Présidentielles : retour de marché

Samedi 26 mars 2022 — Dernier ajout dimanche 27 mars 2022

Les discussions continuent sur les marchés et au porte à porte. Pour beaucoup de personnes, les opinions commencent à s’affirmer. Il y a toujours de nombreux hésitants, et donc des gens à motiver, à gagner au vote, mais les abstentionnistes déclarés sont plus déterminés, et une bonne moitié des contacts ont fait leur avis.

A Vénissieux, que ce soit au porte à porte ou sur le marché, on rencontre peu de vote de droite ou d’extrême-droite, en tout cas, il ne s’exprime pas et se retrouve sans doute dans ceux qui refusent la discussion, mais on rencontre des abstentionnistes, et des votes pour Mélenchon ou Roussel.

C’est d’ailleurs à l’image du collage sur les panneaux, où on ne trouve en général que Nathalie Arthaud, Fabien Roussel ou Jean-Luc Mélenchon. Pour l’instant, un seul collage pour Jadot et un seul pour Macron…

Bref, la discussion porte sur deux questions

  • faut-il voter ? à quoi ça peut servir ?
  • et faut-il voter pour celui qui semble en tête de la gauche, Mélenchon, ou pour le nouveau candidat communiste, Fabien Roussel ?

Ces deux questions conduisent en fait au même type d’échanges sur le sens du vote à une élection présidentielle.

D’un coté, ceux qui pensent que tout vote est inutile tellement l’expérience a montré que le vote est toujours trahi, que tous les gouvernements successifs ont aggravé les inégalités, précarisé le travail, affaibli les services publics, et soumis la France à la mondialisation capitaliste.

De l’autre, ceux qui veulent à tout prix trouver une solution pour éliminer Macron, et donc voter Mélenchon, d’accord ou pas avec lui d’ailleurs.

Les deux considèrent que la seule utilité du vote est de choisir le président de la république ! Quel effet aura l’élection sur la situation après le vote ? Cette question demande un effort de réflexion, oblige à sortir de la médiatisation de « la course à l’Élysée », et à réfléchir à ce qu’est le rapport de forces entre pauvres et riches, travail et capital, petites gens et puissants…

Ainsi, un argument qui fait mouche avec les abstentionnistes est simple « depuis que tu t’abstiens comme des millions de gens dans les milieux populaires, qu’est-ce que tu as gagné ? ». Mais il ne peut pas suffire, car la plupart disent que quoi qu’on fasse, c’est Macron qui sera réélu, c’est ce que le système prépare, c’est la logique des présidentielles amplifiées par les crises successives jusqu’à cette guerre qui plombe tout débat public. Et il faut reconnaitre qu’ils n’ont pas tort. Pour pouvoir battre Macron, il faudrait surmonter ce qui divise notre peuple depuis des décennies, il faudrait résorber par miracle le passif de la gauche qui a trahi, qui est passé à droite, brouillant les repères. Difficile aujourd’hui d’avoir une majorité en France pour donner plus d’argent aux services publics, à la Secu, à la solidarité.

Quand aux électeurs qui cherchent comment virer Macron, c’est la même chose. Ils ont l’impression que tout se joue le 10 avril, et oublient qu’après le succès des 7 millions de voix Mélenchon en 2017, on a été incapable de mobiliser autant de monde dans les grandes luttes pour le droit du travail ou les retraites. Bref, dès qu’on discute sur ce qu’ils feront après la présidentielle, c’est le flou ! Vont-ils faire un effort pour s’organiser dans leur travail, leur quartier, militer, organiser des actions ? Le vote semble un phénomène hors-sol, en dehors des luttes sociales, syndicales, associatives.

Cette question de l’impact de l’élection présidentielle sur le rapport de forces général est évidemment masqué par sa médiatisation, sa personnalisation. Et comme Macron peut se permettre d’être candidat sans mener campagne, tout est encore plus personnalisé.

Mais les discussions permettent de toucher du doigt la question fondamentale. Pourquoi voter ? Si le vote est réduit au choix du président, il devient inutile. Les abstentionnistes ont raison sur ce point, mais ne voient pas que le vote est autre chose, qu’il est une manifestation d’un rapport de forces qui précèdent et qui suit l’élection. Les déçus de la gauche et les oubliés du communisme sont eux dans l’illusion du vote magique qui inverse le rapport de forces. Mais dès qu’on discute sur ce rapport de forces, pas seulement celui apparent exprimé par les sondages, mais celui de l’expérience sociale de chacun dans les manifestations, les grèves, alors on peut gagner l’idée que le vote va structurer le rapport de forces après l’élection !

Et c’est essentiel. En Grève, Tsipras avait promis de résister à l’Union Européenne, par référendum, les grecs lui ont fait confiance, et Tsipras a trahi ! Au Chili, Allende a voulu résister mais le peuple n’a pas organiser la résistance et Allende a été tué.

Aucun vote n’est utile s’il ne contribue pas à organiser le peuple pour mener les actions nécessaires à tout changement. J’ai eu cette discussion de nombreuses fois. Croyez-vous que les riches vont se laisser faire si un gouvernement remet en cause leurs privilèges. Mais alors, puisque vous savez que les riches se battront, croyez-vous que notre peuple sera capable de s’unir, de s’organiser, de défendre un changement politique ?

Cette discussion permet de faire grandir l’idée que le bulletin de vote est plus que le choix d’un président. Il est l’expression d’un engagement pour l’action demain, il est le marqueur du rapport de forces dans le pays. Et alors, rien de mieux qu’un vote communiste. C’est celui qui a le plus de forces, qui porte les idées les plus révolutionnaires, qui porte l’évènement politique majeur qui est possible et qui ferait la une, « le retour du parti communiste ».

Ainsi, un couple typique de l’électorat communiste, ex-salariés de l’industrie, jeunes retraités me disent. Mélenchon est le seul qui a une petite chance de nous virer Macron. On n’est pas d’accord avec lui sur plusieurs choses, mais quoi faire d’autre ? Pourtant ce ne sont pas comme Mélenchon des supporters de François Mitterrand. Au contraire, ils me parlent du rôle de Mitterrand pendant la guerre d’Algérie signant l’exécution du communiste Fernand Yveton. Et ils ont clairement conscience que Mitterrand après avoir capté l’espoir à gauche, a engagé le virage à droite des socialistes. Ils avaient voté Georges Marchais, mais ne croient pas que le parti communiste puisse revenir. La discussion est passionnée et longue !

De même, une femme dont les parents étaient des communistes connus, son père un ancien de Berliet. Elle hésite devant la candidature de Fabien Roussel. Au fonds, cela fait tellement longtemps qu’elle n’a pas voté communiste qu’elle ne sait trop si c’est possible ! Il est vrai que depuis 20 ans, le parti communiste s’est effacé au plan national, et elle s’est habitué à voter Mélenchon. Là aussi, discussion passionnée et longue. Un argument qui la fait réfléchir, l’avenir et la jeunesse. Elle sait que quand elle était jeune, le parti communiste permettait l’engagement de milliers de jeunes pour un autre monde, pour une autre société. Et cette énergie de la jeunesse se dissous aujourd’hui dans des batailles locales, partielles, sans pouvoir espérer une autre société, parce-que le parti communiste est trop faible. Un bon résultat de Fabien résultat, un très bon résultat même, ce serait le retour de cette utopie qui peut mobiliser les jeunes. Et ce sont eux qui peuvent reconstruire !

On mesure mieux qu’avant cet électorat communiste potentiel bien plus large que ce que donnent les sondages, mais qui a « perdu l’habitude ». A l’évidence, Melenchon bénéficie du long effacement du PCF bénéficiant d’un électorat qui a pourtant toutes les raisons de voter communiste.

Ce qui est sûr, c’est que les abstentionnistes comme les oubliés du communisme ont pour la première fois depuis 20 ans la possibilité de voter communiste, c’est à dire de peser sur le rapport de forces politique qui fera la France pendant des années, et d’ouvrir une perspective à la jeunesse, pour reconstruire un mouvement populaire uni et déterminé.

Ce qui est sûr, c’est que Fabien Roussel a déjà gagné plusieurs batailles, à commencer par l’unité retrouvée des communistes, mais aussi d’imposer la place du parti communiste dans les médias, et de faire des priorités de son programme des sujets de campagne médiatique, les salaires, le bien vivre, l’industrie, l’énergie… Et ces priorités rencontrent l’actualité avec force !

Oui, dans les crises qui nous frappent, notre peuple a droit aux « jours heureux » et c’est ce qu’ils peuvent dire en votant Fabien Roussel

Meeting de Fabien Roussel à Avion (62), jeudi 24 février

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