Commission « transformation du parti »

S’entendre sur les objectifs…

Juin 2009

Intervention de José Hernandez secrétaire de la section d’Albi a la réunion de la Commission transformation du PCF qui s’est tenue le dimanche 14 juin au siège du CN.

Il faut s’entendre sur le but que l’on souhaite assigner à ces «  transformations  ».

Notre fédération présente la caractéristique lors de notre dernier congrès d’avoir voté à 70% pour un PCF autonome, sur des bases de classe et offensif.

Nous partageons avec la très grande majorité des communistes l’idée qu’il faut défendre l’existence du PCF.

Nous pensons que, dans les conditions présentes, « faire vivre et renforcer le PCF  » est plus que jamais une exigence de notre temps, une condition indispensable et essentielle pour créer les conditions d’un changement de société dans notre pays et d’une rupture avec le capitalisme.

Depuis de nombreuses années, le PCF ne se positionne plus vraiment sur de nombreuses questions ; au mieux, il se contente de soutenir les luttes.

Il donne la primauté à la question des alliances et réfléchit avant tout en termes électoraux. Non que l’on doive négliger ou minorer l’importance de ces questions, mais l’activité du PCF, son intervention ne doit pas avoir pour seul objectif un positionnement en vue d’échéances électorales à venir.

Les stratégies électorales depuis les plusieurs décennies sont toujours les mêmes : union de sommet. Les deux dernières expériences les plus cuisantes pour notre parti étant la période de la « gauche plurielle  » et celle des « collectifs antilibéraux  ».

La dernière avec le PG a été scellée le 24 octobre 2008 en dehors de toute discussion avec les communistes. Nous avons refait l’union de la gauche (en petit) comme à l’époque du programme commun, sans tenir compte des enseignements de cette période. Or notre recul a commencé à  ce moment-là .

Lors des élections européennes, si le « Front de Gauche  » a obtenu des résultats honorables, notamment dans notre circonscription ou dans notre département, l’essentiel de ces résultats a été obtenu grâce à la mobilisation militante des communistes. Néanmoins, c’est la personnalité de Jean-Luc Mélenchon qui est apparue largement sur le devant de la scène, au détriment des dirigeants de notre parti. La question que l’on peut se poser, c’est, si l’on en reste à ce type de démarche, à ce type d’intervention pour notre parti, crée-t-on les conditions d’une remontée d’influence pour le PCF, claire, lisible et reconnue comme telle ? Poser la question, c’est y répondre. Et le progrès de l’influence du PCF, c’est évidemment une question décisive pour parvenir un jour à changer la société.

Alors que jamais le capitalisme n’a été autant contesté et critiqué dans notre pays, nous ne menons pas la bataille idéologique au niveau suffisant sur les questions de la rupture avec le capitalisme, sur l’objectif d’un socialisme du XXIe siècle (il fut d’ailleurs un temps – celui de la « mutation  » - où même le terme de socialisme était proscrit dans nos rangs …).

Nous pensons donc que notre parti doit procéder à un certain nombre de ruptures, non pas avec son héritage et les traditions révolutionnaires de notre peuple, mais bien avec des pratiques d’union au sommet qui ont fait perdre de la lisibilité, de la cohérence au PCF et qui ont fait que nombre d’électeurs issus des couches populaires et du monde du travail se sont détournés du parti.

Au fond il s’agit de ruptures pour un retour assumé aux sources.

Par exemple, notre parti, au plan national, devrait s’efforcer d’organiser des actions pour défendre la paix, l’environnement, le monde du travail dans son ensemble et particulièrement les ouvriers et les employés –et naturellement les privés d’emplois. Avec nos économistes, le parti doit rechercher des mots d’ordre rassembleurs permettant aux communistes d’aller à la rencontre des salariés avec des propositions compréhensibles.

  • Que proposons-nous aux salariés, notamment aux salariés des petites entreprises ?
  • Que proposons-nous aux jeunes, notamment aux étudiants qui se sont battus pendant 4 mois ? Rien de clair.
  • Que disons-nous de simple, de clair sur les destructions des cultures dans les pays pauvres pour planter des palmiers afin que les occidentaux mangent des biscuits à l’huile de palme, Qu’avons-nous dit à ce sujet de simple, de fort ?
  • Quant à la paix, malgré quelques déclarations pour la forme, nous avons en réalité abandonné ce combat, alors que nous pourrions redevenir le «  parti de la paix  ». Toutes les expériences d’actions, notamment locales, - ainsi dans notre département – où nous mobilisons en faveur de la paix, contre le surarmement, l’OTAN, contre l’intervention franà§aise en Afghanistan … sont des succès et où nous rassemblons très largement, y compris des gaullistes et des citoyens attachés à la paix et à l’indépendance de notre pays.

La lutte pour la paix et pour la solidarité internationale, ce sont des valeurs essentielles qu’a portées notre parti, parfois à contre courant des idées dominantes, depuis le congrès de Tours. Je pense bien sûr aux luttes anticoloniales, dès les années 20. L’engagement aux côtés des peuples opprimés, contre le racisme, doit là encore être plus fort et doit être l’objet de batailles politiques. On ne peut en rester aux déclarations d’intentions et aux grands principes. Porter ces valeurs et les défendre en toutes circonstances, c’est ce qui a fait la force de notre parti, notamment dans la jeunesse, depuis des décennies jusqu’aux années 90. Ces idées ont fait du chemin dans notre société, bien au-delà de nos rangs, elles sont aujourd’hui souvent largement majoritaires, elles peuvent susciter l’adhésion, l’engagement dans la jeunesse.

Tout cela pourrait permettre de mobiliser largement la jeunesse et notre peuple, de redonner du souffle aux militants communistes, à notre parti. C’est ainsi qu’on peut rassembler largement, en agissant concrètement pour de grandes causes humanistes. Le Parti au plan national privilégie les combinaisons électorales et les alliances en vue d’échéances électorales. Pas étonnant que les gens rejettent les partis traditionnels et votent écolo en pensant que la question de l’environnement n’est pas politique.

C’est en osant se positionner clairement sur tous les sujets que nous serons rassembleurs, visibles et surtout utiles.

Ce serait une profonde transformation si on en finissait avec l’obsession des unions avec des partis politiques et celle des enjeux institutionnels.

En renonà§ant à se positionner sur les grandes questions de notre temps, en renonà§ant à se battre, la direction nationale agit de fait pour la disparition du PCF et beaucoup de militants se sentent abandonnés et ont perdu espoir. Bien souvent, ils ne reconnaissent plus leur parti et y restent par attachement sentimental.

Ils ont adhéré à un parti révolutionnaire qui osait affronter les puissants. Aujourd’hui est-ce encore le cas ? Combien de fois ne nous a-t-on pas dit, sur un marché, devant des entreprises, regretter le temps où le PCF parlait fort et clair, y compris dans les médias (on pense immanquablement à la pugnacité et à la combativité de Georges Marchais) ? Aujourd’hui, nos dirigeants souvent nous donnent l’impression de se contenter de la portion congrue qui leur est octroyée et donnent l’impression de manquer de combativité. La dernière campagne de communication pour le Parti, à nouveau commandée à une boite de com tape complètement à côté (parodie de jeux à  gratter), elle désole ou déroute les communistes et ne correspond pas au discours qu’attendent les gens qui ont besoin du PCF. L’obsession de certains dirigeants à changer à tout prix l’image du PCF – cette dernière campagne de com vise à cet objectif – se révèle désastreuse : une communication illisible (ou bien trop subtile pour être percutante) rate toujours la cible et ne touche pas la population, alors que nous avons tant de choses à leur dire !

Nos sections, dans la plupart des cas, ont continué à faire ce qu’elles pouvaient et ont eu le courage de se positionner sur les questions d’actualité et les luttes locales (défense des salariés, défense des hôpitaux, du service public de l’eau, pour les services publics en général, action contre les prisons pour mineurs, etc.). Malgré cela, le PCF a eu du mal à se maintenir et à progresser car lors des élections nationales (présidentielles, législatives, voire européennes) les gens se réfèrent aux positions nationales surtout dans les régions et les départements où nous n’avons pas de parlementaires.

L’aggravation tragique de la crise, le très haut niveau d’abstention à ces élections européennes dans les catégories populaires, chez les ouvriers (69%), les employés (66%), les jeunes, le monde du travail en général, doivent retenir toute notre attention et nous interpeller. Ce sont ces questions là qu’il nous faut absolument avoir à  l’esprit pour tenter de redevenir le parti du monde du travail et de la création.

Le PCF doit redevenir pleinement autonome dans son intervention, retrouver un discours clair : un parti révolutionnaire sur des positions de classe. Il doit faire bien plus appel à l’intelligence politique, à la créativité des communistes et faire vivre en toutes circonstances leur souveraineté.

Le parti doit agir en tant que tel et ne pas se dissoudre dans une nébuleuse, où il serait en réalité progressivement totalement subordonné à d’autres et perdrait son autonomie d’action et d’initiatives.