Effacement Communiste dans la 11eme Circonscription du Rhône : Pourquoi ? Laurent Gonon

, par  communistes , popularité : 7%

Le débat préconisé par le Conseil national du parti communiste est non seulement urgent, mais plus
nécessaire que jamais. Cependant, je crois qu’il ne faudra pas seulement débattre, mais aussi agir ; c’est
ce qui manque le plus, depuis pas mal de temps, chez nous. Les grandes déclarations d’intentions, et les
débats à perte de vue, ne suffisent pas. On a connu cela avec les « espaces citoyens » - qui s’en souvient
encore ? – et les comités antilibéraux, plus récemment. Rebâtir des orientations et activités d’un parti de
transformation révolutionnaire de la société, ne peut dépendre des seules variables électorales, et des
bavardages aussi constructifs soient-ils. La critique constructive doit se faire à partir de l’existant, pour le
dépasser et se reprojeter dans l’avenir.

Un rapide coup d’oeil sur les résultats des élections qui viennent d’avoir lieu montrent assez, à tous les
observateurs, que c’est dans nos « bastions », comme ils disent, que la gauche résiste le mieux. Les scores
des députés communistes reconduits à l’Assemblée le soulignent tout particulièrement ; y compris dans la
circonscription de Maxime Gremetz, après la lamentable opération montée par son propre parti ! Les
villes de Givors et Grigny, les deux seules municipalités dirigées par des maires, communiste et
apparenté, le soulignent particulièrement dans la 11e circonscription du Rhône.

Reprenons ce qui s’est passé pour la préparation des législatives à Givors.

Il n’y a pas eu de candidat
communiste dans la 11e circonscription ; il faut dire pourquoi. Le maire de Givors, membre du Conseil
national du Parti communiste, avait déclaré qu’il ne serait pas candidat. En octobre dernier, un appel à
candidature a fait ressortir celle de René Balme, maire de Grigny et ancien membre du PC, qui avait luimême
présenté publiquement sa candidature. En janvier, un vote en assemblée générale des communistes
confirme, à 77 %, le soutien à cette candidature. Le 25 avril, l’assemblée le confirme, une nouvelle fois, à
84 %. Ces prises de positions n’ont jamais été rendues publiques. Pourquoi ? Parce que les manoeuvres
sont en cours depuis longtemps, entre élus locaux de la Gauche plurielle. D’abord on s’apprête à soutenir
la candidature du Vert Lévy, comme le PS. Mais on n’ose pas le dire aux communistes. En assemblée,
Martial Passi, maire de Givors, accepte même de présider le comité de soutien à René Balme, mais le
lendemain on apprend par la presse qu’un accord est conclu avec le PS, pour apporter le soutien
communiste au candidat socialiste, dès le 1er tour. Dans des délais ne permettant plus aux communistes de
présenter un candidat. « Les logiques de partis doivent s’effacer », pour s’affranchir de la souveraineté
des communistes. Autant dire que les militants expriment beaucoup d’amertume, pour le moins, devant
cette duperie, ce déni de démocratie.

D’autant plus que M.G. Buffet venait de déclarer au Conseil national communiste : « Rassemblement,
mais pas de candidature unique » ; et A. Chassaigne, président des élus communistes et républicains,
déclarer dans l’Humanité (14.5.07) : « La tentation peut être grande, après l’échec des présidentielles, que
le camp communiste et progressiste devienne un camp retranché, ou même pire une agglomération de
petites entreprises politiques individuelles, chaque élu local menant sa propre barque ». Nous y sommes.

A l’issue des tractations dans la 11e circonscription du Rhône, un accord aurait été signé, entre les élus
communistes et socialistes, qui prévoirait de ne rien changer dans les rapports de forces établis lors des
précédentes municipales. Cet accord (dont le contenu n’a pas été communiqué aux militants communistes)
serait signé uniquement avec les socialistes. Les Verts ont dénoncé l’opération et présenté un candidat, en
catastrophe, sur la circonscription. L’opération permit au candidat de la LCR de réaliser de beaux scores
sur nos deux municipalités, les meilleurs scores de ce parti sur le département ! Il est vrai qu’à Givors
même, O. Besancenot avait déjà fait jeu égal avec M.G. Buffet aux présidentielles.

L’analyse des résultats électoraux de la circonscription

L’analyse – même si l’on peut se satisfaire des résultats
du PS à Givors et Grigny – montre que cette pratique est loin de permettre un large rassemblement de
l’électorat de gauche au 2e tour. Le député UMP a été élu avec une avance plus confortable que lors des
précédentes élections. Il est évident que les propositions du candidat PS et son programme, étaient loin de
mobiliser les quartiers populaires, d’où un taux d’abstentions supérieur à 50%, voire même 60 % dans
certains. D’autant plus que ce candidat avait soutenu le OUI à la constitution européenne, rejetée
massivement à Givors, Grigny et dans bon nombre de communes en 2005. Quelle confusion !
Remarquons que l’effacement communiste dans cette circonscription est effectif pour la seconde fois aux
législatives en dix ans. Ce qui permet au leader de droite à Grigny de déclarer : « le PC a disparu et la
première force grignerote aujourd’hui c’est le PS ». On peut en dire de même pour Givors.
Sur cette lancée, l’effacement communiste se poursuit sur Givors pour les municipales. Le maire vient
d’annoncer qu’il présentera une liste de « large rassemblement… des précaires aux chefs d’entreprises »
(interview au Progrès, 30.6.07). En somme, des précaires aux profiteurs de l’intérim, unis pour défendre
les intérêts de la population laborieuse, avec des transfuges de la liste de droite des précédentes
municipales.

Un parti - communiste - pas comme les autres est nécessaire.

Nous avons besoin de faire la clarté sur
ce qui fait notre spécificité : la défense des intérêts de classe des exploités, contre leurs exploiteurs. Et
pour cela il faut mobiliser pour un changement de société, la suppression de l’exploitation de l’homme
par l’homme. Plus que jamais d’actualité avec la mondialisation capitaliste. C’est la raison première qui
conduisit à la rupture de Tours, en 1920, avec la Social-démocratie qui avait sombré dans l’union sacrée
de 1914. Depuis, certains, pour mieux appuyer leurs desseins, prétendent que la rupture s’est faite sur les
« 21 conditions ». Je n’ignore pas qu’elles furent versées au débat, mais elles ne furent pas la cause
unique de la rupture révolutionnaire. Je possède les dernières lettres de mon grand père, tué en mai 1915
dans les tranchées de N.-D. de Lorette (62). Il ne parle pas des 21 conditions de Lénine, il n’en était pas
encore question, mais il aspire – admirateur de Jaurès et de la Commune de Paris – à une organisation
ouvrière qui combatte les coffres-forts et les marchands de canons. Cependant, il ne suffit pas d’avoir de
bonnes idées, pas comme les autres, mais de les faire partager par les couches populaires, dont elles
représentent les intérêts.

Le récent rapport de l’INHES, sur les relations entre la police et la population en Seine-Saint-Denis, note
fort à propos que l’une des racines du conflit sont à chercher dans « l’affaiblissement du Parti
communiste », dont le 93 fut un bastion, « et son réseau associatif actif »… De nombreux sociologues
ont déjà relevé ce parallélisme ; les militants communistes dans les quartiers constituent pour la
population un moyen permanent de contestation, de proposition et d’organisation de résistance collective.
On l’a vu encore récemment dans le quartier des Vernes à Givors, où, à l’initiative de la cellule
communiste, nous avons exigé, et obtenu, avec la population (500 signatures recueillies en dix jours), la
réinstallation d’une boite aux lettres. Si nous avons encore un bureau de poste dans le quartier, nous le
devons sans doute à cette capacité mobilisatrice.

Pour terminer, je voudrais insister sur cette question de l’organisation communiste, qui semble évacuée
une fois de plus des débats. Depuis plusieurs congrès, le Parti communiste a décidé de réduire son
implantation de base. Les « réseaux ? » se sont substitués aux « cellules », qui avaient fait leur entrée dans
le Larousse depuis longtemps, solidement implantées dans les entreprises, les quartiers et villages (l’un
des acquis du congrès de Tours). Elles participaient de la circulation sanguine du parti révolutionnaire,
mais aussi constituaient le coeur de la capacité de mobilisation et de résistance politique dans ces lieux.
On a liquidé le centralisme démocratique, les cellules « faisaient trop prison », les sections « trop
organisation militaire ». En réalité, on n’a plus ni organisation, ni même souvent de démocratie, comme
on vient de le voir. Les adhérents doivent se battre pour obtenir leur carte et leurs timbres de cotisations.

Comme si nous en avions trop ! Alors que les autres tentent de recruter à tour de bras, à 20 euros la carte.

Il est indispensable que les adhérents retrouvent la souveraineté, qu’ils ne possèdent plus avec des
assemblées générales convoquées de temps en temps et dont aucun organisme n’est ensuite chargé de
mettre en oeuvre les décisions. Ce qui laisse le champs libre à toutes les interprétations et déviances ; au
nom des communistes bien sûr.

Givors, le 2 juillet 2007
Laurent GONON, militant communiste.

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