Sagesse de la révolution Un livre du philosophe communiste Georges Gastaud

, par  pamillet , popularité : 2%

Georges Gastaud Sagesse de la révolution

Un livre contre le cynisme et le nihilisme à l’époque de l’exterminisme capitaliste.

G Gastaud, professeur de philosophie et militant de « Renaissance communiste », publie un livre salutaire qui intéressera tous les libres- penseurs et,au-delà, tout militant ouvrier, quelle que soit sa sensibilité politique. . En effet, comme l’écrit Marion Grandiglio dans l’essai qui clôt l’ouvrage, l’idéologie dominante de notre époque consiste en une forme de cynisme et de nihilisme qui développe « le mépris de toute valeur au seul profit, par conséquent, d’un égoïsme brutal et potentiellement tyrannique. » Quel sens alors donner à toute action humaine, et en particulier celle qui se donne pour objectif de transformer le monde ? La crise économique actuelle, qui fait éclater au grand jour tous les traits mortifères et « exterministes » de l’impérialisme pourrissant, devient un terreau de plus en plus favorable au développement des religions qui prétendent fournir des réponses à toutes les victimes qui ressentent l’absurdité « d’un monde sans cœur » comme l’a écrit Marx.

Faut-il alors laisser le problème du sens de l’existence aux religions ; ou le matérialiste - et plus généralement le libre -penseur - doit- il prendre à bras le corps cette question ?

L’auteur, qui s’inscrit dans la tradition marxiste, tente, à partir d’une réflexion qui met en œuvre la dialectique matérialiste, de fonder sur des bases raisonnables un horizon d’espérance pour le renouveau de l’action humaine et de l’action militante en particulier.

Un des mérites de l’ouvrage est de retravailler conceptuellement les notions de sagesse, héritée de la philosophie antique comme celle d’Epicure ; du sens de la vie et de l’histoire, à partir d’une reprise de la dialectique de Hegel et de Marx et d’une réflexion sur l’histoire récente que d’aucuns ont interprétée comme la fin des illusions ( entendez « des idéaux révolutionnaires » ) et de l’Histoire elle-même ( comprenez « de la lutte des classes »). Comme l’écrit l’auteur, « la sagesse devient ou redevient désormais une vertu cardinale de la révolution parce qu’il serait proprement fou de ne pas changer la vie de fond en comble à une époque tragiquement désorientée où la mondialisation d’un capitalisme parasitaire et pourrissant voue l’humanité à la déshumanisation, à la dé-civilisation, voire à l’auto-destruction. »Ainsi, faire l’économie d’une eschatologie matérialiste, sous prétexte qu’il serait vain pour un matérialiste de s’interroger sur le sens d’un monde vide de toute transcendance divine, reviendrait alors adopter une forme de nihilisme et à abandonner le terrain aux religions. G.Gastaud relève alors les inconséquences d’une telle position pour un matérialiste : « Comment une activité humaine peut-elle mériter son nom si elle se pense comme dénuée de fins ? »C’est à partir d’une analyse sur le rapport dialectique entre sens et pratique sociale ( qui inclut l’activité révolutionnaire) que l’auteur peut écrire : « En réalité, le sens est indissociable de l’activité parce qu’il en est la fin en tant qu’acte commandant l’enchaînement des opérations et les articulant à de plus vastes ensembles opératoires(…) le sens ne dote pas l’activité du dehors comme un idéal abstrait (…) et c’est en agissant de façon sensée que l’agent devient sujet. » Tout agent se transformer lui-même en un sujet conscient , capable de donner du sens à ses actes en posant rationnellement ses propres fins, que sur la base de sa propre activité prenant appui sur le sens objectif des événements . L’auteur a raison de rappeler que Marx et Engels ont depuis longtemps réglé le sort de tout idéalisme du sens dans L’Idéologie allemande : (…) le communisme n’est pas un idéal sur lequel la réalité devra se régler : nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état existant, ce qui résulte des prémisses déjà données. » Tout libre penseur sera également attentif à l’argumentation qui met en évidence la contradiction inhérente à toute religion qui fonde le sens et l’être sur une transcendance. C’est, en effet, reconnaître que l’être (et notre existence) n’a pas de valeur propre, par conséquent, « l’idéalisme métaphysique est le jumeau inversé du nihilisme pur et dur. » ; les réponses des religions à « la quête de sens » ne sont donc que pures illusions.

Le problème de l’individualisme, abordé dans un court essai, prend toute son actualité alors qu’il est de bon ton d’opposer artificiellement valeurs individuelles et collectivisme. Ce n’est pas le moindre mérite de l’auteur de dénoncer le caractère idéologique d’une telle opposition, car c’est l’individu normalisé par la « pensée unique » de l’Union européenne qui est devenu la norme. Au moment où « le néo-libéralisme, privatisant les services publics, étatise la vie privée et enrégimente l’intimité », les valeurs individuelles officiellement reconnues, ne peuvent être que celles de la Bourse, c’est-à-dire celles de l’individu capitaliste égoïste. Au contraire, une sagesse matérialiste n’a pas à choisir entre l’individuel et le collectif, dans la mesure où « l’homme ne peut s’individualiser qu’au sein de la société. » Se pose alors la question des conditions sociales et politiques pour que le « développement de chacun soit la clé du développement de tous », comme l’ont écrit Marx et Engels.

D’autres sujets sont abordés dans l’ouvrage. : la dialectique du sens et du néant ( désir de procréer, euthanasie, suicide) ; le problème de la mort ; le rapport entre marxisme et sagesse antique…. que nous ne pouvons résumer ici. On peut émettre quelques réserves ( voire plus) quant au jugement porté par l’auteur sur des hommes d’Etat de l’histoire contemporaine ( Honecker, Andropov, Tchernenko, Castro…) mais là n’est pas l’essentiel : l’ouvrage de G.Gastaud d’une grande richesse conceptuelle, ne pourra qu’intéresser tout libre- penseur désirant enrichir sa réflexion sur le sens de la vie et de ses actes.

Pascal CLESSE.

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