N’évitons pas les réalités par la théorisation stratosphérique. Pascal Janots

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Pascal Janots, Les Ulis - 27 novembre 2005

J’ai lu avec intérêt les rapports des commissions datés du 21 novembre en vue de l’élaboration d’une stratégie et de propositions politiques claires du Pcf .

Je me retrouve bien dans la visée communiste proposée par Marie-Pierre Vieu, mais le reste des analyses, propositions stratégiques et programmatiques des différents textes, me paraît entaché d’évitements et d’atermoiements divers qui n’éclairent pas la perspective.

Je voudrais préciser mon malaise et mes convictions autour de quatre points :

Le concept uniforme du « peuple » (face au « capital »).

C’est une théorie totalement insipide et éloignée du réel. Le communisme s’est construit sur une analyse du mouvement de classe de la société. Nous avons, pendant des décennies, mis en avant le rôle historique et émancipateur de la classe ouvrière dont le parti communiste devait en incarner la conscience. Est-ce à dire que la classe ouvrière se serait transformée en peuple dont les intérêts de classe seraient homogènes face à une classe capitaliste réduite aux tenants du Cac40 ? Concrètement et pour ne citer qu’un seul exemple issu de l’actualité française, deux mouvements sociaux inédits de jeunes se sont développés ces derniers mois : les stagiaires à Bac +5 et les jeunes de cités. Qui peut penser que leurs intérêts immédiats, matériels et moraux, exprimés ou non, sont identiques ? Ce sont des victimes de l’oppression, directement capitaliste pour les premiers et sociétale pour les seconds (l’oppression capitaliste et coloniale a été relayée par le racisme et la mise en ghetto). Les premiers portent des revendications de garanties collectives. Les seconds veulent être respectés et mieux vivre. La question essentielle pour un parti révolutionnaire serait de faire se rencontrer ces aspirations, de faire converger ces demandes, y compris en reconnaissant leurs spécificités, leurs contradictions et en ouvrant des pistes de solutions. Or je ne vois nulle part, ni dans le document sur la stratégie, ni dans celui sur le programme une telle démarche, proposant perspectives, dépassement des contradictions et alliances, pour les différents groupes ou classes sociales bien réelles existant dans notre société (même si leur transformation est aussi bien réelle).

Deuxième point, le rapport entre l’individu et le collectif.

La transformation actuelle des forces productives, avec l’internet, la dilution des frontières entre le travail et le hors travail, entre l’emploi et le hors-emploi, la croissance des services, la culture du résultat, de l’efficacité et de la responsabilité placent l’individu en première ligne. Bien entendu, ce sera vécu différemment par les diverses couches sociales évoquées plus haut. Mais le fait est là : l’émancipation individuelle devient une aspiration ressentie et primordiale. Se posent alors les questions de la juste rémunération des efforts individuels, du soutien à la prise d’initiative individuelle, de la personnalisation des postes de travail, de la reconnaissance des responsabilités, bref autant de sujets que les méthodes capitalistes d’intégration ont récemment travaillé. Que proposons nous en face : comment permettre aux individus de s’épanouir dans la société et au travail. Comment leur permettre de progresser individuellement par la formation, la prise de responsabilité, l’implication dans un travail bien fait, en disposant des fruits de leur travail ? Ces valeurs ne sont-elles pas aussi émancipatrices ? A l’inverse, comment faire face au repli individuel, aux stratégies de désengagement dans l’entreprise et à la perte de solidarité que l’on constate souvent parmi les salariés.

Troisième point, nous proposerions le dépassement du capitalisme en remplacement de sa suppression.

Fort bien, je suis pour, mais cela veut dire quoi concrètement ? Pour ma part, je vois des progrès de civilisation dans la comptabilité à partie double (qui a permis le développement des échanges financiers), dans le brevet (la première convention internationale), dans l’organisation de l’entreprise industrielle, dans l’organisation publique des marchés où s’échangent des biens matériels et immatériels.
Je ne crois pas être seul à apprécier ces progrès en constatant combien de personnes, et parmi eux de camarades, vont au cinéma, au restaurant, s’achètent des vêtements et des voitures utilisent le commerce par internet ainsi que leur téléphone portable, et ne souhaiteraient pas que toutes ces activités soient (re)nationalisées ou normalisées. Comment articule-t-on le dépassement du capitalisme avec cela ?

Dernier point : l’international.

Je m’en tiendrai au débat sur l’Europe. J’ai voté sans enthousiasme pour le projet de constitution, faute d’une proposition alternative de gauche et parce que le texte me paraissait plus progressiste que la situation actuelle (les titres trois et quatre ne faisaient que reprendre les traités actuellement appliqués). Je constate que la proposition du Pcf est au point mort sur cette question. Certes, un Pge a été créé et je souscris aux objectifs généraux de progrès proposés dans la déclaration de Florence. Mais quelles propositions concrètes avançons-nous sur la démocratisation de l’Europe ? La Charte de droits fondamentaux est rendu caduque par le Non. Le Pge ni le Pcf ne proposent de constitution alors que l’Europe dispose d’institutions qui doivent être réformées. Certes, l’Europe n’est pas le Monde, mais chacun peut voir se profiler des affrontements inter-impérialistes (Japon, Chine, USA), des perturbations climatiques et une progression de la pauvreté qui imposent l’exigence de régulation plutôt que le chaos. L’Europe, terreau de deux guerres mondiales, pourrait y jouer un rôle positif. Encore faut-il lui donner les moyens.

Ces quelques idées devraient, selon moi, faire l’objet du débat pour une réelle perspective de transformation sociale émancipatrice. Je ne crois pas être le seul à les ressentir ou les exprimer. Je pense que le Pcf peut encore les porter et qu’elles sont indispensables à son développement. Il ne lui reste plus beaucoup de temps si l’on se réfère à l’âge moyen de ses adhérents. Encore faudrait-il pour cela qu’il se libère vraiment et rapidement de théories à 10000 m, de concepts et de modèles de représentation dogmatiques, uniformisants et non dialectiques hérités de la période soviétique. Je ne suis pas certain qu’une majorité de camarades partagent ce dernier point de vue.

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