Copenhague : les priorités du capital ? Mobilisation contre la pauvreté et la faim au Nord et au Sud

, par  pamillet , popularité : 7%

Entendu dans une des innombrables émissions consacrées à Copenhague et au réchauffement climatique. Un intervenant accueilli par un instituteur dans une école pour expliquer les enjeux du défi climatique et la nécessité d’actions urgentes pour sauver la planète...

Imaginez un seul instant un intervenant accueilli par un instituteur venant expliquer dans une classe le défi de la pauvreté et la nécessité d’actions urgentes pour sauver l’humanité de la guerre et de la faim...

problème ?

On assiste dans le déferlement médiatique autour de Copenhague a deux opérations idéologiques de grande ampleur


(dessin transmis par patrick mignat)

D’abord, la construction d’un nouveau discours de justification du système, utilisant tous les moyens modernes des médias, organisé dans la connivence entre interventions étatiques, de terrain, politiques et associatives, idéologiques et scientifiques... dans le consensus permanent entre gauche et droite, écrasant toute contradiction d’intérêts sociaux, allant d’ultra écologistes partisans de la décroissance humaine à une extrême droite sacralisant la nature immortelle associée aux vertus des traditions.

Cette domination idéologique est moderne, ne s’affirme pas d’en haut uniquement, mobilise des forces sociales importantes récupérant notamment des acteurs et des pratiques de "l’alter-mondialisation", avec un sommet de Copenhague faisant écho aux sommets de Seattle ou Gênes.

Mais l’effet est impressionnant. Qui oserait poser une question ?

Et pendant ce temps, un milliards d’être humains survivent dans la misère, des millions d’enfants meurent de faim en silence, des guerres continuent et tuent, les émeutes de la faim sont oubliées, les conséquences sociales de la crise dans les pays développés sont oubliées, l’explosion du chômage et de la précarité en France laisse de marbre artistes et peoples en goguette à Copenhague, comme les milliers de jeunes intérimaires sortis des usines en 2009 et qui désespèrent dans leurs cités.

Personne ne répond aux appels des urgentistes et des psychiatres qui alertent sur les hôpitaux en péril, sur les hôpitaux psychiatriques bondés par les conséquences des souffrances sociales et qui ne peuvent que constater les dégâts.

Le téléthon est passé, les resto du coeur aussi... tout le monde s’en fout (enfin, le monde médiatique !)

Les forces dominantes ont réussies à nous faire croire que l’urgence était de sauver la planète, quitte à laisser tomber l’humanité ! Et on ne peut que constater que l’écologie politique est la matrice qui permet cette guerre idéologique, faisant notamment suite aux interrogations du mouvement social devant son incapacité à monter le ton face à l’arrogance de la bourgeoisie et de son bras financier en 2009.

Dans l’excellent film de Michael Moore "Capitalism, a love story", on mesure comment Obama est arrivé à point pour ouvrir une issue à une crise politique aux USA qui s’était cristallisée dans le refus du congrès de voter le plan Paulson de soutien aux banques. Dans le même temps, Obama progressait dans les sondages et le lien entre un refus naissant du capitalisme avec des millions de familles à la rue, et la succession de Bush pouvait être ouvert. Ce sont alors les grandes banques, dont la célèbre Goldman Sachs qui faisait la pluie et le beau temps au ministère des finances de Bush qui a décidé de soutenir massivement Obama, signal fort qui a conduit à remplacer un président soutenu par les pétroliers, par un président soutenu par... les financiers de Wall Street, contre lequel les électeurs croient l’avoir élu...

Mais une fois résolu cette crise aux USA, et une fois les banques renflouées, le problème reste entier, et dans le monde entier. La colère populaire contre une inégalité qui bat tous les records est potentiellement toujours là. Comment la faire taire ? La répression est possible parfois, mais pas toujours et partout !!

Alors vive Copenhague et le défi climatique ! voilà un sujet que les pauvres ne peuvent pas refuser puisqu’on peut même leur dire que ce sont eux les premières victimes. Donc Copenhague, c’est aussi du social !

Et voilà la deuxième opération idéologique après l’effacement de la crise sociale par le défi climatique pour occuper les mobilisations citoyennes. Il s’agit d’aller encore plus loin en faisant croire que le capitalisme va sortir de sa crise par les vertus d’une "nouvelle économie" verte et vertueuse...

Car si ce n’était pas le capitalisme qui posait problème, mais un capitalisme productiviste, gâcheurs de ressources naturelles, un capitalisme ancien du pétrole et de l’automobile, du nucléaire et de l’électricité, et qu’un nouveau capitalisme vert, celui de l’éolien et du photovoltaique, de l’immatériel et du local, de la biodiversité et de l’artisanat, peut se développer en créant des emplois partout, non délocalisables... Alors ouf, c’est plus facile que de faire la révolution ! Plus besoin de s’affronter avec le capital, il suffit de défendre les bons capitalistes contre les mauvais !

Et ça présente un autre avantage certain... Cela justifie que les états soutiennent fortement ce "bon capitalisme", en lui accordant subventions et privilèges. Opération extraordinaire ! Presque tout le monde a protesté contre le financement des banques, et personne n’accepterait qu’on donne des dizaines de milliards aux grandes groupes pétroliers,. Par contre, tout le monde se félicite du tarif d’achat garanti de l’électricité imposé à EDF et qui représente, si les objectifs du Grenelle sont atteints en 2020 un montant total supérieur aux 35 milliards du grand emprunt ! des milliards qui vont ou ? et bien aux nouveaux entrepreneurs de l’éolien (depuis qu’ils sont subventionnés, le prix d’investissement a doublé !) ou du photovoltaïque (avec un réseau d’installateurs locaux certes, mais revendeurs massifs de produits provenant des USA ou d’Asie [1]

Bien sûr, c’est de l’idéologie ! Derrière ces "nouveaux capitalistes", il y a bien sûr tous les autres... Les grands pétrolier sont les premiers investisseurs dans les énergies renouvelables, les réseaux des circuits courts de distribution ne restent pas associatifs longtemps et les grands se réorganisent pour capter ces nouveaux flux de consommation, les banques sont bien évidemment dans tous les coups, concentrant toujours la maitrise par les vrais décideurs de la capacité à extraire du profit pour l’accumuler toujours au même endroit.

De fait, le capitalisme vert, c’est toujours le capitalisme, c’est à dire l’exploitation de millions d’être humains par une classe sociale dominatrice et arrogante, violente et vulgaire.. qu’elle soit repeinte en vert ne la change en rien !

Mais cette deuxième opération idéologique n’a pas plus d’avenir que la première.
- les causes de révolte sociale sont toujours là, et il faut à chaque échéance trouver de nouveaux dispositifs idéologiques pour que la colère ne trouve pas son chemin vers la lutte et la politique..
- les causes des crises du capitalisme sont toujours là, et ses lois de concentration et de surexploitation provoqueront les mêmes effets sur ce capitalisme vert que sur Internet qui devait déjà changer le capitalisme !

Reste que les communistes gagneraient à se donner des outils pour mener cette bataille idéologique de manière autonome et réfléchie.

[1sur les dix premiers producteurs de photovoltaïques, un seul est européen, allemand, et il vient de délocaliser sa principale usine en Chine...

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