée au niveau international (à laquelle la France a fortement collaboré !), en amorcant une rupture dans les politiques économiques chilienne pour réaffecter les immenses richesses des matières premières aux besoins du monde du travail, de ces millions de jeunes qui… ne sont pas inscrits sur les listes électorales !

On pourrait dire en France… Comment condamner en parole Sarkozy et mettre en œuvre les mêmes politiques répressives et inégales… tout en étant élu contre lui ?

Espérons donc aussi en France que les communistes tirent les leà§ons de ces 30 dernières années et d’une stratégie « toute électorale » que le drame de 73, tout comme les échecs de 81 ou 97 rend clairement caduque…