Oui, se rassembler contre la violence ! Réponse à l’appel de Patrick Braouezec

, par  pamillet , popularité : 6%

Le peuple de France souffre. Comme sur toute la planète les inégalités et les violences que génèrent un capitalisme tout puissant se renforcent.

Des résistances existent, notamment dans les pays du Sud qui (re)conquièrent leur autonomie politique dans des situations nationales spécifiques à chaque pays, et réouvrent l’espoir d’un nouvel internationalisme.

Dans les pays occidentaux, la crise politique a durement touché les organisations syndicales et politiques, mais, notamment depuis 1995 en France, des luttes de résistance réapparaissent, parfois partiellement victorieuses comme pour les cheminots ou le CPE, souvent sans succès comme pour la Sécu ou les innombrables fermetures d’usines.

La recherche d’une issue politique devant l’affaiblissement continu des forces militantes et notamment du parti communiste a conduit a de multiples initiatives, parfois convergentes, mais souvent contradictoires. Une divergence apparait plus clairement depuis 2002 entre les tenants d’une "nouvelle radicalité" dont le courant refondateur est porteur au sein du PCF, et des points de vues retrouvant les sources du marxisme et insistant sur la reconstruction d’un parti communiste.

Cette divergence est apparue très fortement à propos de la constitution européenne. Quelques leaders alter-mondialistes l’ont soutenus et beaucoup dont la direction du PCF ont appelé à "une autre union européenne". La puissance du vote NON dans les milieux populaires a révèlé l’importance du cadre national comme espace de défense des intérêts de classe du monde du travail, et des forces nombreuses se prononcent contre la poursuite de la déconstruction de ce cadre national que représente les institutions de l’Union Européenne.

Cette divergence traverse le parti communiste et marque notamment la préparation des élections présidentielles entre ceux qui se prononcent sans hésitation pour une candidature commune "alter-européenne" tournée vers le parti de la gauche européen et des communistes qui de manière diverses et même divisées expriment l’importance d’une candidature (issue) du parti communiste.

Cette longue introduction est essentielle pour comprendre le contexte de la lettre de Patrick Braouezec à Marie-Georges Buffet appelant à condamner André Gerin.

André Gerin et Patrick Braouezec

Les deux députés sont membres du groupe PCF à l’assemblée, élus de deux circonscriptions populaires symboles des ex-banlieues rouges et de la crise sociale actuelle : St-Denis et Vénissieux.

Patrick Braouezec écrit à la secrétaire nationale du PCF pour lui demander de "condamner publiquement avec force et détermination" les propos tenus par André Gerin dans un "appel à la population" distribuée aux habitants de Vénissieux et repris dans l’humanité du 29 Novembre.

Il dénonce une attaque en règle contre ces jeunes et ces quartiers dans un texte qui

joue sur les peurs, assimile tous les jeunes à des délinquants potentiels [...] a des relents de patriotisme d’un autre âge, tient pour postulat qu’une simple attitude délinquante devient forcément criminogène

La lettre de Patrick Braouezec ne cite pas d’extrait particulier. Il parait donc utile de chercher quels passages peuvent mériter une telle interprétation. L’appel n’étant pas si long, voici le texte présenté sous forme d’affichette sous le drapeau et la devise républicaine :

L’heure est à la résistance républicaine et au courage civique

La population, les femmes, les hommes, les jeunes en ont marre
des voitures brulées, des feux de poubelles et des abribus cassés.

ARRÊTE de jouer le voyou
de jeter des cailloux
tu peux devenir criminel
Les habitants en ont marre, ils vont en devenir fous,

NE TE FAIS PAS AVOIR PAR les trafiquants,
les mafieux,
les intégristes,

Cette poignée d’individus qui pourrit la vie de la cité.

Refuse la violence, c’est l’enfer.

ARRÊTE de valoriser Sarko
de travailler pour les fachos

C’EST TOUT “BENEF” POUR LE PEN

“J’appelle chaque force sociale, syndicale, religieuse, politique,
à se mobiliser, à se rassembler, pour dire NON à la violence,
Pour vivre libre, étudier, créer, travailler en sécurité dans la cité,
Pour le respect des lois, de la dignité humaine, de tout ce qui
se réalise chaque jour de positif au service de la collectivité et
de ses habitants.

J’appelle à briser la loi du silence (OMERTA) quand la vie
d’autrui est en danger.

J’appelle à l’engagement citoyen des Vénissians, au réveil
démocratique”.

LA VIOLENCE NE PASSERA PAS

On peut discuter de la forme, du style et du fonds.

Mais comment assimiler ce texte comme le fait Braouezec aux délires racistes de Georges Frèche dénonçant le "trop de noirs" dans l’équipe de France de football ? Pourquoi ne pas relever que ce texte est centré sur la bataille contre Sarko et Le Pen ?

Comment dire que cette lettre traite tous les jeunes de la même manière quand elle commence par dire au contraire que La population, les femmes, les hommes, les jeunes en ont marre des voitures brulées
...

Et quel "patriotisme d’un autre age" veut dénoncer Braouezec ? Le fait d’utiliser le drapeau tricolore ? la devise " liberté égalité fraternité" ? la conclusion du texte appelant à l’engagement citoyen, au réveil démocratique ?

La réalité de la violence et l’urgence de rassembler les habitants

La situation sociale et urbaine à Saint-Denis est certainement très proche de celle de Vénissieux. En tout cas, voici quelques chiffres à Vénissieux pour le mois de Novembre :
Du 22/10 au 5/11 (2 semaines)
- 58 caillassages de véhicules
- 28 Incendies de poubelles
- 118 incendies de véhicule

Certes, les médias en ont parlé, et même d’ailleurs par anticipation.

Mais est-ce un accès de fièvre vite oublié ? Non ! du 20 au 26/11, encore 14 véhicules brulés. Plus personne n’en parle. Cela n’intéresse pas les médias, concentrés sur la campagne de Ségo-Sarko.

Le constat est clair : aggravation continue au fil des ans de 100 voitures par an début 90 à 200 en 2001, 351 en 2005 et déjà 376 en 2006...

Il faut revenir sur ces chiffres pour ne pas les lire comme n’importe quelle statistique.
- que dire au père de famille immigré dont le véhicule brule à 5h du matin alors qu’il s’apprêtait à partir au travail et que l’assurance dénoncera car il ne peut se payer de parking privé ?
- que dire à la mère de famille seule dont la vieille voiture qui lui permet encore de s’échapper parfois à la campagne disparait sous ces yeux...
- que dire à ces 376 familles de Vénissieux concentrées sur les quartiers les plus pauvres qui ont perdu un bien essentiel à leur survie dans une agglomération qui interdit à beaucoup de travailler sans voitures ?

Patrick Braouezec affirme dans sa lettre que les problèmes d’emploi, de logement, de discriminations sont bien réels, ce que personne ne songe à nier. Mais pas un mot sur les problèmes de violence, de dégradations de biens, de feux de voitures. Pas un mot sur les agressions contre les acteurs du service public, le caillasage de bus (162 faits en 2006), de voitures d’enseignants (11 en 2006) !

Et le pire est cette phrase prenant apparemment la défense de jeunes qui, à un moment de leur vie, commettent un délit. Pour Patrick Braouezec, la situation infernale qui met des ados dans la situation de cumuler les délits, dans la violence des rapports entre bandes rivales, dans la dévalorisation de soi inutile au pied des tours dans un monde capable d’aller sur la lune, dans la dérive des prisons et des mafias qui prospèrent sur les inégalités, cela se résume à "un moment de leur vie".

Car s’il y a bien des victimes des violences, ce sont les jeunes, y compris ceux qui les provoquent, que ce soit par intérêt, par désœuvrement, par bêtise et irresponsabilité, ou même par révolte !

Il est impossible qu’un maire de St-Denis ne connaisse pas la vie des jeunes et des familles des quartiers. Il est impossible qu’il ne reconnaisse pas la nécessité d’une bataille contre la violence entre jeunes, entre voisins, contre le comportement du "chacun pour soi", contre cet individualisme qui existe dans toute la société, mais aussi dans les quartiers populaires et avec sans doute plus de dégats, car moins de protections !
Il est impossible qu’il n’agisse pas contre les mafias et les réseaux qui tentent de prendre la main sur certains quartiers pour y imposer leur loi !

Alors pourquoi cette lettre ?

L’interprétation la plus réaliste est que Patrick Braouezec utilise l’occasion pour lancer la bataille contre un député communiste en désaccord avec l’orientation de la direction du PCF, impulsée notamment par le courant politique que représente le député de St-Denis

Il n’a sans doute pas lu le texte réellement, se contentant de l’impression qu’il était évidemment d’une toute autre tonalité que les siens. Sans doute le seul fait de placer un appel contre la violence sous le signe de la république est déjà suffisant pour qu’il porte un jugement sans appel.

Il ne s’est sans doute même pas renseigné sur la ville de Vénissieux et les actions de sa majorité municipale impulsée par André Gerin.

Il n’a pas pris connaissance du livre « Favoriser l’estime de soi à l’école » préfacé par André Gerin, ni des actes du colloque du Collectif « Paroles de Femmes », ni des efforts de dialogue que porte l’office public de la tranquillité assurant la présence des services publics là ou l’état démissionne

Il fait comme s’il n’avait pas lu la dénonciation par André Gerin de la politique néocoloniale sarkosiste

Lutter contre la précarisation et la stigmatisation des étrangers, c’est défendre les milieux populaires. Et être digne de nos valeurs et de nos idéaux.

ou son affirmation sans ambigüité sur les révoltes

Outre l’école et l’emploi, nous ne devons pas oublier que la révolte sociale de l’automne 2005 a aussi stigmatisé deux défaillances majeures d’une politique globale de la ville : le logement et les transports. Or, logement et transports, laissent encore bien trop souvent croire, à ceux qui vivent en banlieue, que peut exister une volonté de les parquer, de les ghettoïser.

ni son souci dans le même texte de la jeunesse..

à une jeunesse qui se sent trahie et sacrifiée, nous devons avoir le courage de parler droit dans les yeux pour qu’elle retrouve sa fierté. Nous lui devons fermeté mais aussi considération, affection. Elle est en droit d’attendre de nous l’exemplarité. La jeunesse de France est une chance

Ce n’est donc pas la politique municipale d’André Gerin qui est attaqué, mais simplement les banlieues qui sont instrumentalisées pour régler des comptes politiques...

Qu’un député s’abaisse à une telle manipulation serait peu digne d’intérêt s’il ne révélait pas ainsi la vérité d’une situation politique !

Patrick Braouezec est en effet en difficulté. Sa stratégie de dilution du PCF dans les collectifs anti-libéraux ne fonctionne pas aussi bien que prévue. Et bien qu’il joue sur deux cartes, se présentant parfois comme dirigeant du PCF, parfois comme dirigeant alternatif de la gauche radicale, et malgré son appel à l ’abstention, les communistes ont massivement proposé M.G. Buffet comme candidate. Ses appels au retrait de la candidate du PCF ne passe pas chez les communistes qui continuent à ne pas comprendre pourquoi un communiste vaudrait moins qu’un non communiste dans les collectifs !

Dans ce contexte difficile pour le député de St-Denis, André Gerin symbolise une orientation politique communiste autonome. Et sa désignation par la grande majorité des communistes de la 14ème circonscription du Rhône, après celles des candidats du PCF dans le Pas-de-Calais complique les négociations de places auxquelles participe Braouezec dans les réunions à huit clos des dirigeants des collectifs !

Le débat et la confrontation sont nécessaires et utiles. Ils peuvent être vifs, mais ne doivent jamais oublié qu’une barricade n’a que deux cotés, que Le Pen et Sarkozy sont déjà en ordre de bataille. P. Braouezec perd son temps à traiter des communistes comme des ennemis.

La réponse d’André Gerin reste elle dans le cadre militant, malgré le caractère insultant de la provocation politique de Braouezec :

Il est notoire que nous ayons des oppositions de fond. Le mieux serait de débattre, de se confronter dans le respect mutuel, sans procès d’intention, sans préjugés. C’est une question de loyauté, d’honnêteté et de courage politique. Tout le reste est à proscrire.

Il est urgent de sortir des manoeuvres d’appareil et des débats de spécialistes. Le peuple de France a besoin de faire grandir le refus du capitalisme, dans toutes ses manifestations, y compris celles du désengagement de l’état et des services publics dans les banlieues. Il a besoin de se rassembler dans la solidarité, y compris contre les comportements de loup pour l’homme que génère cette société derrière le masque du discours sécuritaire.

les textes complets sont visible sur le site d’André Gerin

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