Pour les régimes spéciaux et les 37,5 annuités !

, par  Pascal Brula , popularité : 6%

A l’issue de la grève de ce mois de
novembre, que ressortira-t-il des “ négociations
” ? Le rapport de force aura-t-il
été suffisant ?

Que les régimes spéciaux
doivent être défendus par tous les
salariés n’est pas évident pour tout le
monde. Et c’est sur la méconnaissance
du problème que surfent les pitbulls du
patronat à la tête de l’Etat. Car du sort
des régimes spéciaux, dépend aussi
celui du régime général.

Les régimes spéciaux ont été créés en
1930 pour des professions incluant
notamment les cheminots et la RATP.
Cela représente aujourd’hui 6 % des
retraités. Le régime général, quant à lui,
est l’enfant du rapport de force de 1946.
En 1974, un système de compensation
est créé entre ces deux régimes de
retraite. Selon les chiffres 2005 publiés
au journal officiel de 2007, on apprend
que les régimes spéciaux (dont celui de
la RATP et d’EDF-GDF) sont bénéficiaires
et contribuent pour 2,9 milliards
d’€ au régime général. Mais alors qui
plombe le système ? En réalité, ce sont
les retraites des agriculteurs (-6,5 Mds
d’€), des artisans et commerçants (-1,3
Mds d’€) et des curés (-0,18 Mds d’€).

Il ne s’agit pas de les montrer du doigt,
mais de bien savoir de quoi l’on parle.
Certes, cinq régimes spéciaux, dont celui
de la SNCF, sont déficitaires et reçoivent
0,4 Mds d’€ du régime général, c’est-àdire
moins de 5 % de la compensation.
Au total, les régimes spéciaux sont des
contributeurs nets au système des
retraites à hauteur de 2,5 Mds d’€.
Ils
bénéficient aux autres salariés ! Si on les
supprime, qui va payer ?

Dans son cas particulier, la SNCF a vu
passer le nombre d’actifs pour 1 retraité,
de 1,33 en 1949 (440 750 cheminots) à
0,61 en 2006 (164 000 cheminots). Cela
explique le déficit du régime spécial des
cheminots, entièrement causé par les
politiques de démantèlement et de
filialisation poursuivies par les
gouvernements qui se sont succédés au
pouvoir. Mais ce n’est pas le régime
général des retraites qui compense, car
une directive européenne oblige l’Etat
français à prendre à sa charge le surcoût
lié au déséquilibre démographique. Cela
dépend donc uniquement du gouvernement
d’inverser le rapport dans les
années à venir et rendre de nouveau le
régime spécial de la SNCF bénéficiaire.
D’ailleurs, le développement des
transports en commun et du fret
ferroviaire ne devrait poser aucun
problème à un gouvernement soi-disant
préoccupé par l’environnement…

En réalité, que sont les régimes spéciaux ?

ne manière de prendre en
compte la pénibilité du travail en partant
plus jeune en retraite. Si l’on regarde la
SNCF, le taux de cotisation pour le
régime spécial est de 42 %, toutes
cotisations confondues, contre 26 % pour
un salarié du régime général : à
qualification égale, le salaire du cheminot
est donc moindre. Quant au montant des
pensions, le Conseil d’Orientation des
Retraites (COR) nous apprend qu’il est,
en moyenne, de 67,5 % du salaire pour
les cheminots, contre 84 % dans le privé.
Autrement dit, un cheminot cotise plus,
donc gagne moins qu’un salarié du privé,
y compris à sa retraite : c’est le prix à
payer pour partir plus tôt. En effet, le
départ en retraite a lieu après 37,5
annuités et les catégories dont le travail
est le plus pénible gagnent un an de
cotisation tous les cinq ans. Si l’on songe
à ce que ces années de travail
représentent en astreintes, horaires
décalés (dimanche, nuits, jours de fête…)
et effets sur la santé, où sont les
privilégiés ? Et qui paiera les heures sup
lorsque les régimes spéciaux auront
disparu ?

Remettre en cause les régimes spéciaux
serait faire tomber la barrière qui
empêche la droite d’augmenter les
années de cotisation au-delà de 40 ans ;
ce serait faire céder les cheminots, le
bastion qui a résisté en 1995 pour tous
les salariés. Car la revendication du
Medef, c’est 45 annuités !
En réalité, le
COR nous apprend que, compte tenu du
chômage, des retraites anticipées et des
situations particulières, l’âge moyen du
départ en retraite est quasi identique
dans le public (57,4 ans) que dans le
privé (57,7 ans) : la moyenne réelle
d’activité des français tourne autour de 37
ans. Augmenter les annuités, c’est donc
faire baisser le niveau des pensions, car
60 % des français sont obligés de partir
avant l’âge légal : c’est donc cela
l’objectif, diminuer les retraites pour
casser le système par répartition et
introduire l’épargne salariale et les
fonds de pension.

Voila pourquoi les régimes spéciaux sont l’affaire de tous.

Nous devons être
solidaires des cheminots, des agents de
la RATP et autres, et revendiquer les 37,5
annuités pour tous. Reste la question de
l’équilibre financier. Pour 2020, le COR
évoque 3 possibilités : diminuer le
montant des retraites de 20%, relever
l’âge de départ de 3 ans ou augmenter
les cotisations retraites. Pourquoi la
troisième proposition n’est-elle jamais
examinée ! Il suffirait d’augmenter de
0,34 points les cotisations retraites et
l’affecter à la part patronale, histoire de
rééquilibrer

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