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Cinq leçons électorales pour la métropole et ceux qui l’ont cru…

Vendredi 17 avril 2026

L’élection métropolitaine de mars 2026 était très attendue. C’était la deuxième élection au suffrage universel de cette « collectivité à statut spécial » créée par le coup de force de deux anciens présidents imposant la transformation de la communauté urbaine en département, bousculant les communes réduites à la portion congrue…

En 2020, c’était la première édition, naturellement dominée par l’histoire des élections municipales. Pourtant déjà, le centre, la gauche et les écologistes avaient imposé au niveau métropolitain une démarche très « présidentielle », un candidat à la présidence de la métropole qui n’avait de réalité que médiatique puisque l’élection métropolitaine est en fait constituée de 14 élections indépendantes avec 14 têtes de liste et des configurations politiques différentes… Les communistes avaient tenté de défendre une autre conception de « métropole des communes », et Michèle Picard avait conduit une liste « Portes du Sud » hors de l’accord départemental de la gauche unie… Elle était arrivée en tête au premier tour…

Le covid et le confinement, une abstention record, le report du deuxième tour, tout a fait de cette élection de 2020 un cas particulier. La victoire des écologistes à Lyon, avec 30 000 voix au premier tour, 10% seulement des inscrits, entraîne la bascule de la métropole. La fusion de la liste Michèle Picard avec les écologistes permet d’envoyer 8 élus de gauche des portes du sud. Une situation nouvelle dont l’élection de 2026 permet de faire un bilan. Il est dur pour la gauche métropolitaine.

Carte des élections métropolitaines 2020-2026

1/ c’est un échec pour le projet politique métropolitain.

Au-delà de la défaite politique de la gauche, le résultat est cruel pour le projet métropolitain. La métropole n’est pas un espace politique autonome. L’immense majorité des électeurs ont voté pour choisir un maire, il n’y a pratiquement pas eu de campagne métropolitaine à proprement parler, tous les militants étaient engagés dans leur campagne municipale, Jean-Michel Aulas a joué de la confusion ville-centre métropole. C’est le candidat à la mairie de Lyon qui est mis en avant. La candidate à la présidence de la métropole est en arrière plan pendant une longue période, avant de prendre de l’assurance au fur et à mesure que Aulas se retrouve en difficulté pour la ville…

Bruno Bernard a construit son mandat sur la légitimité propre de la métropole, comme espace politique avec des compétences nombreuses, des moyens considérables, 4 milliards de budget permettant une prévision d’investissement de 3,6 milliards sur le mandat… sans voir venir le piège. La communauté urbaine avait déjà une prévision d’investissement de 3 milliards avec un budget de seulement 2 milliards. Elle était une machine à projets, la métropole est d’abord un département avec des charges sociales lourdes… Et la crise est venue… covid, énergie, inflation, taux d’emprunt… l’effet ciseau, comme disent les financiers des collectivités, s’est refermé et à l’été 2024, Bruno Bernard est contraint à des révisions difficiles, sur les investissements comme sur les effectifs et les subventions… Il mène la campagne 2026 en expliquant qu’on devra faire beaucoup moins demain.. les spécialistes évoquent 2,5 milliards d’investissements seulement…

La droite a très vite fait le pari de l’échec, se présentant comme le parti des maires de la périphérie contre la ville centre. Elle est largement majoritaire à la conférences des maires, seulement 9 maires de gauche sur 59, et elle en profite pour faire monter la contestation de la métropole. C’est étrange puisque le projet métropolitain est né avec Sarkozy, s’est développé avec le centre et la macronie ! Mais c’est la logique politicienne de ce jeu majorité-opposition qui creuse cette crise démocratique et conduit à un taux record d’abstention. Un cas illustratif est cette terrible ZFE qui sera le gros dossier du mandat, totalement oublié ou effacé dans la campagne, et qui se termine en eau de boudin par un vote de suppression de l’assemblée plein de rebondissements politiciens dans un mauvais vaudeville parlementaire…

La fracture entre le centre de la métropole et sa périphérie est profond et les défenseurs de la métropole n’ont pas voulu le voir venir, malgré les alertes notamment des élus communistes. Oui, il faut construire une métropole des communes et des citoyens, et cela suppose de reconnaître la légitimité de chaque commune dans le cadre même des politiques métropolitaines. Ce n’était pas le but des auteurs de la loi MAPTAM, mais la réalité est plus forte que les idéologies et les électeurs ont clairement dit qu’ils ne voulaient pas de cette métropole qui écrase les communes.

Les résultats des élections métropolitaines 2026 entre centre et périphérie

D’ailleurs la situation lyonnaise à contre-courant des prévisions est un pied de nez au projet métropolitain. Collomb n’aurait jamais imaginé se retrouver avec un maire de gauche et une métropole de droite ! Il disait même qu’un jour, on appellerait la métropole simplement « Lyon ». Et c’est entre autres la confusion choisie par Aulas entre ville et métropole qui a permis à Doucet de reprendre brillamment la main dans la campagne municipale ! Une revanche des communes !

A Villeurbanne, le maire sortant fait un beau score de 42,6% mais Bruno Bernard sur le même territoire fait 1000 voix de moins, (-1,2 points) aux métropolitaines, tout comme Jean-Charles Kohlhaas, candidat aux deux élections à Oullins, mais qui fait 100 voix de moins aux métropolitaines qu’aux municipales… deux symboles pour des acteurs clés de la métropole écologiste. La métropole ne mobilise pas les électeurs. Dans une élection séparée, l’abstention métropolitaine serait encore plus forte, c’est un peu comme pour la région ou les européennes qui ne sont pas des objets politiques citoyens.

2/ c’est un échec pour la stratégie de présidentialisation métropolitaine.

Aulas, le candidat surprise de l’union du centre et de droite mis en avant médiatiquement pendant des mois était candidat maire et pas président de la métropole. C’était déjà une mise en cause de cette présidentialisation de la métropole. La bataille médiatique s’est concentré sur le poste de maire de Lyon, tout en mettant en avant des dossiers métropolitains, la confusion était-elle volontaire ? En tout cas, il est en échec !

Soyons clair, personne n’a voté pour un président de la métropole… C’est la deuxième leçon et elle est particulièrement dure pour Bruno Bernard. C’est lui qui a choisi cette stratégie présidentielle, considérant que c’était beaucoup plus important que toute bataille municipale, persuadé que son aura de président de la plus grande collectivité allait s’imposer dans les débats électoraux, considérant même que c’était possible de perdre Lyon et de garder la métropole… cruelle ironie.

Il y avait une autre stratégie possible, avec des campagnes spécifiques à chaque circonscription, s’appuyant sur les personnalités politiques de la circonscription, en lien avec les batailles municipales dominantes dans la campagne… Plusieurs maires de gauche ont alerté, proposé en début de campagne… en vain.

3/ c’est un échec pour la gauche qui recule encore dans la métropole.

Evolution cartographiques de la gauche dans l’aggloomération
Une carte montrant le poids de la gauche en % des inscrits serait encore plus dure

En 2001, il y avait 13 villes de gauche dans la métropole, dont une élue dès le premier tour, St-Priest

En 2008, il y a 16 villes de gauche, dont 9 élues au premier tour et la ville centre, c’est la vague qui réagit à la victoire de Sarkozy….

En 2014, il reste 9 villes à gauche qui perd Francheville, Grigny, Saint-Fons, Meyzieu, Chassieu, Saint-Priest, Mions

En 2020, la gauche gagne Neuville-sur-Saône, et regagne Saint-Fons, mais perd Bron et Rillieux

En 2026, elle perd Corbas et Neuville-sur-Saône. Il reste donc 7 villes à gauche sur 58..

Son affaiblissement se mesure en poids électoral dans toutes les communes. Elle s’affaiblit en % des inscrits dans la périphérie, disparaît même parfois à Chassieu, Ecully, Mions… Elle se renforce à Lyon et dans la confrontation à Vaulx et Villeurbanne (en tenant compte de Jean-paul Bret).

La gauche par commune en % des inscrits entre 2008 et 2026

Les trois victoires de LFI se font contre la gauche, il n’y a plus de maire communiste, il reste deux maires socialistes, dont un élu sans étiquettes, et deux maires écologistes, dont un élu très centriste contre la gauche… La belle victoire de Grégory Doucet contre tous les sondages ne peut cacher le bilan. Lyon n’emmène pas l’agglomération vers la gauche, au contraire, la gauche est encerclée par la métropole à droite…

Carte des élections métropolitaines 2020-2026

4/ C’est un échec pour les stratégies de division à gauche

Les communistes ont proposé partout où ils le pouvaient le rassemblement de toute la gauche, de l’extrême-gauche aux radicaux, avec insoumis, écologistes et socialistes, pour faire face aux dangers des droites. Les divisions nationales entretenues aussi bien par Glucksman que par Mélenchon n’ont pas permis une vraie discussion locale. Même à Vénissieux où pourtant communistes et insoumis avaient solidairement fait échouer les tentatives socialistes en 2014, puis macronistes en 2020 de faire tomber la plus grande ville communiste de province, l’union n’a pas été possible. Répétons-le, dès le printemps 2025, les communistes de Vénissieux ont proposé l’union à LFI, répété en juin, en septembre pour finalement s’entendre répondre que la décision se prenait à Paris. Et même au soir du premier tour, devant la réalité d’une droite en place pour battre le député insoumis dans sa propre circonscription, il n’a pas répondu aux sollicitations !

Cela dit, le choix d’une stratégie nationale autonome de LFI n’était que le pendant des polémiques incessantes contre LFI et Jean-Luc Mélenchon, de cette tentative de gagner à gauche contre une partie de la gauche, alors que l’abstention et le vote RN progresse partout. Ces polémiques sont tombées de plus dans le pire du médiatique, utilisant l’antisémitisme comme prétexte pour cacher le refus de la solidarité avec la Palestine. Au moment même où l’impérialisme USA en faillite et un Trump erratique et fascisant nous impose la guerre, la gauche est incapable de porter unie l’exigence de la paix, le refus de l’économie de guerre. Et si LFI en joue, les premiers responsables sont les dirigeants de gauche qui, comme en 1914, défendent le militarisme, l’OTAN, l’affrontement face aux BRICS.

Pour LFI, c’est une victoire à la Pyrrhus, des élus bien négociés au premier ou au second tour, aussi bien avec les socialistes, les écologistes que les communistes, quelques maires, et donc des sénateurs et des signatures pour les présidentielles, mais sur un terrain social plus fracturé que jamais ! Les maires LFI de Vaulx et Vénissieux battent des records d’abstention ! A Vaulx, oublions 2020 et le COVID, l’abstention était au premier tour de 56% en 2008, 62% en 2014, 63,4% en 2026 ! A Vénissieux, elle passe de 51,8% en 2008 à 55,8% en 2014 et atteint 62,9% en 2026 ! Bien sûr, c’est d’abord le problème des équipes sortantes qui n’ont pas réussi à mobiliser plus, mais c’est la réalité sociale et politique qui est révélée et que LFI en fait en rien reculer !

C’est la même chose pour les scores de l’extrême-droite qui passe 10 à 19% à Vénissieux et gagne deux élus, tout en ayant pour la première fois un groupe politique à la métropole ! Et les conditions de constitution de la liste LFI de Vénissieux confirment qu’elle ne fera pas reculer la crise politique. Un mélange d’insoumis, de macronistes, d’écologistes qui avaient refusé l’union en 2020, d’écologistes qui ont défendu la ZFE à Vénissieux pendant le mandat… C’est la course aux places pendant que l’abstention se creuse !

C’est une terrible leçon dont on peut craindre que personne ne l’entende. Les divisions à gauche font le jeu de l’extrême-droite !

5/ C’est un échec pour le droit des femmes.

Si une femme préside la métropole, le nombre de femmes maires passe de 25 à seulement 18 ! Malheureusement, LFI a fait le choix de privilégier le cumul des mandats en s’appuyant à l’ancienne sur ses députés hommes… réservant ses têtes de listes femmes aux circonscriptions ingagnables. Est-ce un hasard si la priorité de la campagne LFI s’est concentrée sur deux villes avec une femme maire ? Dans les quartiers, c’est un sujet de discussion.. Dans la foule fêtant la victoire de Lahmar à Vaulx-en-Velin, tout le monde a remarqué la très grande majorité d’hommes… certains ont entendu les remarques racistes et sexistes contre Hélène Geoffroy.

Le phénomène metoo a laissé croire que la situation des femmes s’améliorait, mais si le sujet est devenu très médiatique, si dans certains milieux aisés, on discute beaucoup de masculinité et d’homme reconstruit, la vérité pour les jeunes filles des milieux populaires est beaucoup plus contradictoire. Beaucoup sont comme tous les jeunes exigeantes pour leur droits, leur réussite, leur liberté, mais beaucoup font face aussi aux pressions familiales, des communautés. Et on peut lire sur certains réseaux des arguments de campagne terribles, ce serait « haram » de voter pour une femme !

Conclusions, entre autres pour les communistes, mais pas seulement…

Il y avait une promesse métropolitaine, on pouvait relier l’urbain et l’humain, la solidarité et l’attractivité, le centre et la périphérie… cachant une ambiguïté métropolitaine, quelle place aux communes ? Et un non-dit… une métropole pour qui ? pour réparer les injustices d’une métropole concentrant les cadres et renvoyant les pauvres ? et une métropole dans quelle société ? un capitalisme social ? un libéralisme déchaîné ? un impérialisme en faillite choisissant la guerre ?

La liste écologiste de 2020 avait un slogan qui n’éclairait ni cette ambiguïté, ni ce non-dit : « la métropole pour nous »… Nous avons tout fait pendant 6 ans pour faire réussir une politique qui sur de nombreux sujets, social, logement travaillait à réduire les injustices. Mais nous n’avons pas su éclairer les ambiguïtés, et nous n’avons pas pu « élargir la base populaire de la majorité métropolitaine ».

Dans les débats préalables à la loi MAPTAM, certains proposaient carrément la disparition des communes. C’était trop brutal, et il a fallu un compromis mal défini dans la loi et renvoyé au « pacte de cohérence métropolitain » soumis au vote du conseil de métropole, mais aussi à la conférence des maires. Le pacte proposé par Gérard Collomb a été révélateur de ses intentions, l’inscrivant clairement dans l’histoire girondine contre la république. Les communistes l’avaient critiqué comme La métropole contre la république ?! . En 2020, nous avons de nouveau proposé de donner plus de places aux communes dans le débat politique métropolitain. Notre amendement, voté après de longues discussions, proposant qu’une maire puisse demander que l’avis de sa commune soit annexé à une délibération métropolitaine a été en pratique ignoré par les maires de droite qui pourtant protestait que leur avis n’était pas entendu ! La droite avait fait ce choix assumé de l’opposition frontale, et la majorité n’a pas su sortir de ce piège, pas su comment renvoyer la contradiction à ceux qui ne voulaient pas de coconstruction.

Quand aux injustices sociales, malgré toutes les politiques métropolitaines de solidarité, les inégalités se sont aggravées dans la métropole, le mal logement s’est aggravé… Et l’attractivité métropolitaine n’a pas résisté à la crise française, à la désindustrialisation qui continue entre autres dans la vallée de la chimie. C’est une question que les communistes discutent depuis un bon moment : « le communisme municipal ne protège pas de la crise du capitalisme ». C’est une question que la majorité métropolitaine n’a pas saisi à temps…

Quand les communistes ont commencé au printemps 2025 leurs discussions sur la préparation des élections, ils cherchaient le chemin pour « rassembler les forces progressistes dans un débat public fraternel ». Mais les situations locales ont pris le pas sur une stratégie commune tenant compte des métropolitaines, conduisant à des situations hétérogènes, jusqu’à l’opposition entre un accord avec LFI à Vaulx-en-Velin quand LFI attaquait le PCF à Vénissieux. Chaque force de gauche a géré son intérêt comme s’il n’y avait pas de risque à droite, accord PS-Verts négocié en privé très favorable au PS en cas de victoire, soutien du PS a la gauche vénissiane en gardant le macroniste LBK jusqu’au dernier moment et son transfert à LFI, militants écologistes faisant le pari LFI contre la gauche à Vénissieux…

Nous n’avons pas su, au fonds, nous n’avions pas la force, d’obtenir un vrai travail de rassemblement sur un projet, tenant compte des situations de chaque circonscription, reliant bataille métropolitaine et batailles municipales…

Leçons en résumé

  • la métropole n’est pas un objet politique électoral. C’est une machine technocratique.
  • les communistes ne peuvent reconstruire leur force dans l’ambiguïté à gauche, leur faiblesse est réelle, mais l’histoire n’est pas finie…
  • la gauche ne peut faire reculer la dérive à droite sans reconstruire ses liens avec le monde du travail et les milieux populaires
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