Drogues : pour une réponse politique de santé publique !

, par  pamillet , popularité : 10%

La rencontre-débat sur les drogues organisée par la section PCF de Vénissieux au cinéma Gérard Philippe a ouvert un débat public riche sur un sujet qui n’est le plus souvent abordé que sous l’angle des trafics et de l’action de la police.

Le film Chouf, un polar terrible où un jeune, promis à de brillantes études, s’enfonce dans le trafic pour comprendre pourquoi son frère y est mort, et se fait finalement tuer lui-même, a marqué la soirée par cette violence terrible des trafics. C’est souvent le point de départ des questions posées par les habitants aux élus "pourquoi tout ces points de ventes, de trafics restent alors que les arrestations, interpellations, prises de produits stupéfiants... se multiplient ?" Si la participation, un peu plus de 50 personnes, était sans doute en dessous des attentes, elle a permis un débat très riche qui a montré qu’on ne peut parler de ces trafics sans chercher à comprendre ce qui est derrière, la consommation, ses causes et ses conséquences sur la vie personnelle, familiale, sociale...

C’est ce que l’introduction de Pierre-Alain Millet pour la section PCF Vénissieux proposait, trouver comment prendre en compte dans le débat public les difficultés, les souffrances souvent, vécues par des jeunes, des familles, des adultes, ce que les professionnels du soin et de la prévention rencontrent et qui nous décrivent autre chose que cette violence des trafics, mais qui peut être aussi violent, l’impact des addictions en général et des stupéfiants notamment sur la vie personnelle, scolaire, professionnelle, familiale, affective...

C’est aussi ce que montrait le témoignage de Myriam Guillaume, journaliste de La Marseillaise , qui, coincé par la grève du rail, n’avait pu prendre un train de Marseille à Lyon, mais qui avait transmis une intervention forte qui élargissait le questionnement, au-delà des trafics, à la vie sociale des familles et des quartiers, et à la terrible précarisation qui est le terreau sur lequel prospère les trafiquants.

Michèle Picard a montre la complémentarité de l’action publique de la sécurité à la prévention, en apportant beaucoup d’éléments précis sur le travail de police contre les trafics, confirmant l’importance du travail de police, le nombre d’interventions, de décisions de justice, de quantité saisies, précisant le rôle de la police municipale et de la police nationale, mais montrant aussi l’ampleur des efforts de prévention organisés ou favorisés par la ville avec notamment le forum des addictions qui mène depuis deux ans un travail original et reconnu avec les collèges. Ce travail de prévention confirme ce que disent les addictologues sur la diversité des "produits" des addictions et notamment la place nouvelle prise par les écrans.

Le débat a porté d’abord sur la comparaison entre la situation Marseillaise décrite par le film et la situation de Vénissieux avec une double appréciation
- d’abord sur les différences, autant dans la gestion de l’espace public, très dégradé dans le film et qui pour un habitant des Minguettes parait vraiment pire que le plus mal vécu de nos espaces publics, mais aussi sur le niveau de violence, avec des morts qui se multiplient dans la guerre des gangs, même si Vénissieux a connu aussi des crimes, mais qui semblent "isolés" et pas vraiment dans cette répétition des règlements de comptes successifs dont la presse se fait l’écho à Marseille
- mais aussi sur les points communs, dans l’impact des trafics sur la vie des familles, d’une allée, sur ce sentiment de surveillance par les dealers de nos quartiers, et sur le terreau social dans lequel s’organisent les trafics...

Le film montre bien aussi des caractéristiques du trafic qui vont contre les discours qui le justifie parfois socialement ou au contraire l’enjolive.
- Ceux qui sont dans le trafic savent très bien qu’ils ont fait un choix et qu’il en existe un autre ! Ils disent tous au héros du film "ne viens pas avec nous, va réussir tes études..." ils répètent tous qu’en réussissant des études, il pourra faire un "business légal", et savent donc bien qu’ils sont dans l’illégalité, et que cela implique des risques.
- Et à tous ceux qui friment parcequ’ils ont quelques billets mal acquis, qui font croire un jour à leur réussite en se promenant dans une grosse voiture, le film montre bien que la réalité de la vie des trafiquants, c’est la violence, les dures règles du "business", la soumission au chef, l’enfermement dans un réseau qui décide pour vous, jusqu’au pire, l’apprentissage terrifiant du meurtre y compris de son copain...

Le film montre aussi l’impact sur les familles, avec des mères qui doivent quémander des billets au fils trafiquant pour payer des factures, des pères qui pleurent de ne pouvoir empêcher le fils de donner des billets à la fille qui veut se payer des habits à la mode, et l’angoisse de tous devant ce qui peut arriver, le fils mort dans un règlement de compte.

Très vite, le débat a quitté le film et Marseille pour s’interroger sur les causes et plusieurs interventions poseront la question " mais pourquoi" ? Pourquoi tant de clients ? tant de consommation ? quelle place ont les drogues dans notre société ?

C’est bien la question décisive, qui se pose au niveau individuel bien sûr, c’est le travail des psychologues, psychiatres, médecins, mais aussi au niveau collectif, social, et donc en fait, politique : Quelle société voulons-nous ?

C’est cette question qu’il faut prendre à bras le corps dans le débat public. Car si on ne s’interroge que sur le trafic, alors, tout le monde connait la réponse, et ce depuis la fin de la prohibition de l’alcool aux USA ! Pour supprimer le trafic, il faut légaliser ! C’est le même discours tenu par les promoteurs du sexe marchand ! Ouvrez des bordels, et il n’y aura plus de problème de proxénétisme !

Mais qui peut accepter une société dans laquelle l’homme est seul, isolé devant ses peurs, ses désirs, ses angoisses, et cherchant la réponse dans des "produits" ? bien sûr, ce ne sont pas des questions simples, et dans notre monde où la marchandisation s’étend à tout, ou elle domine l’état avec un président qui en est le symbole, on se demande s’il est encore possible d’ouvrir le débat sur autre chose !

Mais si on arrive à poser la question de la santé publique, de la réussite scolaire, de l’ambition d’une société du partage, de l’échange, de l’épanouissement des personnes dans leur relations sociales, alors la légalisation est une impasse, et il faut une véritable politique publique, avec des moyens conséquents, pour aider les usagers et les toxicomanes à se libérer de leur addiction, et tout montre que cela suppose aussi de permettre aux jeunes, aux familles, aux adultes d’être impliqués, engagés, passionnés par ce qu’ils peuvent faire ensemble, culture, sport, citoyenneté...

La proposition de loi déposée par André Gerin en 2002 peut contribuer à la discussion, proposant une approche d’abord de santé publique des usages de stupéfiants et de répression forte des trafics. Voici un extrait représentatif de l’exposé des motifs de ce projet de loi :

Banaliser l’usage de la drogue, s’en accommoder durablement, voire le dépénaliser, ne serviraient que les mafias planétaires du narcotrafic. A terme, la corruption met en péril les structures démocratiques de notre société. Nous rejetons les valeurs matérialistes de la société de consommation. Celles-ci ont joué depuis les années 80 le rôle d’un puissant narcotique, créant le mirage social. C’est le capitalisme de la séduction ; l’opium endort les consciences alors que la politique les réveille.

On ne peut pas transiger. C’est aussi un acte de dignité internationale à l’égard des autres peuples dont la drogue agresse les repères culturels. En résumé, nous pensons qu’il est logique d’interdire l’usage de la drogue, d’une part, et qu’il faut proposer une alternative à la sanction pour les usagers de la drogue, d’autre part. De cette manière, notre société entendra l’appel au secours des toxicomanes et légitimera son assistance à autrui.

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