Libérer le mouvement social de ses hésitations ! Soutien aux grévistes de TOTAL

, par  pamillet , popularité : 7%

Après l’échec des grandes manifestations de 2009 qui ont laissé le mouvement populaire démuni face à la crise, les luttes sociales qui se multiplient sont toutes confrontées à cette contradiction que vivent les salariés de TOTAL. Chaque fois qu’il faudrait "mettre le feu" aux luttes, favoriser leur convergence, leur renforcement, ouvrir des fronts de résistance durables, concentrer les rapports de forces pour faire reculer les pouvoirs une bonne fois, même si c’est localement, toutes les forces médiatiques, politiques et syndicales cherchent le compromis, le consensus, et le grand sujet à la mode est de savoir si Thibaud arrive à peser sur Sarkozy plus fort que Parisot !

La grève des raffineries est un nouvel exemple qui peut servir de leçon au monde du travail. Comment sortir de l’échec syndical, social et politique ?

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Depuis des années, les grands groupes pétroliers réduisent leur capacité de production en Europe, ce qui contribue à maintenir sous tension le marché du pétrole et favorise la spéculation pour faire payer aux salariés des taux de profits toujours plus élevés.

En France, le nombre de raffinerie a été divisé par deux, et alors que la demande se déplaçait vers le diesel, aucun investissement n’a été fait pour y répondre. Les pétroliers font tourner leurs raffineries pour alimenter le marché US en essence, et importe le diesel nécessaire.

La raffinerie de Dunkerque était en arrêt technique qui se prolongeait, mais le 12 Janvier la direction annonce que c’est la fin... Grève sur le site, émotion, les interventions syndicales et politiques juqu’à l’appel à la grève le 19 février sur l’ensemble des raffineries de TOTAL. Grève immédiatement très forte...

Tout le monde sent que c’est un évènement, qui pourrait faire tâche d’huile, chez les autres pétroliers, le secteur de la chimie... et les thèmes classiques des grandes luttes sociales apparaissent dans les médias ; "quelques dizaines de grévistes encartés" dénoncés par le Figaro, et le grand classique pour faire peur "rupture d’approvisionnement des stations essence, faites le plein, remplissez les bidons..." Tout cela à quelques jours des élections régionales !

Et la pression monte. Dans une déclaration de la CGT du 22 février, on lit que "Les négociations engagées hier dimanche au siège de Total à la Défense se sont soldées par un échec en fin d’après-midi. "Les négociations sont rompues, nous n’avons que des propos verbaux et pas d’engagement de la part de la direction", Mais quelques instants plus tard, le ton change pour annoncer le recul de la direction avec le CCE qui doit évoquer l’avenir de Dunkerque et du raffinage avancé du 29 au 8 mars... avec le même ordre du jour.

Et un "accord" entre la CGT et TOTAL est annoncé le 24 février. Comme sans doute beaucoup de militants, je comprends que la CGT a obtenu le maintien de tous les sites pendant 5 ans, et je suis prêt à applaudir à ce qui serait un premier recul. La grève s’arrête dans les autres sites.

Mais vérification faite, j’avais mal compris... Car la direction nationale de la CGT a de fait accepté pour "maintenir" les 4 autres sites, de lâcher celui de Dunkerque ! Le journal ’humanité a d’ailleurs fortement contribué à ce "flottement" dans l’information puisqu’il titre le 24 Février "Total. Premiers acquis : la fermeture de 
la raffinerie des Flandres est gelée", pour ensuite préciser dans le texte que, non, la fermeture est bien maintenue, mais que tout sera discuté au prochain CCE...

Pour les 380 salariés, comme le dit tout de suite le Monde, "l’espoir s’est toutefois dissipé depuis que les autres raffineries ont repris le travail, éloignant les risques de pénurie. On affirme se battre désormais pour que Total apporte un projet viable susceptible de garantir leur emploi à Dunkerque". Le délégué CGT du pôle chimie de Dunkerque confirme "Nous sommes seulement prêts à accepter l’arrêt de la raffinerie si un véritable projet industriel est proposé. Pas ces histoires de centre de formation ou d’intervention technique qui ne sont pas crédibles".

Fin de cette (première ?) étape... Pas de blocage, pas d’affrontement, le groupe TOTAL dont on disait que la communication était franchement mauvaise, a réussi un coup de maitre. Le premier groupe privé Français réalisant chaque années près de 10 milliards de profits peut fermer un site sans autre émoi que le crique médiatique qui permet aux candidats aux régionales d’assurer le monde du travail de leur soutien, à Sarkozy de prendre la pause du défenseur de l’industrie, et tout le monde derrière Borloo constatant a quel point il va falloir changer pour la nouvelle économie verte. Les médias évoquant même à propos du pétrole une "nouvelle sidérurgie" !

Visiblement, même leçon qu’en 2009 avec les européennes, les stratèges syndicaux sont plus préoccupés par la prochaine journée électorale que par la victoire sociale ! Et ce 28 Février, pas un mot sur la page d’accueil du site Internet de la CGT... dernière info du 22 février sur le CCE avancé au 8 mars... Visiblement, pour la CGT, ce n’est pas ce qui compte dans l’actualité !

Reste à négocier le prix de la fermeture... De toute façon, ils sont prêt à payer le prix qu’il faut pour imposer leur choix industriels et économiques. On espère bien sûr que les salariés de Total toucheront le maximum dans cette situation, mais si on prend le temps de bien réfléchir...

Si le cirque médiatique semble avoir écrasé la colère des salariés de Dunkerque, (pas si sûr d’ailleurs, on verra demain lundi... ), de plus en plus de salariés peuvent se poser plus clairement la question...

Est-ce qu’on peut se contenter de quelques jours de pression avant une rencontre de dirigeants syndicaux avec des dirigeants patronaux qui ressortent avec ce genre d’"accord" ? Est-ce qu’on peut continuer longtemps à jouer le chacun pour soi ? le chacun son tour ?

On sait tous que la lutte est difficile, mais dans le cas de ce grand groupe, capable de payer depuis des mois ses salariés grévistes ou pas, capable, comme le dit le délégué CGT de Dunkerque de les payer pour rien pendant 5 ans, qu’est-ce qui est vraiment difficile ? L’expérience le montre clairement, ce qui est le plus difficile, c’est d’avoir des dirigeants dont la première responsabilité est de faire grandir la résistance, de faire monter les rapports de forces, de ne rien céder dans les bureaux qui ne soit acté sur le terrain sur la base de réels avantages pour le monde du travail. Quand une lutte démarre pour refuser la stratégie de fermeture industrielle, ce qui est très difficile, c’est d’avoir des dirigeants qui portent partout et tout le temps ce refus de la fermeture des sites industriels.

En Grèce comme en France, ce dont a besoin le mouvement social, c’est de reprendre possession des ses organisations historiques, au plan syndical comme au plan politique, c’est de se choisir de nouveaux dirigeants porteur des seuls intérêts du monde du travail.

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