Résignation ? Non, Révolution !

, par  communistes , popularité : 12%

Par un surtitre 2 couleurs sur toute la largeur de sa une, l’Humanité de mercredi 16 janvier annonce un "grand entretien" pour "Comprendre le capitalisme du XXIe siècle", puis, sur 2 pages, sous le titre "L’âge de la société de service", nous rappelle que la vie économique a beaucoup changé depuis Marx. Conséquence des évolutions techniques et technologiques, la population active se composant à plus de 70 % de travailleurs des services, "la classe ouvrière a perdu son rôle historique", et il faut donc un nouveau projet de société. Voilà, en quelques mots, ce qu’il faudrait comprendre du capitalisme aujourd’hui.
http://www.humanite.fr/2008-01-16_Tribune-libre_L-age-de-la-societe-de-service
Je n’ai pas été le seul lecteur à comprendre que je devais me résigner, et accepter au moins temporairement le capitalisme comme la fin de l’Histoire.

Au risque de choquer, j’ose dire que cette affirmation, on ne peut plus démobilisatrice pour les luttes immédiates (mais c’est peut-être son but), me paraît relever d’une conception ouvriériste de la classe ouvrière. Le texte étant parsemé d’allusions à Marx et au marxisme, mais sans jamais oser en affronter la moindre citation, le retour à la lecture de textes de Marx et Engels me semble indispensable, surtout pour ceux qui croient qu’ils ont autre chose à faire que lire ces vieilles barbes.

Il me semble en effet, qu’à se laisser aveugler par les apparences de "la société de consommation", de "la société de service" (en oubliant que bon nombre ne font plus, déjà, que servir, pour un temps, ce qui n’est plus produit en France, avant de rejoindre les exclus de la consommation et du service dont le nombre ne cesse de croître), on passe à côté de l’essentiel : nous vivons la dictature terroriste du capital financier en expansion.
Curieusement (?), ce n’est pas ce terrorisme là, qui détruit les moyens d’existence de millions de personnes, pourvoyeur de misère et affameur, réduisant les dépenses de santé et supprimant des médicament utiles estimés insuffisamment rentables financièrement, assassinant, semant la guerre, la mort et la désolation, polluant et empoisonnant la planète, capable d’accepter sans sourciller la mort prévisible de 1 milliard d’humains comme conséquence des changements climatiques dont il est responsable, etc., ce n’est pas ce terrorisme là, les moyens d’y résister et d’y mettre fin, qui sont le souci principal de nombre de faiseurs d’opinion.

A la différence de ceux qui ont une conception ouvriériste de la classe ouvrière, Marx et Engels ne la réduisent pas à la partie du prolétariat qui a le statut d’ouvrier. Pour eux, en opposition à la bourgeoisie capitaliste, il y a l’ensemble du salariat, le prolétariat, en tant que classe en soi. Et il y a le prolétariat révolutionnaire, la classe ouvrière, en tant que classe pour soi. Au fil des ans, cette distinction est de plus en plus nette dans les préfaces du Manifeste du parti communiste, comme s’ils sentaient le danger d’une dérive ouvriériste.

Aujourd’hui comme en 1848, on produit pour des capitalistes, ce que décident des capitalistes, à l’endroit voulu par des capitalistes, au moment voulu par des capitalistes, de plus en plus aux conditions voulues par des capitalistes, pour que ces capitalistes accroissent toujours plus leur capital. Aujourd’hui, comme en 1848, il n’y a toujours que 2 classes principales, dont l’une, pour survivre, est obligée de vendre sa force de travail à l’autre qui en vit : le prolétariat et la bourgeoisie. Mais, la différence essentielle avec 1848, c’est moins les nouvelles technologies que l’élargissement du prolétariat à la presque totalité des activités humaines, l’écrasement des couches intermédiaires, et le rabougrissement numérique de la bourgeoisie, cette classe parasite qui vit de l’exploitation du travail salarié.

Aujourd’hui, alors que 92 % de la population active est salariée, pro-lé-ta-ri-sée, et (à part une minorité de laquais du capital) subit de plein fouet la dictature terroriste du capital financier en expansion, la seule question qui se pose, c’est de rendre à ce prolétariat la maîtrise des richesses dont il est le seul créateur, donc la maîtrise du capital, c’est-à-dire d’exproprier le capital pour en permettre l’appropriation sociale : c’est la condition sans laquelle il ne peut être mis fin à l’écrasement des salariés.
Aujourd’hui comme hier, le problème est de tout faire pour permettre au prolétariat d’accéder à la conscience de classe, de passer du statut de classe en soi à celui de classe pour soi, au statut de "classe ouvrière", pour se libérer et libérer l’humanité du joug du capitalisme.
Et ça ne se fera pas en coupant en 4 les cheveux des exploités, mais en leur montrant qu’ils sont ensemble les victimes d’une poignée d’exploiteurs qui se sont arrogés le droit de vie et de mort, en leur montrant que l’histoire témoigne que s’ils ne sont pas encore tous écrasés au même degré par l’exploitation, personne n’y échappera : déjà, la génération actuelle vit moins bien que celles qui l’ont précédée.

D’aucuns objecteront peut-être que Marx fait sa démonstration de la plus-value avec des objets manufacturés, pas avec des produits de l’esprit, impalpables ; qu’à son époque, l’informatique n’existait pas.
Énumérant les bouleversements que la bourgeoisie capitaliste fait subir à la formation économique et sociale, dans "Le manifeste du parti communiste", Marx et Engels écrivent : "Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit."
Sauf erreur de ma part, comme Galilée et son "Et pourtant elle tourne", Ricardo avait eu l’intuition de la plus-value, mais n’avait su en expliquer le processus d’accaparement privé. C’est ce que fait Marx. Mais il le fait en prenant la peine de préciser, dès le début : "La valeur d’usage des marchandises une fois mise de côté, il ne leur reste plus qu’une qualité, celle d’être des produits du travail. (...) Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée." (K. Marx, "Le capital", Livre premier, Le développement de la production capitaliste, 1e section : la marchandise et la monnaie.)
"... sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée."
Enfin, s’agissant de "l’impalpable", Marx et Engels, eux, ont une conception moniste du monde qu’il ne séparent pas entre esprit d’un côté et matière de l’autre. Ce que les capitalistes ont bien compris, même si certains ont une conception dualiste du monde : ils ont réussi à faire de "l’impalpable" une marchandise qui s’échange sur le marché contre du fric palpable... pour réaliser et s’approprier la plus-value contenue dans cet "impalpable"...

"Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer." (K. Marx et F. Engels, L’idéologie allemande, Thèse XI sur Feuerbach).
A l’instar de Marx et Engels qui, dans la préface à l’édition allemande de 1872 du Manifeste du parti communiste, alors que la Commune vient d’être noyée dans le sang, que le syndicat n’a pas d’existence légale, attirent l’attention sur "les progrès immenses de la grande industrie dans les vingt-cinq dernières années et les progrès parallèles qu’a accomplis, dans son organisation en parti, la classe ouvrière", ceux qui souhaitent que le prolétariat révolutionnaire du 21e siècle transforme le monde, sans se laisser aveugler par l’élection de Sarkozy, apprécient la signification de classe du vote Non de 54,7 % du peuple de France le 29 mai 2005, le jugement négatif que portent sur le capitalisme 61 % des Français (sondage Louis Harris - Libération publié le 4-11-05), l’irruption de la jeunesse obligeant au retrait du CPE alors que les syndicats avaient renoncé à l’action contre le CNE.

Cette conscience de ce qu’est le capitalisme et son Europe, ce n’est pas à ceux qui veulent à tout prix substituer le clivage gauche-droite à la contradiction fondamentale capital-travail qu’ils la doivent, mais essentiellement à leur pratique quotidienne du capitalisme. Et si une part d’entre d’eux peut encore se laisser abuser et participer à l’élection de Sarkozy, c’est notamment parce que le PCF, mon parti depuis 1963, ne leur propose aucune perspective...
Sous la direction d’une ancienne ministre de la "gauche plurielle" (celle qui a privatisé plus qu’aucun gouvernement de droite) élue au 31e Congrès (2001) pour doter le PCF d’un projet communiste qui n’existe toujours pas, le PCF a soutenu à la présidentielle un programme ne touchant pas à la propriété du capital, et propose le rachat des actions d’EADS par l’État ; autrement dit, de faire payer aux salariés par l’impôt, ce capital qui n’est que le produit de leur travail dont ils ont été spoliés par la bourgeoisie ! Comment le prolétariat révolutionnaire pourrait-il se retrouver dans un tel programme ?
Un autre ministre de la "gauche plurielle", celui qui expliquait que l’ouverture du capital d’Air France n’était pas la privatisation, vient alors proposer que le PCF supprime l’adjectif "communiste" de son nom. Bien que plus de 70 % des sections du PCF refusent cette proposition, les 8 et 9 décembre, la ministre de la "gauche plurielle" qui dirige le PCF, agitant le risque d’explosion du parti, obtient l’autorisation de poursuivre jusqu’à la fin 2008 la liquidation de ce qui fut un parti révolutionnaire.
C’est alors qu’en cohérence, l’Humanité, qui n’est plus l’organe central du PCF, de moins en moins le journal de Jaurès et de plus en plus celui de Lagardère, sous la direction d’un ami de celui qui prit appui sur un besoin réel d’évolution du parti pour le faire muter à un contenu social démocrate, vient affirmer que "comprendre le capitalisme du 21e siècle", c’est se résigner à attendre l’émergence d’un nouveau projet de société...
Peut-on faire mieux pour désespérer le prolétariat révolutionnaire ? C’est vrai que pour ces dirigeants là, l’adjectif communiste est de trop !
Mais serait-il nécessaire de semer la désespérance si le prolétariat acceptait le sort qui lui est promis sans menacer de mettre fin à la domination de la bourgeoisie ?

Il est temps, grand temps, que se tiennent des Assises du communisme, ouvertes à ce prolétariat qui fait face aux attaques du capital, se bat et cherche son unité malgré tous les empêcheurs de "Tous ensemble" et ceux qui tiennent à négocier un nouveau recul social ; ouvertes à cette jeunesse, prolétariat de demain, qui avec le CPE voulait faire sauter toute la loi dite "d’égalité des chances", avant que les "On a gagné" viennent mettre un terme au mouvement. Oui, il est temps que se tiennent des Assises du communisme ouvertes, pour élaborer une perspective de sortie du capitalisme maintenant, et doter le prolétariat révolutionnaire d’un parti communiste digne du 21e siècle.

Parce qu’il serait illusoire d’attendre l’organisation d’Assises du communisme ouvertes de ceux qui, dans les faits, utilisent le prolétariat comme une masse de manoeuvre, une armée de fantassins dans leur marche vers un pouvoir qu’ils exerceraient à la place du prolétariat, ce n’est qu’à la base, entre militants révolutionnaires sans exclusive, que peuvent se créer les conditions de leur tenue. C’est le sens de l’initiative à laquelle je participe avec d’autres communistes organisés et inorganisés : "Pour des Assises du communisme, des communistes s’adressent aux communistes."
Comme le chante l’Internationale : "Il n’est pas de sauveur suprême..., producteurs sauvons-nous nous mêmes..., nous ne sommes rien soyons tout..."

Jean-François Autier, ajusteur mécanicien retraité, adhérent du PCF depuis le 3-1-1963,
jean-francois.autier@wanadoo.fr

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