Démocratie, direct !

par
Janvier 2009

La gauche est en crise. Ses stratégies sont pour l’instant inopérantes, voire contre-productives, comme le montrent sa disparition en Italie et l’union sacrée de la fausse gauche avec la vraie droite en Allemagne. Et si la crise de « la gauche » était elle aussi systémique, consubstantielle à la crise planétaire ?

Qu’est-ce que la gauche ?

Le terme est né en France, quand les opposants au féodalisme s’assirent à gauche et les conservateurs à droite de l’hémicycle. La principale revendication était l’abolition des privilèges de la noblesse et du clergé. Celle ci fut votée par une assemblée majoritairement de droite, sous la pression de révoltes populaires dépassant les moyens de répression de l’époque, le 4 août 1789.

La gauche s’est définie par son opposition aux privilèges, et la droite par son attachement aux sauveurs suprêmes, aux césars et aux tribuns. L’étymologie fournit ainsi en axiome une définition « universelle » de la droite et de la gauche, sans ethnocentrisme ni chronocentrisme. Historiquement, le libéralisme philosophique n’est pas de droite, et une Nomenklatura n’est pas de gauche. Le clivage n’a rien de nouveau : la droite veut des hommes providentiels, des rois et des chefs, des délégués et des patrons, des guides et des führers, et leur concède bien volontiers les privilèges de leur éminence putative, et la gauche veut une réelle démocratie (Polis-tikès). Leurs corpus respectifs opposent deux modèles d’organisations : l’idéologie de droite est celle des pyramides hiérarchiques, et l’idéologie de gauche celle des organisations en réseaux.

Partis de gauche : pour aller où ?

Paradoxe apparent, les « partis de gauche » ne sont pas organisés en réseaux, mais comme les partis de droite et les entreprises capitalistes, en pyramides ! Un « parti de gauche » en ce début de millénaire, c’est une entreprise qui vend un service : changer la société. Ses recettes sont constituées de contributions monétaires et bénévoles, et ses dépenses consistent en actions de lobbying politique. Son organisation est verticale, pyramidale. Elle comprend une dizaine d’échelons hiérarchiques basés le plus souvent sur des découpages administratifs successifs chapeautés de multiples instances de direction concentriques. Comme dans toutes les entreprises basées sur ce modèle typique du dix-neuvième siècle, l’information ne circule pas ou très mal, les outils sont inadaptés aux objectifs, le climat social est effroyable, et la productivité globale est affligeante.

Naturellement, en termes d’image et de crédibilité, un « parti de gauche » fonctionnant avec plus de hiérarchies internes réelles qu’une entreprise comme Google devient de plus en plus difficile à vendre à ses électeurs potentiels. Leur désaffection n’est donc pas liée à un tarissement de la demande mais à une inadéquation de l’offre, conduisant à une rentabilité négative de l’investissement militant global dans les principaux partis « de gauche » du marché : en quelques décennies, la part des revenus du travail dans le PIB a considérablement diminué au profit des revenus du capital.

Dans leurs formes actuelles, les organisations « de gauche » échouent à opposer à la globalisation du secteur mercantile une globalisation des alternatives démocratiques. Selon un sondage, plus de huit personnes sur dix pensent pourtant « que notre société est mauvaise, et doit changer ». Mais comme la quasi-totalité de l’offre des partis, syndicats, et associations « de gauche » repose sur un modèle d’organisation de droite [1] que les entreprises capitalistes elles-mêmes n’adoptent plus en l’état, cette majorité ne concourt que de manière de plus en plus marginale à la demande résiduelle pour ce qui nous sert de gauche politique aujourd’hui.

La démocratie directe : un resizing

Le marketing ne peut enrayer une telle crise : des restructurations majeures s’imposent. Google a trois niveaux hiérarchiques, plus un quatrième qui décide : les actionnaires. Aux partis de gauche et aux entreprises avisées d’adopter un modèle encore plus productif en allant au bout du resizing [2] : aucun échelon hiérarchique. L’absence de hiérarchie ne vise pas seulement l’économie de dépenses improductives, voire contre-productives, mais aussi et surtout la meilleure capitalisation de l’intelligence collective. Un resizing complet équivaut au concept politique de démocratie directe [3].

Des tergiversations et des obstacles sont prévisibles, car les échelons hiérarchiques jouent un rôle conservateur bien connu des sociologues des organisations et désormais des électeurs. Les solutions sont connues elles aussi, pour l’essentiel, depuis des millénaires : éviter toute délégation de pouvoir, user de tirages aux sort, de mandats non renouvelables, impératifs, non cumulables, développer méthodes et outils horizontaux d’élaboration de textes collectifs et de prise de décisions (opérationnels même à plusieurs milliards), se doter d’instances exécutives, d’arbitrage, et de contre-pouvoirs indépendantes et à zéro niveaux hiérarchiques, … et expérimenter tout à§a et plus encore ici et maintenant.

Politiquement, quelques ersatz ont suffit à Royal pour court-circuiter l’éléphanterie du PS, à Obama pour doubler Hillary, ou à Besancenot pour passer en vedette américaine chez Drucker. La démocratie directe partout, au parti comme à l’entreprise, représente donc bien une énorme demande qui reste insatisfaite, reniée, édulcorée, sans cesse instrumentalisée et pourtant toujours masquée au débat public [4]. Voilà l’élément systémique de la crise d’une gauche qui s’étonne de demeurer politiquement minoritaire quand elle est sociologiquement ultra-majoritaire.

Bravitude participative ou démocratie directe ?

Associée peu ou prou au « monarchisme d’entreprise » consubstantiel des dogmes réactionnaires, la « démocratie » représentative devient invendable [5]. C’est pourquoi les mouvements de concentration, O.P.A., grandes alliances, et petits arrangements entre « partis de gauche » ne freinent guère leurs déclins. Quelques « bravitudes participatives » peuvent-elles suffire à racheter une gauche Canada-Dry noyée dans un verre de Vichy ?

Le remède à la crise des « partis de gauche » n’est-il pas plutôt d’y revenir ? (à gauche, au sens rappelé en introduction) 2002, 2005, 2007, toutes les grandes études de marché récentes le confirme : désormais, pour convaincre d’adhérer à leur concept d’entreprise, il ne suffit plus aux organisations de gauche de vendre sur catalogue une démocratie livrable au chant du coq le matin du grand soir. Elle doivent avoir le produit en stock, et le mettre en rayons [6].

Minga

Et si vous n’en pensez pas moins, n’hésitez pas à rediffuser ce texte ou vos variantes !

[1"Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre." (Karl Marx - Le Manifeste du Parti Communiste).

[2Resizing : réorganisation d’une entreprise par la suppression des échelons hiérarchiques inutiles. A ne pas confondre avec le downsizing, qui est la réduction de la taille et/ou du périmètre d’activité pour augmenter la rentabilité financière de ce qui reste.

[3Démocratie directe : c’est un pléonasme, car étymologiquement la démocratie est directe ou n’est pas.

[4Sur les confiscations du débat démocratique, voir aussi « Critique de la démoscopie, du débat démocratique confisqué par son propre spectacle » (Yannis Youlountas, La gouttière, 2007), dont les principales pages sont lisibles sur : www.youlountas.net.

[5Démocratie « représentative » : voir brochure « Sommes-nous en démocratie ? », à télécharger sur www.les-renseignements-genereux.org.

[6« Le média, c’est le message », dit Mac Luhan. De la même faà§on (mais cela s’applique aux quatre pouvoirs définis par Tocqueville et non plus seulement au quatrième), "l’organisation, c’est le projet". L’organisation et son projet perdent toute crédibilité lorsqu’ils s’opposent.

Documents à télécharger

Vos réactions

  • Pascal Brula 10 février 2009 14:15

    Si j’ai été cinglant vis-à -vis de ce texte (et je me suis retenu…), c’est bien parce qu’il contient toutes les tares que l’on puisse trouver sur Internet. Si l’on fait exception de l’anonymat qui m’exaspère (il faut assumer ce que l’on écrit…), il y a cette manière insupportable de poser sa « crotte » et de l’imposer aux autres comme vérité absolue, alors qu’elle se base sur une affabulation idéologique et historique, le contenu de l’opposition gauche/droite. C’est déjà une première insulte. La deuxième consiste à faire pression sur PAM pour qu’il publie ce texte (alors que ce n’est pas du tout la ligne éditoriale de ce site) au risque de traiter PAM, j’allais dire de « stalinien », au minimum d’antidémocrate.

    En tous cas, il y a un point fondamental qui échappe complètement à votre raisonnement, c’est la colonne vertébrale des communistes (métaphore que j’ai pu lire dans les commentaires d’un camarade et qui me plaît bien), à savoir la contradiction antagonique Capital/Travail, ou dit autrement l’exploitation de l’homme par l’homme. On dirait que les problèmes d’organisation qui vous préoccupent tant se situent hors du temps et de la réalité concrète : exit la bataille idéologique et la domination du capital.

    Pour conclure, face à votre vision dogmatique et très partielle du marxisme, j’ai envie de citer un auteur cubain que j’ai tiré d’un ouvrage de Danielle Bleitrach, livre que je vous recommande (Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme, éditeur « Le Temps des Cerises ») : « Le marxisme que la Révolution inspira tout au long de la décennie initiale de l’expérimentation révolutionnaire apparut d’évidence comme une pensée créatrice et polémique, à la fois militante et ouverte. Le Che parlait de la nécessité de s’approcher des classiques avec un mélange de vénération et d’irrévérence… ». Au fait, puisque vous prenez Danielle à témoin, je propose que vous lui soumettiez votre texte…

  • altercommunistes 2 février 2009 23:04

    ce texte proposé a fait l’objet d’un échange entre l’auteur et le modérateur du site


    5 décembre 2008 à 19h16min Administrateur altercommunistes 123 articles

    je veux bien valider ce message, mais je me demande pourquoi l’avoir posté sur un site communiste, de ce communisme porté notamment par Lénine qui insiste sur l’organisation et la nécessité de révolutionnaires « professionnels »… qui combat résolument le spontanéisme…

    la comparaison hiérarchie/réseau me semble très près utile pour éclairer les enjeux politiques et notamment la question de la gauche. L’analyse « de classe » me semble beaucoup plus utile. Il y a des réseaux patronaux et des organisations révolutionnaires… le capitalisme japonais fonctionne avec très peu de hiérarchie, sur la base d’une soumission volontaire très violente… Le réseau dans l’idéologie moderne est le masque d’une fantastique centralisation et concentration des pouvoirs…

    la démocratie est encore pour Lénine une forme aliénante, le fonctionnement d’un état, or le communisme, c’est le dépérissement de l’état, donc de la démocratie. Les individus libres dans une société sans classe, sans exploitation, sans aliénation n’ont pas besoin d’un « pouvoir du peuple »…

    bref, si je publie ce texte, c’est pour le démolir aussitôt..

    je fais quoi ?

    pam Répondre à ce message


    Démocratie, direct ! 6 décembre 2008 à 19h22min Rédacteur sans accès m> Minga site 1 article

    En fait, je suis marxiste, et ce texte emprunte donc beaucoup à Marx. Un peu à la faà§on de Lucien Sève dans sa contribution pour le congrès qui arrive (article 1980 sur le site alternativeforge). C’est donc bien une analyse de classe purement marxiste, d’ailleurs illustré par une citation de Marx sur le pouvoir politique. Le communisme (tel que proposé par le célèbre Manifeste) est une société sans classes antagonistes, où l’état devient de ce fait inutile.

    Le cœur de mon argument est qu’on ne peut pas dépasser le capitalisme en reproduisant l’essence même de son organisation : la pyramide hiérarchique.

    Toujours sur le site de préparation du congrès, ce texte a donné lieu à un très long débat avec un « orthodoxe » qui défend l’oxymore du « centralisme démocratique ». Il me semblerait très intéressant que vous le publiiez ici aussi pour que ce débat puisse aussi avoir lieu chez les communistes qui veulent être « communistes autrement ».

    Ce qui m’importe, c’est qu’il y ait débat, que ce soit ici ou ailleurs. Si vraiment vous vous sentiez gêné d’oser publier ce texte, il est également publié sur revoltes.net, et son forum est là -bas aussi à votre disposition.

    Mais c’est bien à vous qui gérez ce site de choisir entre censure et débat ;-) … Répondre à ce message


    Démocratie, direct ! 12 décembre 2008 à 00h25min Rédacteur sans accès m> Minga site 1 article

    Dites … si vous avez décidé au nom de tous vos contributeurs que pour être « communiste autrement » il ne fallait pas de démocratie directe, dites-le franchement ! Ce serait plus poli et plus honnête, au moins … Répondre à ce message


    Démocratie, direct ! il y a 2 minutes Rédacteur sans accès m> altercommunistes 16 articles

    pour être provo, je dirais bien qu’effectivement, je ne sais pas trop ce qu’est cette « démocratie directe »… dans une société capitaliste. Un bout de communisme déja là  ? Si la lutte est tout autant théorique que politique et sociale, le débat direct peut-il être « neutre »… ?

    Celà dit, dans les faits, désolé, je n’avais pas vu les réponses, entre le congrès et ses suites, plus la fin d’année… je ne lis les messages que maintenant.

    pas de problème pour qu’il y ait débat, ma question portait seulement sur le sens de cette proposition sur ce site. comme tu le notes, le débat existe potentiellement à plein d’endroits, et il a donc selon le contexte un objectif différent.

    Sur ce site qui cherche à faire écho au point de vue communiste, à la nécessité de faire vivre et renforcer un PCF retrouvant son ancrage populaire, de classe, et libéré de son institutionnalisation « de gauche », il faut effectivement dire pourquoi débattre de ce texte est intéressant.

    pour info, Sève fait effectivement un travail important sur Marx, et essentiel pour ce qui touche à la dialectique (entre autres), mais est par contre l’instrument idéologique du courant « refondateurs » qui affirme clairement que le parti communsite est dépassé et qu’il faut désormais passer à autre chose, que ce soit avec Bové aux présidentielles ou avec Mélanchon aux européennes. Comme le dit Sève lui même, communisme, oui, parti communiste, non…

    Je publie le texte, et je propose d’y mettre cet échange en commentaire. Je complèterai sans doute si je trouve le temps par une note de lecture d’un livre sur le concept de démocratie de luciano Canfora

    • Démocratie, direct ! 4 février 2009 22:38, par Minga

      Si Lucien Sève est « l’instrument idéologique du courant »refondateurs« qui affirme clairement que le parti communsite est dépassé et qu’il faut désormais passer à autre chose, que ce soit avec Bové aux présidentielles ou avec Mélanchon aux européennes », c’est à son corps défendant ! Il est et reste membre du PCF, et il milite non seulement pour que le PCF reste communiste, mais pour qu’il soit encore plus communiste, au sens de Marx, par « l’exploration systématique de toutes les possibilités de l’horizontalité ». Dans sa contribution pour le 34e Congrès, « Le communisme du XXIe siècle », il explique à quel point le communisme, le « zéro hiérarchie » d’une société sans classes sociales antagonistes, se distingue du « socialisme » issu des conceptions Léninistes : ce « socialisme » n’est pas une « étape intermédiaire » vers le communisme, c’est un capitalisme d’état où un étatisme fort compense partiellement par la fiscalité certaines des injustices inhérentes au mode de production capitaliste. Le communisme n’est pas « seulement » un « modèle idéal pour demain », c’est d’abord et avant tout un mode production et d’organisation sociale qui se distingue radicalement du capitalisme, un mode d’organisation sociale à zéro hiérarchies (Car toute hiérarchisation crée des classes distinctes potentiellement antagonistes. Y compris au sein d’une organisation politique).

      Enfin, il ne me semble pas qu’on puisse attribuer aux « refondateurs » la volonté de certains membres du PCF de le « liquider de l’intérieur » : C’est Robert Hue qui a privatisé l’Huma en le vendant partiellement à des marchands de canons, et c’est la direction mise en place autour de M.G. Buffet qui a organisé avant Congrès l’alliance avec Mélenchon pour les européennes (depuis février 2008, d’après les réservations de noms de domaines Internet) , et c’est déjà elle qui avait savonné la possibilité d’une candidature unitaire efficace en 2007. La candidature unitaire de Bové ne se serait peut-être pas avérée aussi catastrophique si (comme Besancenot) Marie-Georges Buffet n’avait pas préféré faire cavalière seule … Au dernier congrès, les différentes « tendances » du PCF ont regrettés des dysfonctionnemment graves de la « démocratie interne », et ce au delà de leurs différentes faà§on de concevoir cette démocratie (respect du mandat reà§u, horizontalité, représentativité des exécutifs, …).

      C’est pour celà que l’analyse de Lucien Sève ou ce texte-appel à la démocratie (directe) au sein des « partis de gauche » peuvent rassembler aussi bien les « refondateurs » qui refondent sans liquider que les communistes dits « orthodoxes » fidèles à l’analyse développée par Marx dans « Le Manifeste du Parti Communiste » et à ce titre prêt à « explorer toutes les possibilités de l’horizontalité » pour transformer l’organisation hiérarchique du PCF en organisation sans hiérarchie (c’est à dire en organisation communiste au sens où Marx a défini ce mot). Le « communisme de Marx » peut même rassembler bien plus largement, comme le prouve le nombre et la diversité des journaux et des sites qui ont également accepté de publier « Démocratie, direct ! ».

      • Démocratie, direct ! 8 février 2009 19:09, par Pascal Brula

        Incroyable de lire qu’un tel galimatias idéologique puisse se réclamer du communisme ! Ce texte idéaliste (au sens philosophique du terme, c’est-à -dire anti-marxiste, à savoir lorsque l’on fait passer ses propres rêves avant la réalité, ou encore lorsque la pensée se veut créatrice de la réalité concrète, c’est-à -dire que la pensée existerait avant la matière) relève aussi bien de la paraphrase du contenu idéologique réformiste véhiculé par la direction du PCF que de la pure invention historique ou encore du simplisme intellectuel qui consiste à citer une phrase d’un auteur, Marx en l’occurrence, pour se l’approprier. Comme quoi, plus que jamais, le PCF a besoin d’une formation digne de ce nom.

        Tout d’abord, il y a cette référence insistante au concept de « gauche » accolée d’une affabulation pure et simple sur sa signification. Tant qu’à faire, autant se créer sa propre histoire afin qu’elle colle à ce que l’on s’invente. Evidemment, comme il n’y a pas de « Manifeste du parti de gauche », à l’instar du « Manifeste du Parti Communiste », il est important de participer à la création de ce mythe : la « gauche » ! Le problème est bien là  : il est impossible de mettre une définition politique précise à ce que le mot « gauche » signifie. Cela sera donc toujours l’objet de spéculations bien inutiles. Tout au plus, il y a le positionnement de certaines forces politiques à l’Assemblée, à savoir à gauche de celui qui préside, ou… à droite de celui qui est situé dans le public ! C’est pourquoi je considère toujours le PS comme étant un parti de gauche, puisqu’il est positionné à gauche du président de l’Assemblée. Et historiquement, lorsque le roi a fait mettre à gauche ceux qui étaient contre les pleins pouvoirs au roi et à droite ceux qui étaient pour, je ne vois pas comment on pourrait inclure dans ce positionnement toutes les balivernes purement inventées que nous décrit ce texte. Au passage, je rappellerais à notre historien en herbe, que parmi ceux qui se situaient à gauche à l’époque, il y avait la bourgeoisie qui allait construire le capitalisme contre les forces féodales (la lecture de Marx pourrait lui être grandement salutaire).

        Plus proche de nous, il y a la manière dont nos dirigeants se sont fourvoyés (pour certains, je pense volontairement) en enfermant le PCF dans ce concept binaire droite/gauche, permettant de dévoyer notre combat fondamental contre le capitalisme. Le programme commun a été une catastrophe parce que l’identité communiste, le combat de classe s’est dilué dans cette opposition factice : droite contre gauche. C’est à partir de cette supercherie que Mitterrand et le PS nous ont envoyé dans le mur. Dans les années 70-80, à quoi bon voter communiste puisque l’important était que la « gauche » gagne (je constate qu’il en est de même aujourd’hui). A cette époque, dans bon nombre d’endroits, pour que la « gauche » existe, le PCF avait même créé ses partenaires (en l’occurrence le PS qui n’existait que ponctuellement) avec ses propres forces pour les tirer du néant. Cela a conduit à l’alternance à l’américaine que nous redoutions tant. Et notre combat de communiste est justement de redonner une conscience de classe aux franà§ais, c’est-à -dire de retrouver le véritable clivage antagonique qui se situe entre le capital et le travail (antagonique signifie que la résolution de cette contradiction passe par la victoire du Travail sur le Capital et que ce dernier doit être supprimé définitivement). Dans ce cadre, être communiste a un sens, celui que des générations ont donné par leurs combats et leurs analyses.

        Aujourd’hui, la direction nationale du PCF est complètement engluée dans cette mélasse droite/gauche, au point de ne plus avoir que ce mot à la bouche : MG Buffet ne s’inquiète plus que pour la gauche ! alors que les franà§ais ont vécu deux expériences qui les ont vaccinés, les années 80-90 avec l’union de la gauche et en 97-2002 avec la « gauche plurielle ». Les groupuscules anti-libéraux ou autres NPA n’arrêtent pas de se disputer le mot sans lui donner aucun sens, au point que cela en devient ridicule : « gauche de la gauche », « à gauche autrement », « 100% à gauche », « Parti de gauche », on a envie de dire, plus à gauche qu’eux tu meurs… Et pourtant, ils naviguent tous dans les eaux de l’inutilité et de la transparence vis-à -vis des franà§ais. Alors, que la gauche soit en crise, selon les termes employés par l’auteur du texte proposé, personnellement, je dis tant mieux et que cela continue. Il faut briser ce carcan dans lequel le capital cherche à nous enfermer. Cela doit permettre aux forces communistes de se reconstruire.

        Pour information à notre historien en herbe, je lui rappellerais que la seule époque de notre histoire qui nous a permis de réelles avancées contre le capital avec des expropriations de capitalistes et la création de la Sécu est la Libération et le programme du CNR. Et pourtant, au sortir de la guerre, il n’était absolument pas question de droite ou de gauche : la plupart des patrons ayant collaboré ouvertement, le clivage était alors correctement positionné, entre le capital et le travail. D’ailleurs, ce qui restait de la SFIO avait combattu les nationalisations de cette époque aux côtés de ce qui restait du patronat. Il faut relire l’histoire de la création d’EDF-GDF…

        En ce qui concerne les « refondateurs » appelés aujourd’hui « communistes unitaires », il est significatif que fondamentalement, ils ne présentent aucune différence idéologique de fond avec les autres courants réformistes puisqu’au dernier congrès, ils ont pour certains fait liste commune avec les huistes, pour d’autres participé directement à la liste de MG Buffet, et pour finir, ont été intégrés à la direction actuelle ! Je rajouterais que ce sont eux, avec notamment les éléments théorisés par L. Sève, qui ont écrit le texte du 33e congrès avalisé par toutes les tendances réformistes du PCF. Grosso modo, je suis désolé de l’apprendre à cet histrion, mais les « refondateurs » appellent à la liquidation du PCF et sont les initiateurs de l’appel de Politis à la création d’un autre parti… de gauche. Ce qui est incroyable, c’est que ceux qui dirigent le PCF actuellement, ont tous, peu ou prou, un pied dedans et un pied dehors. J’ai lu dernièrement un communiqué cosigné entre autres par le PCF et les « communistes unitaires » ! Ces derniers se considèrent donc déjà ailleurs et pourtant ils codirigent le PCF : comment cela peut-il marcher ?

        En ce qui concerne cette histoire de réseau qui serait de « gauche » opposé à une organisation pyramidale qui serait de droite, il s’agit d’une construction idéologique invraisemblable, tout d’abord en rapport à la réalité de ce qu’est le contenu véritable de l’opposition droite/gauche, mais surtout par rapport à ce concept d’horizontalité que je préfère personnellement partager avec des personnes du sexe opposé. Pour moi, L. Sève n’est pas instrumentalisé : c’est très consciemment qu’il structure idéologiquement la dérive réformiste des groupes qui co-dirigent le parti, par ses constructions théoriques auxquelles il tient à donner un label marxiste usurpé. Les huistes revendiquent la même analyse de fond et ont la même attitude, un pied dans la porte et la tête ailleurs : ce n’est pas pour rien si « refondateurs » et huistes ont fait liste commune lors du dernier congrès (tout en étant largement représentés dans la liste de MG Buffet).

        Ce concept de réseau ou d’horizontalité relève du spontanéisme le plus dangereux incompatible avec la lutte communiste qui nécessite une organisation bien structurée pour mener la guerre contre la dictature du Capital. Le rejet de Lénine, l’absence d’analyse… marxiste de ce qui s’est passé au XXe siècle dans les pays socialistes et l’acceptation de cette vision simpliste qui se cache derrière le mot magique « stalinisme », tout cela converge avec la dérive réformiste et le refus de mener la bataille de l’histoire avec un grand H presque revendiquée par la direction du PCF (les textes des derniers congrès sont vides de toute analyse de l’histoire ancienne ou récente). Cette démarche peut être qualifiée d’idéaliste, pensée complètement opposée à la philosophie marxiste. Elle imprègne complètement ce que l’on appelle la démocratie participative, dans laquelle les « gens », selon le vocabulaire actuel de la direction du parti, seraient capables spontanément, de construire directement le communisme (sans le socialisme, c’est-à -dire sans étape intermédiaire !!!) à partir de leur propre vécu complètement immergé dans l’idéologie capitaliste la plus rétrograde ! Mais après tout, ce texte incohérent n’est plus à une erreur et à une contradiction près.

        • Démocratie, direct ! 9 février 2009 03:06, par Minga

          J’aurais de loin préféré une critique du texte lui-même à ce salmigondis de mépris et d’ignorance … vous auriez dû lire Marx avant de déverser pareil fiel !

          Vous eussiez alors pu comprendre qu’il n’y a nul « spontanéïsme » dans ce texte, bien au contraire : vous y auriez reconnu Marx, celui du Manifeste. Vous éviteriez ainsi votre confusion récurrente entre l’évidente nécessité de s’organiser et la non moins triviale inefficacité de modes d’organisations déjà périmés au temps de Marx, parce qu’empruntés au « camp d’en face » !

          A force d’avoir peur de votre ombre, vous en arrivez à écrire : « Ce concept de réseau ou d’horizontalité relève du spontanéisme le plus dangereux incompatible avec la lutte communiste qui nécessite une organisation bien structurée pour mener la guerre contre la dictature du Capital. ». En gros, vous écrivez sans susrsauter que le cœur du cœur du concept de communisme « relève du spontanéisme le plus dangereux incompatible avec la lutte communiste » parce que vous confondez « bien structurée » et « pyramidale », au point de ne plus vouloir voir autour de vous et dans le monde les centaines d’exemples vivants d’organisations bien structurées sans hiérarchisme ni centralisme. Quitte à ignorer superbement les échecs récurrents de pyramides « bien structurées » par de glorieuses « avants-gardes éclairées » … à la bougie ! Il y a là un « idéalisme » spontanéïste complètement stérile à vouloir à tout prix recaler dogme (léniniste) et réalité. C’est totalement antinomique avec le matérialisme historique marxiste !!!

          Concernant la situation interne au Parti, on a pu constater dans toutes les « tendances » une tendance avérée de certains pour « aller à la gamelle » quitte à en avaler leurs cravates … Il n’en reste pas moins que nombre de communistes ont étés particulièrement choqués par l’absence de démocratie interne au dernier congrès (J’ai lu des textes où Danielle Bleitrach - pour ne citer qu’elle - ne mâche pas ses mots à ce sujet).

          Concernant l’antinomie absolue entre l’étatisme « socialiste » et le communisme, si vous n’avez pas compris plus haut et que pour vous Lucien Sève « sent trop le souffre » relisez Marx : cette question occupe une place importante dans « Le Manifeste ». Le « socialisme » n’est pas une « étape nécessaire » : c’est une illusion réformiste.

          C’est on peut le craindre le même genre de mélange d’ignorance dogmatique et d’illusions réformistes qui vous pousse à affubler une analyse marxiste que vous peinez visiblement à comprendre de vos épithètes mérpisantes (« galimatias incohérent » de « notre historien en herbe »), faute de disposer d’arguments plus pertinents ou, à défaut, plus courtois ?

      • Démocratie, direct ! 8 février 2009 22:52, par altercommunistes

        je complète l’excellente réponse de pascal par deux lectures pour une critique de fonds du réformisme de Lucien sève

        • des notes de lecture du premier tome du livre de Sève sur Marx, notes qui tentent d’illustrer l’intérêt de sa pensée tout en pointant les dérives qui le font structurer théoriquement la dérive réformiste du PCF

        http://www.utopies.org/spip/spip.php?article133

        • un texte plus radical qui cherche dans l’histoire de Sève, notamment face à Althusser les fondements de son réformisme.

        http://www.utopies.org/spip/spip.php?article136

        pam

        • Démocratie, direct ! 8 février 2009 22:57, par altercommunistes

          j’ai oublié dans les notes de lecture pour avoir un dossier complet sur sève, l’article publié sur ce site Communisme : Oui ! PCF : Oui !

          • Démocratie, direct ! 9 février 2009 03:58, par Minga

            Juste pour info : il y a vingt ans, j’ai été élu délégué au congrès à la conférence fédérale … alors que je n’étais pas candidat (devant déménager) ! Le secrétaire fédéral de l’époque voulait ainsi, m’a t’il dit, contrer les « refondateurs » de l’époque. En tant que communiste, ne vous en déplaise, je condamne ces méthodes.

            Ceci dit, les choses allant parfois mieux en le disant, je ne prône aucunement la « disparition » du PCF et encore moins l’abandon du communisme pour sa transformation en écurie de course dans la lutte des places. Votre critique de « l’organisation » actuelle du PCF rejoint la mienne sur un point : à défaut de communisme, s’il y a délégation de pouvoir (à un dirigeant ou à un élu), il doit exister des mécanismes démocratiques permettant de s’assurer de la bonne exécution du mandat reà§u.

            Enfin, quelle que soit la faà§on dont telle ou telle tendance peut « instrumentaliser Sève », je ne pense pas que ses analyses puissent être disqualifiées en les réduisants aux aléas conjoncturels des luttes de tendances internes au Parti, ou à ce qu’il en reste …

            Et en ce qui concerne le léninisme et Staline, quitte à vous contredire autant que celà avait contrarié Georges Marchais, je partage l’opinion de Jean Ferrat dans « Le bilan », « Camarade »

            • Démocratie, direct ! 9 février 2009 23:04, par altercommunistes

              si tu me permets, n’en reste pas à des déclarations générales.

              les textes proposés ne réduire pas Sève aux aléas du courant refondateur, mais évoque des questions critiques de sa théorisation, par exemple sur la lutte de classe au singulier qu’il oppose aux luttes des classes, rejoignant en partie ce que dit Negri. Proposes nous une critique argumentée de ces textes, ca nous sera utile.

              Je ne sais pas ce que vient faire la remarque sur Staline, en quoi ca joue dans notre critique de Sève ! Si ce n’est que le réformisme ne propose justement pas de critique matérialiste du stalinisme, alors que nous en avons le plus grand besoin, pour combattre toute criminilisation du communisme, tout en tirant les leà§ons essentielles des victoires et des drames du « socialisme réel ».

              Si en plus tu considères que Lénine = Staline, alors tu rejoins les discours qui veulent « défaire 1920 » et que nous combattons. Je te conseille par exemple la lecture du Lénine de M Lewin…