Est-il possible de "dépasser le capitalisme" ?

, par  communistes, Pascal Brula , popularité : 5%

Le texte "La visée communiste" soumis à la discussion du 33ème congrès du PCF prétend rejeter une soi-disant "tradition étatiste du communisme historique" au profit d’un processus démocratique appelé le "dépassement du capitalisme". Qu’en est-il ?

Le texte "La visée communiste" développe une opposition simpliste entre une soi-disant "tradition étatiste du communisme historique" dirigiste et autoritaire qu’il conviendrait de jeter le plus rapidement possible à la poubelle en échange d’un simple baril de "dépassement du capitalisme" appelé à agir tout en douceur et démocratiquement. En fait, cette notion de "dépassement du capitalisme" cherche tout simplement à nier la réalité et notamment celle de l’existence de l’Etat et de l’importance de son rôle, rôle qui a pourtant été parfaitement analysé par le "communisme historique"... Celui ou celle qui a encore un peu de culture communiste dans ce parti, sait toute l’importance du rôle de l’Etat au service de la domination du Capital sur la société et sur les classes exploitées. Nier ce rôle ou penser que l’Etat serait une institution neutre relève d’un point de vue historiquement porté par les anarchistes ou les sociaux-démocrates. Se cacher l’importance de ce rôle, c’est créer des illusions et sur le fond, refuser de changer la société capitaliste. Tout cela a déjà été largement débattu dans le passé. Et il est stupide de penser que prendre en considération ce véritable obstacle au changement qu’est l’Etat au service du Capital relèverait d’une logique putschiste ou d’une "tradition étatiste du communisme" !

Une "logique putschiste" ?

En effet, cette caricature pousse à considérer que pour les communistes du 20ème siècle, il suffisait de s’emparer du pouvoir par n’importe quel moyen pour ensuite décider de manière autoritaire à la place des gens. C’est un raisonnement que l’on m’a allègrement déballé dans le cadre des discussions du 33ème congrès. Cette vision est parfaitement ridicule. Qui pourrait penser aujourd’hui et qui a pu penser hier que c’est comme cela que le communisme s’imposera un jour ? Personnellement, je n’oserais même pas caricaturer de la sorte la position de certains groupes gauchistes dont "l’infantilisme" a pourtant depuis longtemps été analysé par le "communisme historique" ? C’est ainsi que la direction actuelle du PCF cherche à supprimer toute référence au communisme en utilisant des méthodes dignes de son héritage stalinien (cf. le trucage du scrutin interne)...

A contrario, la direction du PCF prétend également s’attribuer, par l’intermédiaire des textes du 33ème congrès, tout le mérite d’une volonté de changement par la démocratie, intégrant les notions de bataille idéologique à l’opposé de cette fameuse "tradition étatiste du communisme historique" qui voulait bien sûr imposer par la force sa politique ! Mais ne serait-ce pas plutôt le "communisme historique" qui a définit ces concepts et les a affinés (on pourrait notamment citer Marx, Gramsci...) ? Le PCF du 20ème siècle n’a-t-il pas pris à bras-le-corps de telles batailles ? A l’inverse, ce n’est pas ce que nous démontre la direction actuelle du PCF dont la production et la participation à la bataille idéologique est d’une faiblesse inquiétante depuis plus d’une dizaine d’années (si l’on excepte l’intensité de la réflexion déployée pour justifier les renoncements de tous poils).

Oui, mener la bataille idéologique

La bataille idéologique est d’autant plus fondamentale que les communistes en général, et particulièrement les "communistes français historiques" se sont rendus compte depuis longtemps qu’un changement de société ne pouvait provenir que d’une volonté majoritaire du peuple de France et donc d’une prise de conscience majoritaire. Il faudra m’expliquer où est la "logique putschiste" de ce raisonnement. Si l’une des personnes soutenant la thèse que les communistes français ont défendue une "logique putschiste" au cours des cinquante dernières années a quelques notions d’histoire avec un grand H, qu’elle relise les textes des différents congrès du PCF...

Secundo, une politique communiste ne peut pas se découper en tranche, à savoir que la bataille idéologique viendrait après ou avant je ne sais quelle autre bataille. C’est dans l’action, dans la lutte anticapitaliste dont l’impulsion et l’organisation est du devoir de tout parti qui se dit communiste, que s’effectue la bataille idéologique et que se construisent les idées et les consciences nouvelles. Et ces idées s’appuient sur les acquis idéologiques que nous ont légués les "communistes historiques", et notamment le concept de lutte des classes. Rejeter en bloc toutes ces idées revient à nier tout héritage communiste et donc à rejeter toute identité communiste. Nier le rôle de l’Etat pour transformer la société capitaliste relève de cette logique et revient à faire la politique de l’autruche.

Le "dépassement du capitalisme" est une notion sociale-démocrate

On comprend alors pourquoi la notion de "dépassement du capitalisme" est une notion social-démocrate, car elle prétend ignorer le rôle de l’Etat qui est l’instrument du Capital pour maintenir sa domination de classe. Cette notion de "dépassement du capitalisme" escamote toute idée de rupture politique et économique et donc toute idée de prise du pouvoir d’Etat (jusqu’à preuve du contraire, c’est encore l’Etat qui a l’essentiel du pouvoir politique et conséquemment une grosse partie du pouvoir économique (maintien ou élargissement du secteur public, privatisation ou nationalisation, maîtrise banquière... etc)). Cette notion de dépassement évite donc toute idée de remise en question de la propriété privée des moyens de production et donc d’une véritable politique anticapitaliste au service de la grande majorité des travailleurs. Cette notion permet d’ailleurs de se passer de mener une véritable bataille idéologique et de ne pas s’impliquer dans les luttes plus que par un article dans l’Huma. Cette notion de "dépassement du capitalisme" peut d’ailleurs se conjuguer avec un PCF à 5% qui ferait alors ce qu’il "pourrait" et qui se satisferait de "petites avancées". Il pourrait se permettre d’être alors un club d’élus participant allègrement à toutes les aventures électorales du PS et de ses satellites (au fait, ce ne sont pas les élus du PCF à la Région - élus grâce au PS - qui dirigent la fédération du Rhône ?). C’est ainsi que le "dépassement du capitalisme" nous prépare à accepter une future participation gouvernementale archi-minoritaire du PCF qui pourrait se contenter de quelques miettes sociales ne pouvant faire le poids devant les mesures prises en faveur du Capital, ces quelques miettes étant analysées comme étant de grandes avancées "citoyennes". Le changement anticapitaliste de société serait alors remis aux calendes grecques...

Pour résumer :

- il y a bien un problème lié à l’existence de l’Etat, problème qu’il ne faut pas ignorer, mais qu’il faudra obligatoirement résoudre pour créer un véritable changement établissant une société non capitaliste,
- ce n’est pas parce que l’on prend en compte ce problème que l’on est pour une "logique putschiste",
- non, le communisme du 20ème siècle et a fortiori le PCF n’ont jamais été prisonniers d’une tradition étatiste (ce n’est qu’un prétexte pour jouer la politique de l’autruche et nier le rôle de l’Etat),
- au contraire, le PCF du 20ème siècle a défini en son temps un socialisme aux couleurs de la France basé sur une prise de conscience majoritaire (il a même un temps parlé d’autogestion),
- oui, être au gouvernement c’est avoir les pouvoirs politiques et économiques nécessaires pour transformer la société capitaliste nationale (si cela n’a pas été réalisé par la gauche au pouvoir, c’est que le PS était majoritaire, que c’était sa politique qui était menée et que ce parti est un parti social-démocrate, c’est-à-dire un bon gestionnaire du capitalisme)
- les textes proposés par la direction du PCF nous poussent à renier notre identité communiste,
- la notion de "dépassement du capitalisme" amène le PCF à participer à un gouvernement de "gauche" quelque soit son poids électoral et à se soumettre à une gestion sociale-démocrate,
- à terme, c’est l’existence même du PCF en tant que parti révolutionnaire (le terme de révolution n’ayant rien à voir avec le débat violent/non violent, mais étant pris depuis longtemps comme remise en cause du capitalisme) qui est sur la sellette...

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