Rencontres de Saint-Chinian

, par  Marie-Christine Burricand , popularité : 6%

Dans notre texte du 34èmè congrès, nous affirmions dès le préambule, « Nous avons une conviction, faire vivre et renforcer le PCF est une exigence de notre temps », et nous affirmions la nécessité de reconstruire l’organisation du PCF en plaçant la cellule au coeur de la vie du parti, comme le lieu où les militants seront les maîtres de leurs choix et de leurs initiatives.

Nous disions aussi : « La forme d’organisation originale du PCF apparaît plus valide que jamais, donnant la priorité à l’action politique dans les luttes, à l’intervention directe des travailleurs, sans se détourner des institutions. »
Depuis la chute du mur de Berlin, la liquidation du PCF est à l’ordre du jour des représentants du capital, ce qui ne nous surprend pas, mais aussi de la direction du parti. Cette dernière, au nom des difficultés, de la modernité, de la nécessité d’une nouvelle force politique, n’a de cesse de démanteler ce parti, de transformer cette construction humaine, populaire, intelligente en une force croupion tout juste bonne à entretenir un réseau d’influence autour de quelques élus.

Pourtant, malgré ce décervelage organisé, les communistes ont fortement exprimé ces derniers mois ( assemblée extraordinaire de décembre 2007 et congrès de 2008) la volonté de continuer le PCF et de le renforcer.
La direction a bien été obligée d’acter cette volonté et de renvoyer « la métamorphose » aux calendes.

Pour autant , les ruptures nécessaires avec les stratégies de dilution et les actes permettant la reconstruction de l’organisation communiste n’ont pas été engagés. L’existence du PCF n’est pas assurée à ce jour.

Lorsque nous avons officialisé l’existence du réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » à Malakoff, nous avons affirmé l’actualité des fondamentaux théoriques marxistes, la nécessité de l’existence du PCF, l’importance cruciale de l’organisation communiste dans la lutte des classes, nous avons proposé de redonner un nom à la perspective que doit porter notre parti, le socialisme.

C’est bien sur ce que nous avons commencé à faire partout où nous nous organisons et tout particulièrement pendant cette formation.
Pour autant, alors que la bataille de classe fait rage, que la recomposition politique est en route pour fermer toute perspective politique au peuple et que le prochain congrès du parti est sur les rails, nous sentons bien la nécessité de passer un cap nouveau qui lève l’hypothèque de l’existence du PCF et de son projet révolutionnaire.

Comment sortons nous de cette situation apparemment contradictoire, une majorité de communistes convaincus de la nécessité de garder le PCF et incapables en même temps de déjouer les pièges tendus par les réformistes de l’intérieur, acceptant au final des orientations politiques qui vont à l’encontre de leur volonté ?

Comment sortir de la criminalisation du communisme, de la diabolisation du passé et de 1920, de la banalisation du marxisme, de l’oubli du léninisme, de la réduction du communisme à un courant d’idées, de l’enfermement du courant révolutionnaire dans des institutions que la bourgeoisie cherche à blanchir de tout l’apport de la révolution et du CNR – depuis 1958 jusqu’à la réformes des collectivités locales en passant par le quinquennat ?

En somme, comment construire les ruptures nécessaires avec des stratégies d’abandon mises en oeuvre depuis plus d’une décennie ?
Parmi ces questions, une me semble fondamentale, celle de l’organisation du PCF, condition essentielle du rassemblement, du projet communiste, de la bataille idéologique.

A.Le PCF, un choix historique toujours valide

Les raisons de l’existence du PCF, de son activité et de son renforcement

Surement pas comme le dit le texte du dernier congrès parce que « la voie de la transformation du PCF nous apparaît plus féconde que celle de la recherche d’un autre parti aux contours incertains », ce qui est une manière de tirer l’exigence des communistes vers le bas en continuant à travailler l’idée d’une organisation communiste dépassée !

Un petit détour par l’histoire peut être utile.

En 1902, Lénine dans « Que faire ? » affirme la nécessité en Russie pour faire la révolution d’un parti qui organise la classe ouvrière et lui permette d’intervenir sur toutes les questions.

Il s’agit dans la continuité de la théorie marxiste de donner au prolétariat une arme qui est son organisation politique- le parti- avec les taches d’un parti, la formation, la propagande, le travail théorique. Cette affirmation rencontre l’opposition de ceux qui limitaient aux seules questions revendicatives l’organisation des prolétaires ( les économistes) ou de ceux qui ne voulaient pas d’une organisation révolutionnaire ( les spontanéistes, les opportunistes).
En 1920, les communistes français font avec l’adhésion à l’Internationale le choix de l’autonomie du mouvement révolutionnaire avec un parti le PCF.

Que lisait-on sur le sujet dans les écoles du Parti, quand il y en avait encore ?

« Le rôle indispensable du Parti communiste français, les formes d’activité et de fonctionnement du parti tiennent à ce qui fait l’identité, l’originalité révolutionnaire, un choix de classe. »
Et je verse aussi à la réflexion ces quelques phrases de Georges Marchais au moment de l’inauguration de Draveil, lieu dédié aux écoles du parti :
« Parti de lutte, nous sommes une association volontaire d’hommes, de femmes, de jeunes, d’une extrême diversité quant à leur expérience, leur personnalité, leur manière d’être et de faire ; mais tous unis par la volonté de résister à la crise engendrée par la domination du capital, de rassembler largement toutes celles et tous ceux qui refusent de subir et veulent changer les choses.

Parti révolutionnaire, nous combattons pour passer d’un monde fondé sur l’ignorance, l’exploitation, l’oppression et la guerre à un monde fondé sur la connaissance, la justice, la liberté et la paix, pour faire vivre dans notre pays une société neuve en harmonie avec les possibilités de notre époque : le socialisme à la française.

Pour être efficace, une telle action ne peut se faire à l’aveuglette. Ce qui la motive, c’est le révolte contre l’injustice, le mépris, l’oppression. Tous les révolutionnaires ont intacte cette révolte en eux, mais ils ne peuvent s’en tenir à elle. Pour pouvoir être efficace l’action pour changer la société suppose la compréhension du mouvement de cette société, de la portée et du sens de ce qui grandit dans combats du peuple à travers le monde, du rôle des hommes comme acteurs de ces avancées.

Elle suppose en un mot une théorie permettant de voir loin sur ce que sont les enjeux réels de notre époque et de combattre du même coup les faux-semblants de tous les défenseurs de l’ordre établi. »

Un choix toujours valide

Ces raisons fondamentales de l’existence du PCF sont elles encore valides aujourd’hui ?
Posons-nous ces trois questions :
- Avons nous besoin aujourd’hui, alors que la classe ouvrière est ballotée entre « s’en sortir le moins mal possible » dans une situation où le capital dispose des cartes et le désespoir de ceux qui se disent « faisons tout péter », d’une organisation qui permette de réfléchir et d’agir face à la machine de guerre du capital ?
- La théorie marxiste, enrichie de la réflexion et de l’expérience de plus d’un siècle des révolutionnaires, reste-t-elle l’outil essentiel pour comprendre le monde dans lequel nous vivons ?
- Le socialisme, avec le point essentiel de l’appropriation collective des moyens de production, est-il le projet dont nous sommes porteurs ?

Si nous répondons oui à ces trois questions auxquelles depuis 20 ans nos textes de congrès répondent au mieux « oui mais » et le plus souvent non, alors nous affirmons que faire vivre et renforcer le PCF est déterminant.

Nous inscrivons cette volonté dans notre histoire – de Marx à 1920 en passant par Lénine -, dans une analyse de classe marxiste, dans un projet, le socialisme. C’est un choix de fond qui n’a rien de conjoncturel.
Laisser le PCF se diluer, voire disparaître, c’est ramener le mouvement révolutionnaire un siècle en arrière, renoncer à la lutte des classes, affaiblir les exploités en les privant de leur outil.

B.Le PCF, un parti gênant

Depuis la chute du mur de Berlin, le PCF est dans le collimateur.
Cela ne saurait nous étonner de la part des forces de droite et du capital, mais c’est plus surprenant quand c’est la direction qui explique que le parti a la gale, et qu’incurable, il faudrait le tuer !
Dans une situation d’affaiblissement électoral et de difficultés à faire vivre nos organisations, c’est une véritable attaque qui est lancée et qui culmine au congrès de Martigues .

De l’abandon des fondamentaux au sabotage de l’organisation

L’organisation du parti est d’abord fragilisée par l’abandon de tous les repères communistes qui se traduit notamment par « la mutation ».
Elle l’est aussi par notre effacement au profit du PS : Gauche plurielle, listes communes aux régionales, absences de candidats du PCF aux législatives et aux cantonales. Autant d’occasions ratées pour que les communistes développent leurs idées, rencontrent les citoyens.
La participation gouvernementale, avec son cortège d’abandons - sur la question de la propriété publique des moyens de production, des institutions, de la défense des plus pauvres- entraîne des découragements, des départs. C’est une période où un très grand nombre de militants d’entreprises quittent le parti, souvent sur la pointe des pieds.
A Martigues, il y a attaque directe contre l’organisation du parti, avec la normalisation-soumission du PCF aux institutions.
La clef de voute de cette normalisation, c’est la suppression de la cellule.
Il nous faut réfléchir aussi aux conséquences d’un certain nombre de décisions stratégiques : abandon de la dictature du prolétariat, du centralisme démocratique, de la référence au marxisme comme fondement théorique, de l’acceptation du financement par l’état, de l’adhésion au PGE.
Je ne mets pas toutes ces décisions sur le même plan. Mais il y a besoin d’avoir un retour critique sur leurs motivations et leurs conséquences, sur ce qui leur a été substitué.

Le démantèlement de l’organisation

Les mécanismes nouveaux de fonctionnement mis en place vont profondément modifier l’organisation communiste.
J’en prendrai quelques exemples :
- Auparavant, l’adhésion se faisait dans la cellule. Le responsable local en avait l’initiative du début à la fin(adhésion, remise de carte, collecte d’argent) et cette action de base permettait au parti de vivre. Aujourd’hui, l‘adhésion nationale est redistribuée du haut vers le bas, le communiste sur le terrain n’a plus ni l’initiative, ni la maîtrise de l’organisation. Ne parlons pas des cartes éditées nationalement et de leur cortège d’erreur et d’oubli sans compter celles qui n’arrivent jamais.
- La cellule mettait tous les communistes à égalité et permettaient que tous les sujets soient abordés par tous, ce que ne garantit pas une organisation par thème. La disparition des cellules va contribuer à distendre le lien entre les communistes et leur organisation, particulièrement dans les quartiers populaires et les entreprises. Un très grand nombre de communistes ne sont plus associés à l’élaboration et à la prise de décision.
- Les consultations enferment la volonté des communistes dans un cadre pré-établi, en évitant d’ouvrir vraiment des confrontations sur la stratégie. Faute de vie réelle du parti, beaucoup de communistes se trouvent démunis et renoncent à participer, d’autant qu’ils ont le sentiment que là-aussi, leur vote ne changera rien.
- Le financement du PCF s’est lui aussi profondément modifié. On est passé d’une cotisation versée dans les organisations de base jusqu’à la direction du parti à un financement drainé par les fédérations et distribués aux organisations locales ensuite, encore que nous constatons beaucoup d’exceptions à ce reversement pourtant prévu dans les statuts.
- De fait, les cellules et les sections sont ainsi placés sous la dépendance des fédérations.
- Le prélèvement automatique, la carte pluriannuelle vont encore contribuer à éloigner les communistes les plus confrontés aux difficultés sociales et à la misère de leur organisation.

Le choix de la cellule

Dans notre texte du 34éme congrès, nous disons : « le choix de la direction depuis le 30ème congrès de délaisser la vie des cellules, d’abandonner leurs activités structurantes jusqu’à la remise de la carte, puis de les supprimer au 31ème congrès a eu de graves conséquences. Il a fortement contribué à un affaiblissement sans précédent des effectifs du parti, particulièrement dans les quartiers populaires et les entreprises, conduisant contrairement à l’objectif annoncé à un recul de l’ouverture et de la diversité de notre organisation.
Nous réaffirmons que la cellule est le cœur de la vie du PCF, le lieu où les militants seront maîtres de leurs choix et de leurs initiatives. »

Il n’est pas inutile de se rappeler que l’organisation du parti en cellules fut l’objet d’une bataille politique dans l’histoire du parti. Cette forme d’organisation illustrait la volonté de rompre avec l’orientation électoraliste des partis sociaux-démocrates. Est ce un hasard si la suppression des cellules intervient alors que la stratégie du parti s’enferme dans les institutions ?

Quelle définition, quels objectifs pour la cellule :
- Permettre l’expression des aspirations des salariés
- Aider à formuler les propositions correspondant aux questions posées
- Participer aux luttes en faisant tout pour obtenir satisfaction
- Tirer les leçons de l’expérience
- Replacer en permanence les luttes particulières dans le contexte de la crise de la société
- Eclairer la voie et l’issue

C.Le choix de faire vivre et renforcer le PCF

Il s’agit pour nous de prendre le contre-pied de ce démantèlement du PCF et de faire la démonstration de la vitalité et de la validité de l’organisation communiste.

Chaque fois qu’une cellule, une section se créent, se renforcent, rayonnent, les stratégies d’abandon reculent.

La carte des votes pour notre texte au 34éme congrès est de ce point de vue instructive : nos meilleurs résultats correspondent aux départements où le parti est resté vivant et lié au catégories populaires.

N’est ce pas le moment de passer un cap sur cette question et de faire de l’existence et du renforcement du parti notre priorité à partir de ce que nous portons évidemment ?

Cela ne va pas de soi. Il y a eu des débats chez les communistes qui contestaient les lignes d’abandon.

Des situations locales très difficiles ont découragé des camarades. Plus profondément, des camarades ont estimé que le PCF, après plusieurs années d’abandon, ne pouvaient retrouver une identité révolutionnaire.

Notre conviction, nourrie de nos expériences dans le parti et avec la population, nous conduit à faire le choix de faire vivre et renforcer le PCF.
Pour autant, nous ne considérons pas que le débat avec les camarades qui ont fait un autre choix est clos et il est nécessaire de trouver avec eux des moments d’échanges en considérant que leur position n’est pas figée.

Nous aurons aussi besoin de faire connaître notre initiative présente, le contenu des interventions et débats, la diversité des participants. L’exigence de formation est forte chez les adhérents, particulièrement chez les jeunes.

La direction du parti reste dans une logique d’abandon du PCf, j’en prends quelques exemples :
- Le refus de recréer le groupe communiste à l’Assemblée nationale alors que le règlement l’autorise.
- La campagne des dernières élections européennes et la coordination des élus confiée à Marie-Christine Vergiat
- Les annonces concernant les régionales
- L’usine à gaz de la commission transformation
- le dernier congrès de l’ANECR

Les mois qui viennent d’ici le congrès de juin vont être décisifs.

Ce que nous écrivions dans notre texte sur les questions du rassemblement reste complètement d’actualité.

Il faut rompre avec la stratégie d’union de sommet à gauche pour battre la droite qui s’est traduite par deux participations gouvernementales en 25 ans et par deux échecs. Notre action ne peut pas s’enfermer dans la perspective de préparer en 2012 une nouvelle alternance électorale derrière le PS.

L’expérience des collectifs antilibéraux, et j’ajouterai celle du front de gauche, a été menée par certains avec l’espoir de substituer à l’alliance avec le PS une alliance à la gauche de la gauche, par d’autres par opportunisme électoral, sans compter ceux qui veulent créer une nouvelle force politique.
De fait, le monde populaire est resté en dehors de ces rassemblements marqués par une acceptation du cadre institutionnel ( cf construction européenne).

Il est grand temps d’opérer un changement radical pour mettre en oeuvre une statégie qui repose sur la conscience politique du mouvement populaire.
Cela nécessite que le PCF présente ses propres candidats aux élections sur la base d’un projet de société et d’un programme populaire de rupture.
Cela ne met pas en caus les éventuelles alliances nécessaires, à condition qu’elles ne nous détournent ni de nos orientations fondamentales, ni du rassemblement populaire et que notre parti préserve toujours son indépendance politique. 

Et nous concluions sur la nécessité que le PCF mette en œuvre un rassemblement populaire anticapitaliste, avec l’objectif d’unir les travailleurs autour d’un projet de société remettant en caus les fondements du sys tème capitaliste, c’est à dire une stratégie d’union à la base qui s’appuie sur les luttes avec pour perspective politique la rupture avec le capitalisme.

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