Vie et destin de l’Aufhebung à partir du livre « l’Esprit de la Révolution » de Partick Theuret

, par  Gilbert Remond , popularité : 15%

L’aspect le plus utile du mouvement des gilets jaunes est peut-être dans sa forme, exprimant son rapport de force avec le pouvoir dans son propre mouvement et ni dans sa représentation médiatique, ni dans ses traductions politiques électorales... Plein de contradiction et d’hésitations, ce mouvement ne peut que passionner ceux qui veulent tirer les leçons de décennies de mouvement de gauche se cherchant de soirées électorales en grandes journées de manifestation, les deux sans lendemains...

Peut-être que le blocage d’un rond-point, d’une plateforme logistique, d’un péage sont des formes qui montrent mieux le rapport de forces et obligent à penser la rupture avec la société et ses institutions ?

Le marxisme a longuement évoqué la question de l’ancien et du nouveau monde autour de l’idée de révolution pour "faire table rase", d’une "abolition" de l’existant. Mais depuis les années 80, beaucoup ont cherché des formules différentes, autour de la notion de processus opposée à l’idée d’un grand soir, de la notion de "dépassement" qui supposait que le nouveau monde était déja dans l’ancien et qu’il s’agissait finalement de le faire grandir... Mais ces idées ont conduit beaucoup à abandonner l’idée de révolution

Le mouvement social en cours de donne pourtant de la force à cette idée qu’il faut rompre avec ce monde pour en inventer un autre...

Toutes ces questions très actuelles font l’objet d’un livre important qu commence par l’histoire du mot "aufbehung" et de ses traductions entre "abolition" et "dépassement".

L’association l’improbable invite l’auteur pour une rencontre qui s’annonce passionnante...

samedi 15 décembre a 15h30
à la MJC du Vieux Lyon
Place Saint Jean, Lyon

Nous relayons donc l’invitation...

pam


Vie et destin de l’Aufhebung

Erudit et passionnant, « l’Esprit de la Révolution » de Partick Theuret démontre comment au gré d’une traduction hégélienne hardie, les termes d’abolition du capitalisme jusqu’alors employés par Marx dans les éditions françaises de ses œuvres, deviennent « dépassement du capitalisme » sous l’impulsion de Lucien Sève.

En effet, si pendant longtemps, le mot Aufhebung, a été traduit par « abolition », il est remplacé depuis une trentaine d’année par « dépassement » dans les publications issues du courant rénovateur , puis par contagion, dans celle du PCF et de la gauche radicale, pour devenir la référence de circonstance, dans la doxa marxiste instituée par ces courants. Il n’était plus question d’abolir le capitalisme, mais de le dépasser en faisant l’économie de la révolution.

C’est ainsi, que dans son livre « commencer par les fins », Lucien Sève que nous avions invité à l’époque pour présenter son ouvrage et les thèses qu’il y développe, écrivait « Quand on lit Marx dans sa traduction française existante, on y rencontre souvent le mot abolition (…) or dans la plus part des cas, le terme dont se sert Marx est le fameux Aufhebung qui dans la langue allemande courante veut dire en effet abolition, suppression, abrogation, mais qui dans la langue théorique de Hegel et de Marx à sa suite a (…) un sens plus dialectique. » Ce termes propose à la fois l’idée de « suppression conservation et élévation », autrement dit, le passage à une forme supérieure, ce que la traduction actuelle de Hegel rend par le néologisme « sursomption » et dont le français courant donne une idée assez correcte en parlant de dépassement »

Décision théorique hardie serions-nous en droit de dire puisqu’il est connu que Marx comme Engels, rompaient très tôt et ouvertement avec l’hégélianisme pour rejoindre les communistes et leur ligue. Il s’ajoute à elle une autre invraisemblance, nous fait remarquer l’auteur impliqué par la (re)trouvaille de Sève, dans le passage cité plus haut. il y aurait dans le logos germanique « une langue courante » pour le dire, et une autre théorique ». En somme, Marx s’adresserait aux ouvriers en s’exprimant dans la langue difficile d’accès de Hegel qui plus est, après avoir rompu avec les jeunes hégélien et les théories de leur maître de référence.

Ce changement de traduction et les interprétations qui s’en sont suivie, rétablissaient une « paternité méconnue » qui plaçait Karl Marx sous l’ombre protectrice de Hegel, le géant philosophe de la « fin de l’histoire », notion depuis connotée, dont le concept fera florès chez les libéraux pour justifier un no alternative astreignant sans rémission. Le capitalisme est « indépassable », il est le résultat d’une histoire achevée, d’une sorte de no futur pour qui ne l’accepte pas. Son au-delà est le néant c’est-à-dire le chaos, le désordre, la fin de l’humanité !

Le doute augmente d’avantage face à une autre conséquence de l’affirmation de Sève. Marx serait inégale dans son style, et s’exprimerait selon l’humeur du moment tantôt « en langue théorique », tantôt « en langue courante » tantôt de manière simpliste, tantôt dans la filiation « du maître » déchu !

On ne peut pas laisser entendre, comme le fait la révélation sévienne que Marx aurait été victime jusqu’alors de mauvaises traductions, ni d’avantage laisser imaginer qu’il aurait, » de connivence avec son complice Engels voulu coder ses textes tel un Da Vinci Code »

Patrick Theuret , au départ de son impressionnant travail de recherche constate que Marx utilise fréquemment et de manière alternative les mots Aufhebung, Beseitgung et Aschaffung pour exprimer approximativement la même chose. Il les traite en synonyme. Toutefois il accorde une spécificité à l’usage du mot Aufhebung dont le sens se rapproche plutôt du terme allemand Vernichtung (destruction anéantissement) que de la version plus soft et apaisante, disons plus sociale-démocratique que lui prête Lucien Sève avec l’appui du sens hégélien.

L’on peut comprendre que la disparition de l’URSS nous plaçait dans les années 90 au défi d’une analyse approfondie. Pour autant une fois ce constat fait, il semble bien que l’enjeux de la thèse dépassementiste apparaisse d’avantage comme étant motivée par le désir de sauver Marx du simplisme du négativisme supposé transpirer du terme d’abolition « afin de restituer sa complexité et sa positivité de facture théorique en le raccrochant a une définition forgée par Hegel qui aurait été oublié volontairement et à coup sûr si l’on suit cette thèse, coupablement »

Partick Theuret , nous fait alors remarquer non sans ironie que prétendre accuser de la sorte « les traducteurs , c’est directement corriger les auteurs , dire à leur place ce qu’il aurait convenu qu’ils disent pour les besoins de débats ayant cours 150 plus tard »

Le mouvement ouvrier entendait mettre à bas le capitalisme avec un projet visant à construire autre chose. La négativité révolutionnaire impliquait la positivité explicite de la construction d’une nouvelle société. Le dépassementisme efface la portée dialectique qui découle de la conflictualité des classes entre elles avec une neutralité de continuité qui s’oppose à la révolution. Vouloir aller plus loin que le capitalisme en matière sociale et démocratique c’est bel et bien, en tant que nouveau système dominant, poursuivre jusqu’au bout cette limitation du système capitalisme dominateur jusqu’à son abolition de système dominant

Il doit et il ne peut exister dans ces conditions qu’une rupture entre négativité et positivité. On l’appelle révolution. Elle contredit nécessairement, l’idée de continuité inscrite dans l’évolution dépassementiste. L’auteur consacre tout un chapitre à cette démonstration en s’appuyant sur l’histoire du mouvement ouvrier des XIXè et XXè siècle et des analyses produites par ses théoriciens.

Tout au long de sa longue enquête philologique, Patrick Theuret circule sur fond de cette histoire, de ses conquêtes et de ses avancées théoriques. Parti pour répondre aux thèses de Lucien Sève dans le cadre d’un article, il finit par rédiger un gros volume d’un millier de pages dont il viendra nous exposer les grandes lignes :

le samedi 15 décembre a 15h30 à la MJC du Vieux Lyon Place Saint Jean

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