Ma France ne connaît qu’un seul peuple. Fort de son histoire, pluriel dans ses identités, il forme un seul et unique collectif politique, composé de femmes et d’hommes de toutes conditions et de toutes générations « sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
Ce peuple s’est constitué comme tel à travers un projet politique commun, hérité de sa Révolution, des grandes luttes pour sa liberté et de ses grandes conquêtes sociales. Ce projet, c’est celui de la République, laïque et sociale.
C’est ce projet qui est attaqué par l’extrême droite d’abord qui, comme elle en a l’habitude mortifère, alimente les divisions des classes populaires par l’ethnicisation des rapports sociaux. Nourrissant les peurs, attisant la haine et la xénophobie, elle nie les discriminations en se prévalant indûment de la promesse républicaine.
Dans les faits, l’extrême droite l’a toujours combattue, défendant la préférence nationale pour maintenir des injustices parmi les plus insupportables et légitimer la surexploitation des travailleurs issus de l’immigration et la relégation des femmes comme citoyens de second ordre.
Une poignée de milliardaires
C’est ce projet qui est attaqué aussi par des décennies de politiques libérales qui ont appauvri la France et la très grande majorité de nos concitoyens, enrichissant au-delà de toute imagination possible une poignée de milliardaires qui ont saccagé le pays, privatisé et monopolisé ses richesses au détriment de l’égalité et donc de la possibilité même de la fraternité. Ce grand appauvrissement social, éducatif, sanitaire, industriel, démocratique qu’ils ont organisé est un venin aussi mortel pour notre République que celui de la haine et de la violence que l’extrême droite diffuse.
La fracture la plus visible se situe dans les grandes villes des banlieues de nos métropoles. Elles sont désertées par les grands services publics, connaissent des taux de pauvreté record et font face à la ségrégation organisée de leurs habitants. Leurs habitants affrontent un racisme quotidien, violent vécu comme un crachat en plein visage en particulier par une jeunesse qui dans son immense majorité aspire à vivre, à travailler à créer, à s’épanouir.
Ce projet est attaqué, enfin, de façon paradoxale par certains de ceux qui revendiquent pourtant incarner mieux que tous les autres cette République du peuple. Sur la base d’un constat des mutations profondes de la société française que chacun peut faire et que nul ne songe à nier, ils catégorisent les citoyens en fonction de leur couleur de peau, de leur religion pour en faire des objets politiques et prétendent ainsi organiser leur combat. Ils fragmentent, ce faisant, le corps social en identités concurrentes alors que tout devrait être fait pour porter, ensemble, un projet émancipateur commun.
Dans cet esprit, la « nouvelle France » portée par Jean-Luc Mélenchon enferme les individus dans des déterminismes culturels, géographiques ou générationnels au lieu de les fédérer sur la base de leurs aspirations partagées à la justice et à l’égalité. Elle organise la division et détourne les forces vives du seul enjeu décisif : celui de construire un projet collectif fondé sur des intérêts communs et de construire un large rapport de force unissant le monde du travail face au capital.
Nous libérer du capitalisme
Le peuple de France, celui que j’aime, est fier de ses luttes sociales, des congés payés, de la retraite à 60 ans, autant que de ses combats contre le colonialisme et pour la liberté des peuples. Nous avons su nous débarrasser de la monarchie, puis du nazisme. Nous devons désormais nous libérer du capitalisme pour reconstruire une France libre et indépendante.
Et nous y parviendrons en étant unis par une conscience de classe suffisamment forte pour nourrir les luttes, imposer un rapport de force contre l’oligarchie qui nous gouverne et prendre le pouvoir. Ce qui nous lie, ce n’est pas d’où nous venons, mais comment nous agissons, comment nous nous construisons, ce que nous transformons et où décidons d’aller ensemble.
La « nouvelle République » que nous devons bâtir doit permettre à chacun de se reconnaître dans une identité commune : une identité politique choisie et non assignée. C’est en faisant de l’être humain, la priorité de tous nos choix que nous construirons cette nouvelle République, bannissant le racisme comme l’antisémitisme, s’attaquant aux inégalités sociales, rassemblant les exploités de toutes origines, de tout genre, pour transformer le réel.
Oui, faisons de l’être humain le cœur de nos combats, sans autres formes de distinction. C’est en recentrant le débat sur les intérêts communs, le progrès social, l’égalité, et la solidarité qu’une nouvelle manière de « faire nation » pourra émerger.
Fabien Roussel
Secrétaire national du Parti communiste français
Tribune parue dans Le Monde du mardi 7 avril 2026
