Pour une révolution énergétique à partir d’un texte de Fidel Castro..

, par  Pascal Brula , popularité : 3%

DEPUIS quelques temps déjà, l’effet
de serre, conséquence de la
consommation effrénée de
pétrole dont les réserves seront rapidement
épuisées (dans une ou deux
générations), commence à inquiéter
sérieusement les terriens. Il s’agit d’un
véritable problème posé à l’humanité
mettant en cause sa survie. Or dans le
contexte politique et économique actuel,
marqué par la domination sans partage
du capitalisme, les réponses sont dignes
de la préhistoire de l’humanité.

Les pays
capitalistes développés consomment
sans vergogne la précieuse énergie
comme si elle était éternelle. Que l’on
songe qu’un habitant des Etats-Unis
consomme en moyenne 2 fois plus d’énergie
qu’un français ou qu’un allemand,
8 fois plus qu’un américain du sud, 9 fois
plus qu’un chinois et 13 à 14 fois plus
qu’un africain. C’est pourquoi la puissance
impérialiste des Etats-Unis essaye de
mettre la main sur les réserves de pétrole
pour assurer sa consommation
démesurée. Sa présence militaire en Irak
et en Afghanistan n’a rien d’une présence
humanitaire. D’ailleurs, ce sont, entre
autres, les lobbies pétroliers qui tiennent
à bout de bras Bush au pouvoir.

Le pétrole leur échappe

Et malgré tous leurs efforts démesurés
pour contrôler le pétrole mondial, les
dirigeants des Etats-Unis et de l’Union
Européenne sentent bien que celui-ci
leur échappe. Les cinq majors (Exxon-
Mobil, Royal Dutch Shell, BP, Total et
Chevron) ne gèrent plus que 9 % des
gisements ; en effet, les compagnies
nationales des pays de l’OPEP disposent
désormais de 53 % des réserves, les autres
compagnies nationales en exploitent
16 %. Les 22 % restant sont aux mains
de producteurs dits "indépendants",
généralement des compagnies privées,
de taille modeste, n’ayant pas un poids
politique fort. De plus, ces trois groupes
hors OPEP surexploitent leurs réserves.
Par exemple les majors représentent 13
% de la production mondiale pour 9 %
de réserves ; idem pour les producteurs
dits "indépendants" qui produisent 34 %
au niveau mondial contre seulement
22 % de réserves…

Alors, comment continuer à maintenir
cette fuite en avant que constitue un
mode de vie individualiste, entraînant
une telle débauche d’énergie au service
des profits capitalistes. Il se trouve que
nos écolos de service ont sorti de leur
chapeau les biocarburants : l’éthanol
fabriqué à partir de la canne à sucre, du
maïs ou de la betterave, le biodiesel
fabriqué à partir du palmier à huile, du
soja, du colza ou du tournesol. Si, au
départ, les majors pétroliers ont constitué
un obstacle à leur mise en oeuvre,
aujourd’hui, dans la mesure où le précieux
“ or noir ” est en passe de leur
échapper, les dirigeants capitalistes ont
désormais levé toutes les réserves sur ces
nouveaux carburants censés se substituer
à l’essence ou au diesel. Désormais, les
grands groupes multinationaux que la
raréfaction d’énergie non renouvelable a
rapproché, ont fait alliance : groupes
pétroliers, groupes de l’agroalimentaire,
de l’agrochimie et semenciers ; leur discours
prétend que cette production
n’affectera en rien les filières alimentaires.
Or, rien n’est plus faux, à tel point
que certains les appellent déjà les nécrocarburants.

C’est ce qui, depuis le début
de l’année, a suscité à notre camarade
Fidel Castro convalescent, une série de
réflexions qui circulent sur Internet*.

Les biocarburants de la famine

Suite à la signature d’un accord de
coopération et de promotion des biocarburants
entre les Etats-Unis et le Brésil,
Fidel s’insurge à juste titre contre “ l’idée
sinistre de convertir les aliments en carburant
”, idée “ définitivement établie
comme un des grands axes de la politique
extérieure des Etats-Unis ”. Selon
lui, cette politique peut conduire “ plus
de trois milliards de personnes dans le
monde ” à “ mourir prématurément de
faim et de soif ”.

Aux Etats-Unis, le
Congrès, pressé par Bush, s’est engagé à
distribuer 132 milliards de litres de biocarburants
sur le marché national d’ici à
2017. Une telle production nécessiterait
320 millions de tonnes de maïs : or la
récolte aux Etats-Unis n’a été que de 280
millions de tonnes en 2005. Et les multinationales
et les gouvernements veulent
faire croire que les biocarburants ne
représentent aucune concurrence pour
les filières alimentaires ! Autre exemple :
si l’on utilisait les 679 millions de tonnes
de céréales des cinq principaux producteurs
pour les convertir en éthanol, cela
permettrait d’économiser à peine moins
de 15 % de ce que consomment les automobiles
des pays occidentaux.

Les faits
donnent raison à Fidel
 : aujourd’hui,
20 % du maïs des Etats-Unis est
consacré à la production d’éthanol. La
conséquence est que les prix du maïs
flambent (ainsi que les profits) : au
Mexique, la tortilla, le plat national a
augmenté de 40 à 100 % (il faut savoir
que les Etats-Unis ont dans le passé fait
du dumping avec leur maïs OGM entraînant
l’arrêt de la production des maïs
traditionnels par les paysans mexicains
et guatémaltèques).

Ainsi, les biocarburants,
à moins de rester marginaux,
seront produits au détriment des pays les
plus pauvres et développeront la famine.

Le deuxième point contre lequel Fidel
Castro s’insurge
est que les biocarburants
issus de la canne à sucre vont entraîner
un regain d’esclavagisme moderne. Il
faut savoir que 85 % de la production
brésilienne est récoltée à la main dans
des conditions inhumaines. Cette industrie
repose sur l’exploitation d’une
main-d’oeuvre sous payée parce que
semi-esclave. Chaque travailleur doit
couper dix à quinze tonnes de canne pendant
une douzaine d’heures et pour trois
dollars par jour, sans parler des conditions
de vie déplorables. Ces travailleurs,
recrutés parmi les plus pauvres, proviennent
de différents Etats et doivent quitter
leur famille pendant plusieurs mois.

Une
chercheuse du ministère du travail à Sao
Paulo affirme que le sucre et l’éthanol au
Brésil sont baignés de sang, de sueur et
de mort : 1383 travailleurs de la canne
sont morts ces cinq dernières années rien
que dans l’Etat de Sao Paulo.

Enfin, si l’on met de côté l’évocation du
problème de la déforestation et des pollutions
liées à la culture des plantes à
biocarburants, Fidel Castro nous propose
surtout une révolution énergétique.

Selon lui, la seule solution est de changer
les modes de vie, surtout ceux des pays
capitalistes développés, qui gaspillent
allègrement l’énergie fossile que la nature
a mis des millions d’années à créer.

Pour cela il n’est pas inutile de rappeler
qu’en 2005, l’Europe comptait 514 voitures
pour 1000 habitants et les Etats-Unis
940…

* L’édition de l’Humanité du 30 mai dernier
nous livrait un article sur les biocarburants
d’une naïveté déconcertante. Suggérons au
journal et à la direction du PCF de s’intéresser
un tout petit peu à ce qui se passe à Cuba.
Pascal Brula

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