80 ans de gestion municipale progressiste à direction communiste !

, par  pamillet , popularité : 3%

Du monde un dimanche en mairie ?

La salle du conseil était bien remplie ce 18 Octobre 2015 pour le 30eme anniversaire de la mort de Marcel Houel, ancien maire de Vénissieux auquel André Gerin avait succédé en 1985... Le maire batisseur, macon de profession, qui se battra pour accompagner la ZUP des Minguettes, imposée par l’état, en construisant des équipements publics indispensables, même s’ils ne suffiront pas à compenser la crise sociale qui allait marquer les quartiers populaires.

Une rencontre qui, après les 80 ans de la maison du peuple, fêtée il y a quelques semaines, poursuit les cérémonies pour les 80 ans d’une gestion progressiste à direction communiste à Vénissieux !





Intervention de Michèle Picard à l’occasion de la rencontre organisée dans le cadre des 80 ans de gestion municipale progressiste, dimanche 18 octobre 2015.

Plonger dans l’histoire d’une ville, c’est parcourir un grand récit, que chacun écrit dans un espace qui le dépasse, celui de la mémoire collective vénissiane. C’est aussi le récit d’un corps vivant, qui grandit, se rétracte, chute, se relève, qui avance, se développe, prend des coups, un corps soumis à des cycles sociaux, économiques, politiques, culturels, au cycle du temps.

Il y a 30 ans, Marcel Houël nous quittait, mais André Gerin était là, pour poursuivre les combats, et prolonger le sillon creusé par son prédécesseur.

Il y a 80 ans, Ennemond Romand devenait le premier maire communiste de Vénissieux, et, très vite, la cible de Vichy et de l’extrême droite, de ceux qui ont sali la République, et l’histoire de notre pays. Destitué par le préfet, (et déjà !) une délégation spéciale, emprisonné à Saint-Paul, Ennemond Romand n’aura pas la chance, de voir la France de la libération et du CNR, renaître de ses cendres. Mais Louis Dupic était là lui aussi, pour poursuivre les combats, et remettre notre ville dans le lit de la République. Une brique, plus une brique, plus une brique. Continuité dans la différence, et différences dans la continuité.

Mais le plus important dans ce qui façonne notre maison Vénissieux, c’est ce ciment commun, le ciment du combat, qui rend solides les fondations.

Peut-être ceux qui ont utilisé, il y a peu, le slogan démagogique « mettre fin à 80 ans de communisme », n’ont-ils pas vu l’esprit d’équipe, progressiste, qui est à l’œuvre depuis près d’un siècle. Peut-être n’ont-ils pas vu, ou pas voulu, se souvenir que cette maison commune a été construite, par toutes les forces de gauche, par toutes les forces progressistes, et par la citoyenneté de tous les habitants. Peut-être n’ont-ils pas vu la force du communisme municipal, capable de fédérer, dans un même projet, les différentes sensibilités, sans renier ni tricher, avec les vraies valeurs de gauche.

Les ambitions personnelles pèsent peu, face à l’union d’hommes et de femmes, au service de l’intérêt général.

En 80 ans, Vénissieux a montré plusieurs visages. Des racines agricoles à l’ère industrielle, de la post-industrialisation à la ville actuelle, porte d’entrée sud, reconnue et attractive, de l’agglomération lyonnaise.

Le chemin parcouru est immense. Elle n’est pas restée la même, mais n’a jamais perdu en chemin son identité, ni son caractère.

Sans établir de hiérarchie aucune, c’est peut-être sous les mandats de Marcel Houël, que les mutations ont été les plus profondes. Quand il est élu maire, les Vénissians sont un peu moins de 30 000, en 1982, 64 000, après une pointe à 75 000 au milieu des années 70.

Comment accompagner cette accélération de l’histoire ? Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. La ZUP des Minguettes est une chance, pour les familles et jeunes couples, qui découvrent le confort d’appartements chauffés, d’une salle de bains, et la nouveauté des appareils domestiques. C’est un autre monde qui s’ouvre.

En organisant un conseil municipal, sous un chapiteau, en 1976, pour attirer l’attention des pouvoirs publics, Marcel Houël avait déjà compris l’enjeu urbain, qui se jouait dans les grands ensembles.

Le choc pétrolier est passé par là, le chômage est devenu structurel, l’Etat a tourné le dos à ses quartiers populaires.

Dominique Perrault, architecte de notre belle médiathèque Lucie Aubrac, l’a très bien résumé : « Le problème des grands ensembles n’est pas de les avoir construits, mais de les avoir abandonnés ! Pendant 15 ans, la France avait bonne conscience, parce qu’on avait logé les gens, mais personne n’a parlé « d’habiter ! ». C’est cela qui n’a pas été géré, en termes humains, en termes de respect de l’habitant. »

Oui, Marcel Houël avait compris, que l’absence de l’Etat allait faire naître des poudrières sociales, compris, au bout de presque dix ans de combat, pour l’arrivée du métro à Vénissieux, l’importance du désenclavement des quartiers.

André portera à son tour, et avec force, ces questions, en anticipant et en remédiant aux nouvelles fractures : intégrer tous les quartiers, à l’échelle de la commune, et rééquilibrer les rapports de force et de pouvoir, entre Lyon et la couronne périphérique.

A titre personnel, je dois beaucoup, comme tous les enfants de l’époque, aux politiques communistes qui ont été menées.

1967 : la majorité de Marcel Houël crée le centre culturel communal, dénommé 10 ans plus tard, centre Boris Vian.

1972 : les Vénissians disposent d’ateliers d’arts plastiques, et en 1980, d’un nouveau cinéma Gérard Philipe.

Ces possibles-là, Vénissieux nous les a offerts, on n’en a pas conscience lorsque l’on est jeunes, mais ils nous ont construits, ils ont fait de nous des hommes et des femmes citoyens.

Continuité dans la différence, et différence dans la continuité. J’aimerais ajouter un mot à tout le travail qu’Ennemond, Louis, Marcel, André, que tous les premiers adjoints et adjoints de toutes les équipes, ont mené à Vénissieux, celui de résonance.

Une ville oubliera un nom, mais pas une idée, qui continuera de circuler. Justice sociale dans les années 30, justice sociale dans les années 60, justice sociale aujourd’hui en 2015. Résonance, échos, rimes.

Ce n’est pas une histoire qui se répète, ou que l’on aurait bloqué dans un temps idéalisé, non, c’est une histoire qui se poursuit, et qui se prolonge, avec d’autres visages, mais toujours la même exigence. Avec le communisme comme cap, et le communisme municipal comme moyen.

En 1945, Louis Dupic favorise la création de l’œuvre des cantines, des écoles publiques. En 2017, la nouvelle cuisine centrale ouvrira ses portes, et fournira des milliers de repas équilibrés, aux enfants de nos écoles, de nos crèches, aux aînés de nos résidences.

Résonance des politiques publiques, sanitaires, et de l’enfance. En 1966, Vénissieux n’a-t-elle pas été la première ville, en France, à avoir mis en place le service municipal de l’enfance ?

A l’œuvre des colonies de vacances de Vénissieux, créée en 1951, et auquel succédera l’APASEV en 1982-1983, répond le Conseil Municipal Enfants, créé en 2012.

Maternelle Moulin-à-Vent, groupe scolaire au Charréard : au cours des années 50, Vénissieux répond à la priorité éducative, comme elle l’avait déjà fait, dans les années 30.

A la rentrée 2016, l’école Flora Tristan constituera le 21ème groupe scolaire de notre ville. Résonance de l’éducation publique, gratuite et laïque.

Pour peser sur l’attribution des logements, et répondre à la demande des familles, la majorité de Louis Dupic décide, dès 49, la création d’un office municipal d’HBM, auquel le ministère s’opposera, pour maintenir une réserve de terrains industriels bon marché.

En 1960, la Sacoviv voit le jour. Elle continue, aujourd’hui, de répondre aux besoins de logement des familles les plus modestes.

Résonance, là encore, des politiques sociales et solidaires.

Au désenclavement, il y a la ligne T4, et désormais la Part Dieu à 30 minutes.

La culture et le vivre ensemble, nos équipements les font vivre au quotidien : la médiathèque Lucie Aubrac, l’école de Musique Jean-Wiener, et le cinéma Gérard Philipe, sur le plateau des Minguettes, les 30 ans du théâtre, les ateliers d’arts plastiques.

1960, naissance de l’OMS, pour fédérer tous les acteurs du sport, pour innover et garantir l’accès au plus grand nombre, à toutes les disciplines.

Résonance des politiques culturelles et sportives populaires, pour briser les ségrégations sociales, et les discriminations territoriales, pour permettre l’émancipation et le rapprochement des habitants, comme si chacun était l’enfant, ou le petit-enfant de la Maison du Peuple.

Combat pour le droit des ouvriers, combat pour le droit à l’emploi, combat pour garder nos savoir-faire : de Berliet à Veninov, passé, présent, futur, nous défendrons toujours l’industrie, car il en va de l’avenir des jeunes générations, et de la vie de nos territoires. Jamais personne n’a lâché sur ce terrain-là, et jamais un maire communiste ne lâchera cette rude bataille, pour le monde du travail et l’outil de production.

Je pourrais ainsi continuer cette longue suite de rimes et d’échos, que 80 ans de communisme et de progressisme ont orchestrés.

J’en citerai une dernière, dans laquelle je m’inscrirai là encore, mais un peu par la force des choses. La place des femmes.

Alors que le droit de vote vient à peine de leur être accordé, elles sont 5 conseillères en 45, 8 en 1953, et c’est Marguerite Carlet, qui deviendra la 1ère adjointe femme de la ville.

En 2014, et en 2015 !, les Vénissians ont élu leur premier maire femme, me plaçant dans cette lignée, à laquelle j’associe la 1ère adjointe actuelle, Yolande Peytavin, d’hommes et de femmes de combats, d’engagements, et de détermination.

Si Vénissieux en est là aujourd’hui, attractive, portée par des projets urbains structurants, attirant chaque année de nouvelles familles, elle le doit à l’investissement, de toutes les équipes municipales qui se sont succédé. Ouvrier monteur, ajusteur outilleur, maçon, technicien dessinateur industriel, travail de nuit, dans la sous-traitance bancaire, décoratrice, les professions, que je viens de citer, sont celles d’Ennemond, de Louis, de Marcel, d’André, de moi-même, des maires du concret, dont la culture ouvrière est toujours présente, des maires, en prise directe avec la réalité du quotidien, le monde du travail, et le syndicalisme.

Les préoccupations des habitants, leurs besoins, leurs attentes, sont plus proches de vous, lorsque vous les avez connues.

De cette proximité est née une résistance. Celle des ouvriers qui se rassemblent, pour obtenir des droits, dans notre Maison du Peuple des années 30.

Celle des camarades des Brigades Internationales, et de la Libération de Vénissieux.

Celle de mai 68, pour une démocratie sociale, à l’intérieur des entreprises.

Celle d’aujourd’hui, contre la dictature d’un libéralisme, qui ravage tout, contre le racisme et la haine portés par l’Extrême-Droite, contre une France du repli, qui aurait peur de son ombre.

Je vois deux fils rouges, au cœur du mot Résilience. Celui qui relie les équipes municipales entre elles, à travers les époques, à travers les générations.

Le deuxième est peut-être moins visible, mais j’ai la sensation, que les Vénissians ont toujours élu des maires et des équipes, qui leur ressemblent, à leur image, certes, mais surtout à l’image de leur soif de justice sociale, à l’image de leurs saines colères, et de leurs rêves.

Demain, avec l’austérité que l’on inflige, sans discernement, aux collectivités, sera difficile mais passionnant, comme hier ou avant-hier.

A l’heure de la métropole, et de centres de décisions qui s’éloignent des citoyens, défendons ensemble le rôle et l’autonomie de la commune, comme 1er maillon du pacte républicain. Oui, demain sera à coup sûr difficile mais passionnant.

Rien n’a été donné à notre ville. La politique que nous menons, est un combat. Le communisme municipal est aussi un combat. Un combat de l’instant présent, rempli d’échos, un combat du collectif, qui nous porte et nous dépasse : pour Vénissieux et pour les Vénissians.

Soyez fiers, et soyons fiers, de chaque pierre apportée à l’édifice d’une ville populaire, progressiste, solidaire et tolérante.

Je l’ai été en 2014 et 2015, quand certains, au soir de nos victoires, scandaient les prénoms d’Ennemond, Louis, Marcel, André et Michèle. Ni heure de gloire, ni autosatisfaction, juste le sentiment de poursuivre le travail, et d’appartenir à une grande et belle famille. Car Vénissieux est une ville qui a, elle aussi, des racines : elle sait d’où elle vient, elle sait où elle va.

Je vous remercie.

Voir en ligne : sur le blog de Michèle Picard

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