Rencontre-débat avec Christian Corouge et Michel Pialou

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Rencontre-débat avec Christian Corouge et Michel Pialoux

Lecture de textes : Yves Neyrolles
Vendredi 2 mars - 20h

Maison des passages, 44 rue saint George , Lyon

"Des ouvrières en carrosserie. Ils mettaient une femme au premier poste. T’as un grand convoyeur qui t’amène des carcasses de siège, les housses, les tissus, etc. Et il faut quelqu’un pour te les poser sur ton poste de travail sur ton carrousel, là où tu vas monter le siège, sur une espèce d’établi, mais qui tourne tout le temps. Donc ils avaient mis des femmes là dessus.(...) ils prenaient des femmes vachement costauds, vachement fortes, pour les mettre à ces premiers postes.Mais au début y’a eu une période d’observation : premièrement, les nanas étaient vachement mal à l’aise, c’est déjà un premier truc. Bosser quand t’as 60% d’immigrés, et dans ces conditions, c’est déjà pas simple. Qu’on te donne un bleu de travail au lieu d’une blouse pour une femme, c’est quelque chose aussi quelquefois de vachement dramatique. Ça pose des tas de problèmes. Et puis, au bout de quinze jours de round d’observation, tu bois un café, tu discutes, y’a une relation qui s’établit, enfin, tu t’habitues simplement à la présence, bon... de tout le monde. Et je me suis aperçu que, en fait, ça se passait pas trop mal. Mais ils les ont enlevées en garniture, parce qu’elles devenaient une espèce de...polarisation de l’atelier."

Résister à la chaîne - Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue, paru aux éditions Agone en mars 2011

F in 1999, un livre sort aux éditions Fayard qui proclame un « retour sur la condition ouvrière ». Les auteurs, Michel Pialoux et Stéphane Beaud, y prennent à contrepied l’idée très épandue à l’époque consistant à décider de la fin d’un cycle économique entamé au XIXe siècle et caractérisé par la présence d’une classe ouvrière dominant la scène sociale et politique.

Ils constatent, eux, que les ouvriers ont quitté l’univers mental des faiseurs d’opinion depuis que, en raison même de l’affaiblissement des formes de résistance collective, le travail s’est intensifié dans les ateliers, lieux « où les relations sociales au travail se sont détériorées, où les ouvriers ont été pour ainsi dire transformés en une simple variable d’ajustement, réduits à une composante de la masse salariale qu’il faut comprimer toujours plus » (1).

Ils découvrent dans le quotidien de l’usine Peugeot de Sochaux, où le délégué Christian Corouge (CGT) les avait invités à intervenir, la survivance des « outils archaïques » que forment les chaînes de production, et cela malgré la moderne imagerie d’Épinal (robotisation, flux tendus, démarches de qualité) que l’on trouve partout dans les médias dominants, ou que l’on ressasse dans les cercles acquis à la pensée libérale. La rencontre de Christian Corouge et de Michel Pialoux s’est faite chez Bruno Muel, un cinéaste venu dans le pays de Montbéliard, invité par Paul Cèbe après la nomination de celui-ci à la direction du centre de loisirs et de vacances de Clermoulin, institution gérée par le Comité d’Entreprise de Peugeot. Sous l’impulsion de ce responsable culturel, il y a eu, au début des années 1970, la création du « Groupe Medvedkine » et la réalisation de plusieurs films, notamment de Week end à Sochaux. Ce film décrit avec humour les conditions de vie et de travail de jeunes OS que l’entreprise a recrutés à travers toute la France. Christian Corouge, originaire de Cherbourg, est de ceux-là. Qui ne se souvient de la séquence où ce garçon timide se confie, seul, à un magnétophone pour évoquer le « travail » du « travail à la chaîne » sur ses propres mains d’homme ?

Les rencontres avec Michel Pialoux se multiplient, au cours desquelles le sociologue prend conscience que l’ouvrier souhaite pouvoir réaliser quelque chose, « un livre ou un film » (2). Leur « dialogue » se poursuit durant plus de dix ans, ne dissociant jamais l’étude de la déstructuration du groupe ouvrier de la mise à jour des formes de résistance déployées.
Résister à la chaîne (éditions Agone, 2011) prolonge ainsi la réflexion amorcée dans Retour sur la condition ouvrière, constituant, au fil de la parole, une sorte d’auto-analyse engagée depuis longtemps. Christian Corouge raconte la formation intellectuelle d’un ouvrier se construisant au cours de rencontres avec des figures fortes (Paul Cèbe, Bruno Muel et quelques autres), des figures qui prolongent celle du père, militant communiste, victime des mauvaises conditions de travail dans une entreprise de construction navale, résistant déporté, dont le fils prolongera l’engagement malgré les oppositions et les disputes. Il raconte cet engagement, à travers les grèves de 81 et de 89 comme dans les formes prises par le mouvement de résistance à « l’esprit-maison » (caractérisé par la volonté d’entraver, voire de détruire toute culture ouvrière). Il raconte aussi les insuffisances et les impasses du mouvement syndical qui parfois le conduisaient à préférer une séance de cinéma à la monotonie des discours de certains délégués.
Christian Corouge devient cet ouvrier « atypique », selon les classifications patronales, que les pressions de toutes sortes et les semaines de mise à pied prononcées à son encontre par la direction ne parviennent pas à briser, un ouvrier révolté qui souhaite, à la fin de son récit, que tous deviennent comme lui, portés par le rêve d’une autre vie, s’éclaircissant les idées à une culture accessible à tous, qui les ouvre au partage et au vivre ensemble.

(1) Retour sur la condition ouvrière p. 16
Gilbert Rémond "L’improbable"

- Vers l’émission de Daniel Mermet " la bas si j’y suis" du 29 juin 2011 :
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