LA LOI BACHELOT DANS LA CONTINUITÉ

, par  Pascal Brula , popularité : 2%

Désormais, avec la loi Bachelot,
le "Service public hospitalier"
disparaît au profit des
"Etablissements de santé" au
nom de la "convergence
public-privé" ou dit autrement, au nom
de la concurrence déloyale entre le
public et le privé. Cette loi a pour but de
donner le coup de grâce à l’Hôpital
public en poussant aux "regroupements"
(comprendre suppression de sites et
capacités d’accueil) et en accélérant les
suppressions nettes d’hôpitaux de proximité,
donc en supprimant des postes
(20 000 au niveau national d’ici 2012),
en imposant une gestion "rentable" avec
des économies budgétaires assassines
(anticipées en région parisienne avec 45
millions d’euros en moins par an depuis
4 ans et 100 millions programmés pour
2009)… Enfin, des structures autoritaires
et centralisatrices, les ARS (Agences
Régionales de santé), seront chargées de
faire passer la pilule, avec des directeurs
jouant un rôle de préfets sanitaires nommés
par le conseil des ministres et chargés
de recruter des "chefs d’entreprises"
aux ordres en lieu et place des directeurs
d’hôpitaux. Bref, cette loi, chargée de
faire mettre un genou en terre à la santé
publique, celle qui fait s’étouffer les
capitalistes depuis la Libération, est
dans la continuité des politiques menées
depuis 25 ans par les gouvernements
successifs.

Un rejet unanime

Devant les enjeux de cette loi, les réactions
ont été nombreuses. Parmi d’autres,
un appel de 25 professeurs de
médecine de l’Assistance publique-
Hôpitaux de Paris " contre la mort de
l’hôpital public " circule depuis avril
dernier. Les 25 dénoncent très fermement
la logique de rentabilité financière
qui prévaut sur la logique de soin et exigent
la "suppression du volet hospitalier
de la Loi Bachelot". Pour eux "le maître-
mot n’est plus la santé mais la rentabilité.
La préoccupation centrale n’est
plus le malade mais le compte d’exploitation
de l’hôpital. Et les premières victimes
en seront les patients et les
soignants". Depuis le début de l’année,
cette loi fait l’unanimité contre elle, et le
monde hospitalier a fortement contribué
aux manifestations du printemps. Mais
cela n’a pas été suffisant. La bataille doit
continuer et s’élargir à l’ensemble des
travailleurs et des usagers.

Et à Lyon ?

Serait-ce le point de départ du démantèlement
des HCL (Hospices Civils de
Lyon) ? En réalité, la destruction a commencé
depuis bien longtemps, notamment
avec le plan Noir hospitalier des
années 90. Récemment, G. Collomb
s’est plutôt frotté les mains de la disparition
de l’Antiquaille et Debrousse, deux
hôpitaux tellement bien situés à flanc de
colline qu’ils ont été offert en pâture à
deux opérations immobilières de grand
luxe, comblant d’aise les promoteurs.
D’ailleurs, la loi Bachelot à peine votée,
le maire de Lyon, de fait président des
HCL, vient d’entériner la fermeture de
l’hôpital de l’Hôtel-Dieu en centre ville
de Lyon. Et la boucle est bouclée : rappelons-
nous des années 90. En 1989,
Michel Noir aussitôt élu maire de Lyon,
lance un audit du secteur hospitalier qui
servira à échafauder son "plan stratégique
1993" prévoyant un saccage sans
précédent des HCL. Ce plan met en
application la réforme hospitalière de
1991 créée par le PS (le PCF vote contre)
 ; le ministre de l’époque, J-L Bianco
(PS) adresse même une lettre de félicitation
à Noir pour sa mise en oeuvre exemplaire
de la réforme. Aujourd’hui, la
fermeture de l’Hôtel-Dieu est l’aboutissement
du plan Noir contre lequel
Collomb avait fait semblant de s’ériger !

Le PS pionnier…

En réalité, le point de départ de la guerre
contre le Service public hospitalier
date de 1984 (G. Dufoix, PS, ministre de
la santé) avec le financement par la
Dotation Globale chargée de serrer la
ceinture des hôpitaux, avec le forfait
hospitalier payé par les usagers et avec
le rapport de l’IGASS (Inspection générale
des affaires sanitaires et sociales) de
1985 qui trace les grandes orientations
de l’avenir : productivité et rentabilité à
tous les étages. En 1987, un autre rapport
commandité par la ministre de
Chirac, M. Barzach, complète le précédent
par des "outils" de gestion hospitalière
 : recherche de productivité,
flexibilité du personnel, souplesse des
statuts, investissements privés, "collaborations"
public/privé, culture d’entreprise…

Le rapport Seguin en rajoute
une couche : réduction des capacités
hospitalières, suppression de services,
réduction d’effectifs, mise en concurrence
avec le privé… Des années Chirac
(1986-88) ne naîtra aucune discontinuité
dans la politique de santé avec toutes
les années PS qui donneront le jour à
deux plans particulièrement destructeurs
 : 1985-89, le 9ème plan supprime
40 000 lits et autant de postes, 1989-
1994, le 10ème plan prévoit 60 000 lits
et 100 000 postes en moins. Cette
logique aboutira à la loi portant "réforme
hospitalière" de 1991 promulguée
par le PS, première loi chargée de saper
le Service public hospitalier.

Parallèlement, Rocard créera la CSG,
première attaque de fond contre la
Sécurité sociale et son principe de
financement. Depuis, sont venues se
rajouter la réforme Juppé en 1996, la
restructuration hospitalière de 1999 (M.
Aubry), le rationnement des soins
(Douste-Blazy, 2004) et enfin la loi
Bachelot. Dans un récent rapport du
Conseil Economique et Social, 380
hôpitaux et cliniques correspondant à 83
000 lits (soient 15%) ont disparu entre
1992 et 2003.

Quelle résistance ?

Comment résister à ce tsunami créé par
la reprise en main des acquis sociaux
par le Capital ? Les communistes ont la
responsabilité d’être au coeur de la
bataille pour organiser la lutte avec la
population : aucune décision contraire
aux intérêts de tous ne peut résister à un
puissant mouvement d’opinion. Enfin,
pour ouvrir des perspectives politiques,
les communistes ont le devoir de faire
converger les luttes vers la remise en
cause du capitalisme et de créer les
conditions pour que ces luttes servent au
rassemblement le plus large du peuple
de France, loin des logiques d’appareils,
d’union de "sommet" ou de groupuscules.

Annonces

Sites favoris Tous les sites

9 sites référencés dans ce secteur

Brèves Toutes les brèves

Navigation