Journée populaire avec André Gerin, Georgios Toussas, Annie Lacroix-Riz à Strasbourg samedi 30 janvier Compte-rendu de GQ

, par  communistes , popularité : 10%

Photo : Georgios Toussas, l’interprète du grec au français (bravo à lui !) , André Gerin.

Hier samedi 30 janvier 2010 se tenait à la maison des associations place des Orphelins à Strasbourg la journée populaire de la section d’Illkirch du PCF du Bas Rhin. Jean Claude Korde, Jean Pierre Djukic et les camarades alsaciens nous ont accueilli chaleureusement et se sont mis en quatre pour réussir l’événement. Ils ont du faire face, il faut bien le dire, à l’inertie pour ne pas dire plus de leur propre fédération, qui a refusé toute participation financière, et dont aucun représentant n’eut le courage de venir débattre d’éventuels désaccords avec André Gerin, Georges Tourras (député européen, membre du KKE grec) et Annie Lacroix-Riz, dont les interventions ont rythmé la journée. Les DNA qqui monopolisent l’info dans la région n’ayant pas relayé l’événement non plus, la section a été réduite à ses seuls moyens pour communiquer. Le résultat dans ces conditions est plus qu’encourageant : 25 participants le matin, 45 l’après midi. Il y a longtemps qu’une organisation du PCF n’a pas réuni autant de monde en Alsace. La qualité était au rendez-vous, les questions étaient nombreuses, le débat enrichissants. C’est la preuve de ce que peut réaliser avec la volonté de lutte une section populaire du PCF qui n’a pas peur d’afficher dans les rues de la conservatrice Alsace les emblèmes révolutionnaires des communistes : faucille et marteau. Le programme était le suivant.

Affiche-lien crée par El Diablo sur son blog pour le visiter cliquer ici :

André Gerin (10:00-12:30)

Député à l’Assemblée Nationale, ancien Maire de Vénissieux

“Et si le Capitalisme avait fait son Temps ?”

André Gerin est intervenu sur le thème de son livre publié aux éditions Le temps de Cerises « Et si le capitalisme avait fait son temps ? ». Il ne pose plus de point d’interrogation. Le capitalisme peut encore durer, mais il ne peut maintenant que provoquer des régressions. Il a dénoncé exemples d’actualité à l’appui le capitalisme du désastre qui représente un défi à la civilisation, au sens des progrès acquis par les peuples au cours de siècles de luttes. Haïti détruit par le capitalisme autant que par le tremblement de Terre, en proie l’année dernière aux émeutes de la faim. Il a comparé les 600 millions débloqué au niveau mondial pour la crise alimentaire de 2008 aux 800 milliards utilisés pour détruire l’Irak depuis 2003. Il a dénoncé le capitalisme de la mondialisation de la finance, du jeu, de la drogue, de la destruction des services publics qui écrase les individus, les peuples et les pays et souligné le fait qu’il n’y a pas de résignation, pas de fatalité : en France des dizaines de couches sociales, les plus variées, parfois le plus sages jusqu’à nos jours, sont entrées en lutte depuis deux ou trois ans, et le mouvement LKP en Guadeloupe, où le rôle des communistes est important, indique la voie d’une convergence. Mais il s’est construit en dix ans, et il faut reconstruire la lutte contre le capitalisme ici aussi. Il suggère un nouveau type de société où le profit cesse d’être le critère de jugement et d’évaluation de toute l’activité humaine, il propose l’autogestion, le reversement de la dictature de la finance par l’alliance des ouvriers, techniciens, cadres, patrons de PME rejetés de tout processus de décision et devenu des kleenex. Il faut relancer la lutte des classes dans l’idéologie en remettant en cause la dégradation de l’existence qu’on veut imposer aux gens, il faut sortir de la concurrence et de la compétitivité, de cette conception inhumaine de la vie où l’individu devient une entreprise, son existence un capital. Bref il est plus temps que jamais de « sortir de la préhistoire ».

Georges Toussas, invité surprise, député au parlement européen membre du CC du KKE,

Georges Toussas, invité surprise, député au parlement européen membre du CC du KKE, orateur vibrant, s’exprimant en grec a présenté l’analyse de la situation générale et en Grèce de son parti. Le KKE considère que le capitalisme est néfaste aux exploités en tous temps, pas seulement en temps de crise, et qu’il ne faut pas se borner à des mesures contre les excès du capitalisme financier comme le voudrais la "gauche". Il a mis en garde contre le comportement irresponsable de la gauche opportuniste grecque au moment des émeutes qui ont accompagné le puissant mouvement de la jeunesse grecque en décembre 2008, tout en se montrant ouvert à toutes les composantes politiques authentiques de cette révolte. Il a présenté le « PAME », un front syndical impulsé par le KKE qui regroupe les syndicats et les fédérations syndicales de combat, malgré l’obstruction des confédérations qui soutiennent les mesures antisociales du gouvernement socialiste, en allant jusqu’à tenter de briser la grève du 17 décembre en la déclarant illégale. Le PAME prépare une nouvelle grève générale le 10 février, et refuse les discussions proposées par les socialistes au pouvoir, qui ne sont que des discussions sur ce que les travailleurs vont perdre ! Son parti relance la lutte révolutionnaire contre le capitalisme en se basant sur une critique constructive de l’expérience des pays socialistes européens et remettant en cause radicalement l’alliance avec sociaux démocrates, libéraux et même « opportunistes » c’est-à-dire communistes repentis, partisans d’un « linke » regroupé dans l’orga Syriza (sorte de fourre-tout genre « collectifs antilibéraux ») lointain descendant des eurocommunistes des années 1970).
Intervention de Georges Toussas, député communiste grec au parlement européen, à la journée populaire de Strasbourg organisée par la section d’Illkirch du PCF

Annie Lacroix-Riz (14:30-17:00) Professeur d’Université, Historienne

“Crise du Capitalisme et Classes Dirigeantes : l’Exemple des Années 1930”

photo Annie Lacroix-Riz, Jean Claude Korde

Le Choix de la défaite, les élites françaises dans les années 1930 2nde édition par Annie Lacroix-Riz

Annie Lacroix-Riz, historienne, professeur à Paris VII, en évoquant la nouvelle édition de son ouvrage « le choix de la défaite » a récusé d’emblée ceux qui l’accusent de propager des théories du complot : « je ne vois pas des complots partout mais les complots existent et quand j’en trouve un je le dis ». Elle déclare démontrer scientifiquement, archives à l’appui, que les classes dirigeantes ont consciemment et délibérément organisé la défaite de mai 1940 et préparé le gouvernement de Vichy bien avant la guerre, au moins depuis 1934. C’est essentiellement l’action d’un réseau non officiel mais de notoriété publique avant guerre et bien documenté dans les sources (entre autres) de la préfecture de police, la « synarchie », proches des milieux du comité des forges (ancêtre de l’UIMM dont, au fait, où sont passés les 600 millions d’euros destinés à « fluidifier les relations sociales » qu’on cherche en vain depuis l’automne 2007 ? ndgq) et des actionnaires majeurs de la banques de France, dont l’ingérence dans la politique économique et étrangère est évidente (le ministre des finances ne pouvait pas être choisi, dans les faits, sans leur aval). Ce réseau était largement pénétré des influences italiennes dès les années vingt, et allemandes après la prise du pouvoir par Hitler en 1933. Les traces de leur action subversive abondent dans les archives maintenant accessibles.

L’histoire universitaire actuelle semble incapable de profiter de l’ouverture des archives, semble tétanisée devant le risque de déplaire aux mécènes et aux fondations dont le rôle s’accroit tous les jours, et qui ont des agendas idéologiques.

Ces milieux ont continué de génération en génération à jouer un rôle politique (Sellière, héritier de De Wendell, Le Hideux au FN). La synarchie finançait la presse, y compris socialiste, finançait les ligues fascistes, et recyclait l’argent allemand et italien. Seule la presse communiste ne recevait pas d’argent du capital, ce qui justifie l’aide que lui apportait l’Internationale. Le fascisme italien est pour la synarchie un modèle de modernité et de gouvernance. Et de fait, il avait par La Cagoule des prolongements terroristes. Très peu de représentants de la haute bourgeoisie peuvent, dit-elle en réponse à une question, être qualifiés de « bourgeois patriotes », peut être Herriot, Barthoux, (probablement assassiné pour cela). La bourgeoise semble avoir essayé entre 1920 et 1950 toutes les solutions sauf De Gaulle, au point de passer sans transition de la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance étasunienne sans aucun état d’âme (parfois pratiquant les deux à la fois). Notez que le concept de « collaboration économique » est refusé par de nouveaux historiens sponsorisés par les entreprises mêmes dont-ils veulent écrire l’histoire.

Annie Lacroix-Riz conclut en soulignant l’importance du statut de la fonction publique et de la lutte pour le défendre, ainsi que l’enseignement de la discipline dans le secondaire. Seul ce statut et ce métier peut donner au chercheur à contre-courant le minimum d’indépendance nécessaire pour ouvrir ces questions.

Compte rendu de GQ, 31 janvier 2010. Remerciements à Jean Claude, Jean Pierre, Bernard, Solange, Julien, et à tous les camarades de la section d’Illkirch. Vive l’Alsace communiste !

Voir en ligne : sur le site reveil communiste

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