Aider à verbaliser des sentiments et des idées pour dépasser le drame Message de Hubert Wulfranc, maire de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime),

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En ce qui concerne l’attentat du 26 juillet dernier à Saint Etienne du Rouvray, il y a lieu de noter, en premier lieu, un fond de réalité tragique. Ce dernier persiste sans doute encore.

Le jour même, et durant les jours et les semaines qui ont suivi cet attentat, un nombre très significatif (1100 mails ou courriers postaux et 1200 témoignages sur les registres mis à disposition à l’accueil de la mairie), tout d’abord de stéphanais et de stéphanaises, mais aussi de France et du monde entier, ont exprimé des propos et des écrits qui ont aidés les gens à verbaliser des sentiments et des idées témoignant de leur espoir de dépasser ce drame.

De manière générale, le pays, me semble-t-il, a trouvé que notre comportement était digne.

L’hommage de la ville au père Jacques Hamel, les échanges, les témoignages, le regard des autres, du chef de l’État aux citoyens de tout le pays, ont été très importants pour ­redémarrer.

Dès le jour même de la tragédie, chaque action, chaque mot, a constitué une étape de reconstruction.

Ce qui est ­décisif, c’est d’emprunter le chemin dans la dignité.

Il faut absolument cela pour aller mieux.

C’est ainsi que notre priorité pour Saint-Étienne-du-Rouvray a été de nous occuper de notre ville de façon très pragmatique.

Dans ce cadre, nous avons préparé avec beaucoup de soin une étape cruciale et très concrète de sociabilité majeure, en dehors de tout événement exceptionnel, qui est celle de la rentrée scolaire.

Un gros travail s’est engagé : Réunion de tous les agents concernés (agents d’accueil, périscolaires, restauration municipale….) avec le maire, le 1er adjoint, le responsable de la police municipale, la responsable de la cellule psychologique…remise d’un teeshirt aux personnels travaillant au contact des enfants dans les écoles, création d’un badge « bien vivre ensemble »…

On y a apporté aussi du sourire avec l’opération collective « 1000 grues pour la paix »( symboles de paix universelle au lendemain d’Hiroshima) matérialisée sous forme d’origamis collectifs, invitant les enfants à manifester leur attachement à la paix et à la solidarité.

1000 pliages ont déjà été réalisés. Une fresque, composée par une plasticienne avec ces derniers, est en cours de réalisation.

Et notre rentrée scolaire s’est très bien passée.

De manière plus générale, la situation appelle à un échange démocratique au plus haut niveau sur les politiques publiques conduites dans ce pays. Je n’ai pas la prétention aujourd’hui, de par mon statut et suite à la confusion des idées dans laquelle nous sommes tous, de tracer des lignes strictes à suivre ou de distribuer bons et mauvais points.
J’ai des convictions, qui trouvent écho dans les positions de ceux qui me sont très proches au niveau national. Je n’ai pas changé de convictions. Mais le temps n’est pas à ce que je m’exprime sur ces bases-là. Ce temps viendra, plus tard. Tous les citoyens, tous les élus de proximité, quelle que soit leur sensibilité républicaine – et cette sensibilité veut déjà dire beaucoup –, cherchent une parcelle de conviction à réactualiser et à faire remonter au niveau national.

J’ai pour ma part parlé de ­l’importance considérable du champ politique public national au président de la ­République. Je n’en dirai pas plus sur cet échange.
Il y a sans doute lieu également de dépasser les slogans de manière concrète pour obtenir des actes. L’hommage stéphanais au prêtre n’était pas un slogan, mais un acte. Nous devons matérialiser, incarner ce que nous portons.

Dans mon discours, j’ai dit que l’État de droit que notre peuple s’est donné est l’outil de notre République. J’ai insisté sur ce que cela doit vouloir dire tous les jours.
Cet État de droit est aussi un État de devoirs que chacun d’entre nous doit respecter. J’ai insisté sur la bienveillance, plutôt que sur la surveillance.

Ce qui n’est pas anodin. La bienveillance, c’est à la fois l’empathie avec les gens mais aussi la fermeté respectueuse. Nous devons continuer à construire un discours de responsabilité citoyenne, sans galvauder les mots.

Dire cela, soutenir cela, c’est aussi admettre et reconnaître que parfois on ne va pas dans le bon sens. C’est accepter de se remettre en cause et de se faire parfois remettre à sa place. Quand je dis cela, je dis de rester digne, sans se précipiter, sans s’écharper, pour agir avec discernement.

Nous devons reprendre le temps de nous inscrire dans la réflexion.

Nous sommes dans un moment de vie du pays où j’ai le sentiment qu’il y a tellement d’enjeux, de risques de basculement possibles qu’il faut tourner cent fois sa langue dans sa bouche.

Pour ma part, je n’ai pas de téléphone portable. Les conditions de la communication aujourd’hui sont telles que l’on est très vite dans l’émotion, que ce soit dans l’enthousiasme comme dans la peur ou la condamnation.

Dans ce contexte, j’appelle à avoir et à partager une discipline et une éthique. Les enjeux sont trop importants.

Il faut s’exprimer avec sérénité et fermeté.

J’ai essayé de dire aux adultes de Saint-Étienne-du-Rouvray : veillez à votre parole et à la mesure de vos paroles. Soyez acteurs et soyez vigilants à la modération de vos actes, surtout si vous êtes sur le fil sombre. Je leur dis à la fois de dialoguer, de rappeler dans quelle société ils veulent vivre, et de faire attention au quotidien s’ils sont en colère, s’ils sont dans le rejet. Si par exemple quelqu’un entre dans une logique d’exclusion, je lui dis que cela n’est pas juste pour ceux qu’il exclut, mais je lui dis aussi que cela va se retourner contre lui, ou contre ses enfants. Quand on s’invente des ennemis, on en crée, et à la fin tout le monde est toujours perdant.

Sur un autre plan, la France mène des actes et des missions militaires à l’étranger. C’est une réalité. Mais jusqu’à preuve du contraire, sur le terrain de nos villes et de nos villages, je ne vois pas de citoyens en situation de guerre civile effective. Il est primordial de le préserver. Nous avons beaucoup de travail à mener sur les conditions de préservation de cet état de paix effectif.

Le terrorisme n’a rien à voir avec l’islam. Beaucoup le comprennent. Dans notre ville, la démonstration a été faite qu’il y a une tolérance, une ­acceptation entre les croyants de toutes religions et les non-croyants..

Nous devons tous veiller et travailler au dialogue et à la paix. C’est ce que faisait le père Hamel. C’est ce que fait l’imam ­Karabila de la mosquéede Saint Etienne du Rouvray. Si on ne fait pas ça, on laisse les portes de la boutique ouvertes à ceux qui ne sont pas républicains.

Les valeurs de respect, de justice, de paix, d’amour sont partagées par beaucoup. Nous avons donc des choses à nous dire.

Pour ce qui concerne la religion catholique, quand le pape dit que l’argent est le premier facteur du terrorisme mondial, je trouve cela positif.

On a tous des choses à se dire, croyants comme non-croyants. Tous les citoyens doivent réfléchir dignement, avec bienveillance, en tant que citoyens.
C’est comme ça que l’on trouvera les bonnes solutions.

Ces dernières ne peuvent être que démocratiques et communes.

Amitié,
Hubert Wulfranc

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