Nous ne rêvons pas du retour à la nature, nous portons l’espoir d’une culture humaine libérée !

, par  pamillet , popularité : 4%

L’écologie est l’enjeu d’une bataille d’idée phénoménale... tout le monde en fait ou s’en réclame, et le plus souvent, les coupables sont les consommateurs, les habitants, pendant que se développe un véritable marché de l’écologie avec ses grandes entreprises et ses budgets publicitaires.

Nicolas Hulot dans ses films nous alerte avec gravité et efficacité sur la réalité des risques environnementaux, mais il conclu par un « chaque geste compte », sans jamais évoquer les formidables intérêts financiers qui dominent l’organisation du monde ; industrie, recherche, institutions internationales, gouvernements ! Loin de la responsabilité individuelle qui ne peut se construire que dans la conscience de notre responsabilité collective, il contribue à la culpabilisation qui éloigne cette prise de conscience, cultive les peurs qui enferment dans la nostalgie, le conservatisme.

Beaucoup de projets de « développement durable », notamment urbain, ou de micro-économie, de réutilisation de déchets... sont passionnants de créativité humaine et technique. L’humanité a dans ses mains les moyens de résoudre les défis de la maîtrise de ses conditions de vie et de développement sur terre ! Mais ces projets ne sont toujours qu’à la marge du système, montrant qu’il est techniquement possible de faire autrement sans jamais dénoncer les logiques politiques qui dans le même temps aggravent la crise écologique. Prenons l’exemple de la ville ! Nous savons « fabriquer » une ville humaine, économe de transport, d’énergie, prenant en compte l’eau, les déchets, le bruit... Mais les politiques publiques libérant la spéculation foncière continuent d’éloigner des agglomérations les maisons individuelles qui gaspillent l’espace, le temps, l’eau et l’énergie ! Cet exemple éclaire le lien structurant entre les logiques économiques qui repoussent les salariés des centres villes et le rôle idéologique de l’écologie consensuelle, faisant de la ville le symbole de la société invivable et idéalisant une ruralité nostalgique.

Pour éclairer pourquoi l’engagement de N. Hulot ne conduit pas à une critique « anticapitaliste » du monde, ce qui le rend aisément « utilisable » par les forces les plus réactionnaires, il faut dénoncer la confusion que porte le discours politique des « verts » sur ce qu’est la nature, notamment quand il oppose la dureté de la société d’aujourd’hui à l’idéal que représenterait une nature qu’il faudrait conserver. Mais la nature de la nature, c’est justement la sauvagerie, la loi de la survie ! Au fil de son histoire, l’humanité sort de cette survie en construisant ses conditions de vie par le travail. L’homme se différencie de l’animal par ce qu’il faut bien appeler par son nom, le progrès ! Il construit quelque chose qui n’est plus la nature. Les paysages montagnards que des randonneurs citadins considèrent comme la nature sont le résultat de siècles de présence humaine ! L’espace humain, son avenir ; ce n’est pas la nature, c’est la culture, de la terre et des têtes !

Mais si le capitalisme a utilisé fortement les progrès techniques pour apparaître, accumuler des richesses jusqu’à devenir dominant, il n’a pas d’autre logique que lui même et ne peut laisser se développer le « progrès » dans le sens de la culture humaine. Comme le dit le Pdg de TF1, le marché n’a besoin que de temps de cerveau disponible ! Il maintient l’homme dans la soumission à cette nature sauvage qu’est le capitalisme, ce que Marx appelle la préhistoire de l’humanité !

C’est ainsi que la plupart des décisions prises au nom du développement durable aboutissent au renforcement du capitalisme et donc des gâchis environnementaux.
- Les accords internationaux sur les « droits à polluer » permettent aux USA d’acheter le droit à polluer de l’Afrique freiné dans son droit au développement économique pour laisser les occidentaux gaspiller l’énergie ! On ne peut sortir des formidables gâchis sociaux et environnementaux dans le cadre des rapports coloniaux !
- Après avoir vanté les agro-carburants comme substitut au pétrole, notamment dans les conseils régionaux gérés par la gauche et les verts, on découvre leurs conséquences écologiques et sociales avec l’explosion du prix des produits alimentaires. Tous les grands pétroliers investissent des milliards sur ces marchés et Fidel Castro, dans un discours à l’ONU, dénonce l’accord que les USA ont signé avec le Brésil pour des millions d’hectares qui font monter le prix des céréales et provoquent des émeutes de la faim au Mexique ! L’écologie politique est soluble dans le capitalisme, elle en est même un des outils !
- On parle d’énergie verte à propos des cellules photo-voltaïques sans jamais s’interroger sur les conditions écologiques et sociales de leur production, à propos des éoliennes sans évoquer l’utilisation de l’aluminium énorme consommateur d’énergie, mais on refuse le nucléaire qui est pourtant l’enjeu immédiat de la réduction des gaz à effet de serre ! Les gouvernements se servent des énergies dites alternatives pour dé-réglementer le marché de l’énergie, privatiser, casser le service public, et nous payons dans nos factures EDF les profits des producteurs privés « verts » auquel EDF est obligé d’acheter l’électricité plus chère qu’elle ne la vend !
- La recherche qui affiche en permanence les objectifs « environnementaux » est pilotée toujours plus directement par les entreprises contre la recherche publique dont les financements et l’organisation sont remis en cause. Pour décider d’un développement « durable » « équitable », il faut pouvoir décider de son contenu ! Mais qui décide d’investir ou non dans l’acier, dans le plastique, dans l’aluminium, dans le bois ?

Décidément, si l’écologie est une science indispensable à l’humanité, elle ne pourra prendre tout son sens de civilisation qu’en contribuant à sortir du capitalisme. C’est même l’avenir du développement scientifique, car les formidables acquis de la science et des techniques ne peuvent avoir que deux usages... celui des priorités militaires et policières que lui donnent le capitalisme ou celui de la maîtrise des conditions de vie de l’humanité sur la terre... et dans l’espace ! Nous n’avons pas le choix. La sortie du capitalisme ne se fera pas dans le retour au passé, dans la nostalgie du village gaulois et du circuit court en économie, elle ne se fera pas sans un formidable développement en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique de la réponse aux besoins humains et sociaux pour se loger, se nourrir, se déplacer, communiquer, se cultiver, voyager. Pour cela, il faudra une décroissance radicale de la marchandisation, des économies parasitaires de la finance, de la publicité, des armées, et une croissance radicale des industries permettant de répondre aux besoins sociaux, en réduisant radicalement le temps de travail pour libérer des millions d’énergies culturelles !

Dans sa longue histoire d’insoumission à la nature, quand l’humanité débarrassée de l’argent roi sortira de la préhistoire de la loi naturelle du marché, elle pourra maîtriser ce progrès historique de la culture comme seul moyen et but de civilisation ! Non seulement, nous ne rêvons pas du « retour à la nature », mais nous portons au contraire l’espérance d’une révolution qui en libérant l’homme du marché lui permette de construire enfin ses conditions d’existence, un espace humain libéré de la lutte pour la survie, une culture !

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