De Genève à Vénissieux... du débat entre communistes...

, par  pamillet , popularité : 7%

Des communistes de l’Ain discutent de la situation politique. L’un d’eux dans la discussion fait référence à la situation de Vénissieux et exprime une critique du contenu du site de la section PCF de Vénissieux

Tentative pour ne pas en rester à la polémique mais éclairer les points critiqués, et surtout en tirer des conclusions sur l’utilité et les conditions du débat entre communistes...

C’est donc Jean-Pierre Merlo, du CNRS de Genève, avec qui j’ai discuté à plusieurs reprises sur internet qui écrit une critique en trois points des communistes de Vénissieux.

les critiques de Jean-Pierre

1/ le potentiel Vénissieux de "vraie gauche" ?

JP « Le très bon résultat du Front de gauche à Vénissieux indique qu’il y a un fort potentiel de vraie gauche à Vénissieux ».

C’est une phrase curieuse. Pourquoi jean-pierre ne parle-t-il pas du potentiel communiste de Vénissieux ? ce potentiel communiste fait-il partie de cette "vraie gauche" ? Ou bien, jean-pierre veut-il dire qu’il faudrait autre chose que ce que représente les communistes de Vénissieux pour que s’exprime ce potentiel de "vraie gauche" ?

Ce n’est pas une question polémique, mais au contraire de fonds. Que veut dire une "vraie gauche" ? une gauche avec plus de communistes ? ou bien une gauche dans laquelle les communistes se sont transformés ? C’est toute la question posée dans les derniers congrès, et notamment de puis la mutation. L’histoire du PCF est-elle un handicap pour la "vraie gauche", ou au contraire un atout ?

Je suis convaincu que si on avait un peu moins jeté aux orties quelques expériences historiques du PCF, on n’aurait pas si facilement accepté ses idées qui ont conduit des ministres communistes à privatiser des services publics comme Air France, à accepter l’application des directives européennes de l’électricité validée par Jospin et la gauche plurielle. On voit bien dans la crise actuelle a quel point ces discours de compromis avec le capital étaient défaitistes et pèse sur la légitimité du PCF aujourd’hui !

Donc, oui, les communistes de Vénissieux affirment qu’il y a à Vénissieux un potentiel communiste bien plus grand que l’existant. C’est ce que montre par exemple le résultat remarquable d’André Gerin aux législatives de 2007, ou le remplacement réussi de Guy Fischer, personnalité nationale de premier plan qui avait choisi de passer la main au conseil général, et l’a fait en soutenant avec l’efficacité qu’on lui connait une dirigeante locale expérimentée mais qui n’étaient encore élue nulle part. Tous les prétendants de gauche et de droite se sont rués sur le canton des Minguettes, persuadés qu’ils avaient leur chance, sans hésiter sur le communautarisme de certains, ou encore tentant d’utiliser le poids de la ville pour certains adjoints au maire tentant de jouer la confusion... Marie-christine Burricand a été élue haut la main. Ce résultat ne montre-t-il pas que cette "vraie gauche" dont parle Jean-Pierre, elle est sans hésitation associée aux communistes ?

2/ le rôle de la section de Vénissieux dans la campagne des européennes

JP « Sous peine de grave ambiguité ce bon résultat ne peut faire oublier ce:pendant ce que nous avons reçu du site "les communistes de Vénissieux" tout au long de la campagne et que l’on peut retrouver sur ce site en particulier venant de Pierre Alain Millet. Les attaques contre nos alliés du Front de Gauche, contre Mélenchon et Marie Christine Vergiat leur reprochant d’avoir été membre du PS, contre le groupe Gauche Unie Européeenne-Verts Nordiques (GUE) sont inadmissibles et irresponsables. Sans parler de l’idée "colatérale" de présenter une liste "Communistes" dont C.Riverchi, tête de liste, n’a pas fourni les bulletins. »

La section de Vénissieux s’est trouvé effectivement dans une situation difficile. Elle s’est exprimée très majoritairement pour une campagne européenne qui porte la colère populaire contre l’Euro, contre l’Union Européenne, pour l’internationalisme et la solidarité des peuples, pour affirmer la nécessité de la souveraineté des peuples, de la liberté de chaque pays de refuser une directive européenne, de ne pas l’appliquer si le peuple exprime clairement pas son vote son opposition. C’est clairement une position antagonique de l’orientation de la direction nationale et de Francis Wurtz allant jusqu’à dire au conseil national "il faut faire attention à la colère contre l’Union Européenne".

L’idée d’Europe Sociale portée par le Front de Gauche (et influençant même le NPA d’ailleurs) est dans la pratique un outil qui coupe les communistes des milieux populaires, du monde du travail qui sait par expérience que le social ne peut venir "d’en haut", et que plus on éloigne les pouvoirs de décision, plus il est difficile de faire monter la pression au niveau suffisant.

On peut tout simplement prendre l’expérience de l’Amérique Latine qui est bouleversée par une suite de changement politiques qui sont tous différents, tous nationaux, mais qui influent de plus en plus fortement sur les alliances continentales, jusqu’à bousculer la domination états-uniennes sur l’organisation des états américains...

Il y avait donc une vraie divergence entre l’orientation du Front de Gauche et celle de la grande majorité des communistes Vénissians. La discussion de la section a donc été compliquée. Quelques communistes se sont interrogés sur l’appel à l’abstention. D’autres ont proposé un appel à voter Front de Gauche sans reprendre le matériel national. D’autres ont proposé d’appeler à voter PCF sur la base de l’orientation majoritaire à Vénissieux... La discussion a été difficile et aucune vraie décision n’a été imposée.

Mais que s’est-il passé dans les faits. Des communistes ont menés la campagne avec le matériel national. D’autres ont menés la campagne avec le matériel Vénissian. Et pour être très clair, je peux dire ce qui s’est fait dans mon quartier des Minguettes, dont j’anime la cellule. Je n’ai personnellement pas distribué les tracts nationaux, mais j’ai organisé leur distribution par les communistes qui le souhaitaient. Et la plupart de ceux qui l’ont fait ne l’ont pas fait par soutien à l’orientation nationale, mais par soutien au parti, par cette pratique si décriée de ce "vieux PCF" dans lequel sans doute, on ne posait pas assez de questions, mais ou on n’hésitait pas à mouille le maillot... Et de nouveaux adhérents en étaient...

Et pour être clair, j’ai clairement dit aux adhérents quel était le bulletin officiel du PCF... Je l’ai d’ailleurs fait en recevant ce mail du PCF alertant sur les bulletins de la liste "communistes". Et j’en ai profité pour réagir sur le site dans une brève qui s’amusait que ceux qui sont prêt à la "métamorphose" du PCF en autre chose, s’inquiète que d’autres reprennent le mot communiste !

Et l’activité communiste ne s’est pas limité aux élections. Nous avons dans la période organisé un barbecue festif dans le quartier (7 adhésions !) avec une pétition pour avoir plus de rames de notre nouveau tram déjà surchargé, la pétition contre les licenciements qui a été déposé à l’assemblée nationale, des camarades du mouvement de la paix avec un stand. Nous continuons à aider les locataires d’un ilot en bagarre contre le plus gros bailleur privé de la région, dépendant du patronat lyonnais. Nous avons présenté la délégation de la JC partant à Cuba, JC qui vient de se reconstruire dans la ville...

Pour ma part, j’ai tenté de respecter la position officielle du parti en ne faisant rien contre, même si j’assume le choix de ne pas avoir mené personnellement une campagne avec laquelle je reste profondément en désaccord.

Et il reste que le Front de Gauche a maintenu deux députés communistes, et permis l’élection de deux autres députés non communistes, l’un, Mélanchon, clairement socialiste au point qu’il dit "nous" à la télévision en parlant des socialistes, l’autre, Vergiat, dont Jean-Pierre me reproche la diffusion de son CV ! Ca me paraissait tellement gros que dans une circonscription théoriquement réservée au PCF, on ne choisisse pas clairement une candidature communiste. Si la tête de liste avait été PCF, même en désaccord avec elle, j’aurai évidemment mené campagne dans la mesure ou cela permettait de gagner un élu PCF. Et même si c’était une candidature proche, mais avec un sens populaire, un sens de luttes, une référence au monde du travail (et il y avait sur la liste plusieurs noms non éligibles qui auraient pu le représenter), j’aurai encore soutenu. Mais pas pour une personnalité aussi institutionnelle, aussi mêlée à l’histoire de la gauche plurielle, des réformes antisociales de ces dernières années ! Pourquoi ne pas dire la vérité ? En tout cas, tout comme pour les élus non communistes de la liste "bouge l’Europe", on jugera aux actes !

3/ les communistes et les électeurs de Vénissieux

JP : « Ce résultat montre aussi que les idées d’isolement et de retour à des "valeurs communistes" mal définies, développées sur le site intitulé "les communistes de Vénissieux" n’ont pas été suivies par les électrices et électeurs de Vénissieux. »

Partons des faits...

quelques éléments de résultats en voix (total Vénissieux et mon quartier
. inscrits abstentions NPA PCF+PG PS Verts Modem UMP FN
Venissieux 28156 20425 552 1274 1428 1010 557 1212 604
mon quartier 1018 831 14 28 45 22 12 22 9
les mêmes en % des inscrits
. abstentions NPA PCF+PG PS Verts Modem UMP FN
Venissieux 72,5% 2% 2,8% 5,1% 3,6% 2,0% 4,3% 2,1%
mon quartier 81,6% 1,4% 4,5% 4,4% 2,2% 1,2% 2,2% 0,9%

On peut constater que mon quartier, quartier populaire des minguettes, illustre bien le contenu de classe du vote qui se retrouve fortement à Vénissieux et bien évidemment nationalement. Abstention massive du peuple, aucune trace de l’effet Cohn Bendit qui fait tant parler, le FN ne remobilise pas son électorat, la droite n’arrive pas à en récupérer. le score relatif du parti dans la gauche dépend bien des quartiers populaires ou des communistes sont présents

Mais il faut évidemment relativiser. Sur mon quartier, André Gerin avait réuni au premier tour 274 voix, et Marie-Christine Burricand, nouvelle candidate qui a remplacé Guy Fischer avait totalisé presque autant avec 244 voix au premier tour !

Comme beaucoup de commentaire sur les résultats du 7 Juin, Jean-Pierre au mieux se fait plaisir en survalorisant le résultat de Front de Gauche, à Vénissieux ou ailleurs.

La section a proposé une analyse plus réaliste, qui reconnait que chez des militants, le Front de Gauche a pu apparaitre comme un moyen d’exprimer l’union nécessaire, sans cacher les risques et les illusions que cela peut aussi créer. Ce texte a été distribué en tract dans la manifestation du 7 juin, et a été très bien reçu.

quel débat entre communistes ?

Le plus intéressant de cette discussion est bien dans la démarche et l’objectif. Si j’ai pris le temps d’une réponse détaillée, c’est pour tenter de relancer une discussion réelle avec Jean-Pierre, sans cacher aucune divervence, mais en recherchant si l’objectif de "faire vivre et renforcer le PCF" au dela de ce que le réseau créé sous ce nom y met, peut être un objectif partagé.

Dans une discussion à la section sur l’abstention et les conditions pour en sortir, une communiste de Vénissieux qui a défendu l’orientation du Front de Gauche a eu après les élections cette phrase illustrative "nous, la gauche, il faut reconstruire des cellules"... Le besoin de cellules, d’organisations concrètes, efficaces du parti est perçue par la grande majorité des communistes. Ceux qui font l’expérience des "réseaux" en mesurent très vite les limites, les ambigüités, et pour la grande majorité, souhaitent au contraire revenir à une organisation qui construise du collectif, loin des tendances et des chapelles... Sauf que cela ne peut être justement que sur la base d’une orientation communiste !

Et la confusion qui apparait derrière ce mot "la gauche" est le fonds de notre désaccord. Car comment ne pas tenir compte de l’histoire, de notre expérience de cette "gauche" que nous avons tenté, pendant le programme commun, après 81, puis après 97 de "tirer à gauche", vers la "vraie gauche" ? Comment est-il possible d’aborder les prochaines élections régionales presque comme les précédentes, en acceptant pour conserver nos places dans les exécutifs de chercher des listes "de gauche", alors que justement les listes communistes là ou elles s’étaient présentées avaient fait de bon scores ?

Mais cette divergence est-elle antagonique ? Doit-elle nous conduire à la scission ? Comment reconstruire du collectif dans le débat sur cette divergence ? Pour ma part, je suis convaincu que c’est la vie et les batailles politiques qui nous donnent les réponses. C’est possible, et il suffit de mener des batailles ensemble pour trouver les solutions.

Prenons l’exemple du remplacement de Guy Fischer par Marie-Christine Burricand. Tout le monde sait que Guy Fischer, qui ne ménage pas ses critiques sur certains aspects de la direction nationale, ne partage pas l’orientation majoritaire de Vénissieux, et a mené la campagne du Front de Gauche, entre autres à Vénissieux. Pourtant, il a validé sans hésiter la proposition de candidature de Marie-Christine, connue au contraire comme responsable dans le Rhône du réseau "Fiers d’être communistes". Et guy et marie-christine ont mené une campagne active et efficace pour les cantonales.

Donc c’est possible ! et c’est possible dans toute les situations. J’ai voté sans hésiter aux élections sénatoriales pour Guy et je le referai s’il est de nouveau candidat la prochaine fois !

Mais il faut faire l’effort de laisser de coté les étiquettes, les suppositions sur ce que dit et fait tel ou tel, et en rester le plus possible aux faits, aux pratiques, aux écrits...

J’espère que cette réponse à Jean-Pierre y contribue.

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