AIRBUS : l’illusion capitaliste.

, par  pamillet , popularité : 7%

Il y a 20 ans, AIRBUS n’était pas une
entreprise leader mondial. Elle n’était
pas une entreprise “intégrée” au niveau
européen, mais un groupement d’intérêt
organisant la coopération d’entreprises
nationales dont les actionnaires étaient
principalement publics. Les états finançaient
largement de grands projets de recherche et
développement... L’Union Européenne ne
s’en était pas encore occupée !

Ce n’était pourtant pas une entreprise
“socialiste”. Elle exploitait le travail qualifié de milliers de salariés. Mais les profits étaient très largement réinvestis, ce qui a permis un réel développement. Cette
entreprise a connu de grand succès, a pu
concurrencer le leader mondial, elle est
devenue alléchante...

Après Maastricht, les dirigeants Français et
Européens se sont occupés d’AIRBUS. Le
gouvernement JOSPIN a privatisé EADS.
Avec les autres dirigeants européens, ils ont
décidé de créer une société anonyme, de la
privatiser, de centraliser les outils de gestion
et de décision. La règle du retour sur
investissement compatible avec les
exigences du capital financier s’est imposée
directement. Les états se sont déclarés
incompétents et les actionnaires privés qui
étaient censés prendre le relais ont
commencé à jouer au Monopoly...

Les problèmes ont commencé rapidement et
les dirigeants se sont mis à jouer
avec les difficultés plutôt que de travailler à
les résoudre. On sait qu’en bourse, quand un
cours d’action baisse, ceux qui savent
peuvent encore gagner ! Le journal La
Tribune titrait en septembre “Les comptes
d’EADS virent au rouge, son action
s’envole”
.

Les forces politiques pour qui la privatisation
n’était pas allée assez loin ont sauté sur
l’occasion pour dénoncer l’organisation
inefficace qu’ils avaient eux-mêmes mis en
place ! Ils veulent nous faire croire qu’Airbus
est en danger pour des raisons internes,
techniques et de direction. Mais les causes
réelles de l’incapacité d’Airbus sont plus
simples alors que le carnet de commande est
rempli pour plus de six ans :
- La privatisation et ses exigences
financières ont conduit à privilégier le court
terme sur le long terme. Les directions
n’étaient plus responsables de la croissance et
de la réussite technologique, mais
responsables de la rentabilité financière !
- L’Union européenne a servi comme
toujours de cache-sexe à la concurrence
intra-européenne, notamment franco-allemande.
L’organisation première d’Airbus
sous forme coopérative permettait de
réguler cette concurrence avec des
compromis "gagnant - gagnant". L’intégration dans une société anonyme
oblige au contraire à augmenter la marge
partout et à mettre en concurrence les entités
qui étaient autrefois en coopération !
- La centralisation des systèmes de gestion a
renforcé les logiques de pilotage "d’en haut"
au détriment des réalités de terrain. La
recherche de réduction de coût par les
contrôleurs de gestion groupe est devenue
prioritaire sur la recherche de la qualité et de
l’innovation.

Le résultat est sans équivoque, mais le plan
Power 8 propose d’aggraver encore la
financiarisation, l’intégration et la
centralisation du groupe. Pourtant le déficit
de 195 millions ne représente que 0,5% du
chiffre d’affaire de plus de 37 milliards
d’euros ! Ce n’est pas une telle catastrophe,
mais cela leur permet de décider de 10 000
suppressions d’emplois et quelques
fermetures de sites, ce qui va générer selon
eux 2,1 milliards d’euros à partir de 2010, et
5 milliards d’euros de trésorerie cumulée de
2007 à 2010 ! Voilà leur seul objectif ;
contre le développement d’Airbus, faire
gagner toujours plus les actionnaires privés
et publics qui ont voté le plan de
restructuration à l’unanimité
. Les cris
d’horreur des ministres et dirigeants devant
les conséquences sociales sont donc
indécents. Mais les réponses de la gauche et
de la droite restent dans le cadre de la
privatisation. Ils veulent nous faire croire que
la solution est soit dans le laisser-faire, soit
dans le financement du “ trou ”, soit dans le
compromis en Europe sur une autre
répartition des efforts !

La patronne du Medef dit clairement “il
n’appartient pas aux politiques de se mêler
de stratégie industrielle”. Autrement dit,
laissez-nous licencier tranquille ! Sarkozy à
répété le discours que lui avait chuchoté son
frère du Medef, avant de reculer
partiellement en évoquant nos impôts pour
aider au financement d’Airbus, c’est-à-dire
nous faire payer le coût de la restructuration.
Mais le PS est de fait sur la même longueur
d’onde en proposant un financement par les
régions et des négociations européennes !
Très fort pour un parti qui a dit OUI à toutes
les étapes de la construction européenne et
fait semblant de dénoncer l’Euro fort et le
rôle de la banque européenne !

Non, nous n’avons pas besoin d’un “état
providence ” qui viendrait boucher les trous
que les actionnaires privés ont laissé dans
une entreprise qui était florissante ! L’état
devrait être pour le peuple et pas pour les
actionnaires ! Il devrait être l’outil d’une
nation, de son développement technologique,
de la réponse aux besoins sociaux. Pour cela,
nous devons reprendre notre bien !
- Il faut libérer AIRBUS des intérêts
financiers et le renationaliser dans chaque
pays.
- Il faut libérer AIRBUS de l’Union
Européenne, mettre en place des outils de
coopération décentralisés entre pays
- Il faut libérer AIRBUS des contraintes
de rentabilité financière et décider
d’investissements massifs pour le
développement, la qualité, la performance
écologique...

AIRBUS est l’exemple de la contradiction au
coeur du système capitaliste entre le
développement et la destruction. Quand les
intérêts financiers l’exigent, le marché pousse
au développement, investit, surinvestit
même, et quand il faut réduire les coûts, le
marché détruit des usines, des hommes, des
régions...

Le cas AIRBUS oblige déjà les politiciens à
parler de ce qui est au coeur de la réponse au
besoin humain, l’industrie, la technologie et
l’emploi ! Il peut être l’exemple d’une lutte
qui aide à se libérer des dogmes capitalistes,
à reconstruire l’unité des travailleurs de tous
les pays.

Petit rappel historique pour ne pas oublier la responsabilité de la gauche plurielle...

- 15 février 1999 STRAUSS-KAHN et GAYSSOT se félicitent de l’accord avec Lagardère pour le rapprochement Aérospatiale
- 24 mai 2000 constitution d’EADS. FABIUS et GAYSSOT se félicitent de l’accord de la commission européenne pour la création d’EADS
- 10 juillet 2000 entrée en bourse d’EADS. STRAUSS-KAHN et GAYSSOT se félicitent du succès du lancement d’EADS, et tout particulièrement du succès de l’offre d’actions en France

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