Elections à Vénissieux, une double victoire marquée par l’abstention

5 juillet

Nous en avons enfin fini avec une très longue campagne électorale marquée par la crise sanitaire, et par une abstention record. Le résultat est sans appel, double victoire de Michèle Picard et des forces de gauche et écologiste à Vénissieux, avec la victoire aussi à Saint-Fons après celle de Corbas, et le final de la défaite des droites à la métropole !

La crise de la politique n’est pas terminée et l’illusion macroniste n’en est qu’une nouvelle forme. Le nouveau monde a fait pschitt et son inventeur, Gérard Collomb est obligé de constater qu’il doit quitter la vie publique.

Mais le niveau record de l’abstention oblige encore plus que d’habitude à une analyse détaillée des résultats, en commençant par les résultats municipaux à Vénissieux, une ville symbole de la résistance à toutes les droites.

Une abstention record

Ce 28 juin à Vénissieux, avec 168 inscrits de plus que le 15 mars, il y a eu 863 votants de moins, une abstention en hausse de 3 points. Elle correspond sans doute d’abord à la démobilisation d’un électorat qui pensait que tout était joué, dont celui du Rassemblement National qui perd un tiers de ses votes (-267 voix), sans doute aussi une partie de l’électorat de Mr Dureau, qui n’avait pas donné de consignes de vote. C’est le cas à Croizat où Mr Dureau avait réalisé son plus gros score (70 voix) et où il y a 59 exprimés de moins alors que le RN se maintient, un vote visiblement très lié à son activité locale de médecin. Sur les bureaux Max Barel et Centre où le vote Dureau était élevé, il s’est plutôt porté sur le député LREM Yves Blein. Il faut rappeler que Pascal Dureau avait été un soutien de Yves Blein avant d’être pressenti pour représenter Gérard Collomb à Vénissieux.

Mais c’est aussi une partie de l’électorat écologiste du premier tour qui, sur certains bureaux, n’a pas suivi le rassemblement. Les trois bureaux où Sandrine Perrier avait fait ses plus gros scores (Centre, Moulin à Vent, Jeanne Labourbe) sont ceux où il manque le plus de voix à Michèle Picard au 2e tour. Malgré l’engagement des candidats écologistes dans la bataille du 2e tour, dont celle de Bruno Bernard, venu au pique-nique du 24 juin, une partie de l’électorat vert a pu être sensible aux polémiques de Blein sur une division de EELV avec notamment la mise en avant du trop bien connu Marc Soubitez, solide soutien du patronat dans la casse du site industriel de Bosch, et de tous les coups politiques contre la majorité de gauche et le maire communiste… et soutien du député LREM au 2e tour. Le démenti de Génération Ecologie soutenant Michèle Picard n’a pas été repris par la presse et beaucoup d’électeurs n’en ont pas eu connaissance. De même, il existe bien sûr un courant écologiste de centre droit préférant Macron à la gauche, évidemment mis en avant par le député LREM. L’engagement clair de EELV pour Michèle Picard n’a pas été repris là encore par une presse préférant des titres racoleurs sur des élus EELV sur le départ. Cela a visiblement créé de la confusion, comme sur les bureaux Labourbe ou Lévy.

Au total, on peut estimer que l’abstention supplémentaire de ce deuxième tour a trois raisons ; le dépit du vote RN (- 250 voix) et d’un électorat très personnel de Dureau (- 300 voix) et la confusion d’un vote écologiste préférant Macron à la gauche (- 300 voix).

Mais cette hausse de l’abstention entre les deux tours ne touchent pas tous les quartiers de la même manière. Au contraire, les bureaux des Minguettes gagnent 45 voix exprimées, Michèle Picard faisant le plein des voix de gauche et écologistes, gagnant même des voix nouvelles sur Jean-Moulin (+13) Langevin (+12) ou Henri Wallon (+5). Mais c’est Yves Blein qui fait événement avec 204 voix de plus que la fusion avec la liste Ayvali, concentrées sur deux bureaux, Jean Moulin où le député triple ses voix (de 43 à 131) et Paul Langevin où il les double (94 à 208 !) ! Une telle mobilisation n’a évidemment rien à voir avec l’effet de la campagne électorale de 2e tour. On en connait les causes, une organisation de campagne électorale le jour du vote, avec des « guetteurs » interpellant les électeurs près des bureaux de vote, des « taxis » multipliant les tournées ramenant des groupes d’électeurs, des rabatteurs accompagnant à de multiples reprises des personnes ne sachant pas si elles étaient inscrites, se trompant parfois de bureau, mais visiblement déterminées à voter pour Mr Blein. C’est le pire de la vie politique, la transformation du débat citoyen en marchandisation des intérêts individuels, donne-moi un boulot, je vote pour toi. Évidemment les promesses n’engagent toujours que ceux qui les croient, et le député a bien pris garde de ne pas se mouiller directement dans ce qu’on peut appeler une « mafiaïsation » de l’élection.

Au final, ces résultats ont les mêmes caractéristiques que ce qui s’était passé en 2014 à Léo Lagrange et méritent une enquête détaillée. Des constats de police ont été faits, les témoignages sont nombreux. Mais l’essentiel est que, malgré le record d’abstention, et comme en 2014, cela n’a pas suffit, le député Yves Blein a perdu, deux fois !

La défaite du député LREM

Au total, le député Yves blein a doublement perdu une bataille qui n’avait qu’un seul objectif, conclure sa carrière politique en éliminant une ville communiste [1]. On sait qu’il a laissé la ville de Feyzin lourdement endettée, avec une taxe foncière par habitant beaucoup plus élevée qu’à Vénissieux… Il a tenté une opération marketing « Nous Vénissieux » comme on lance une marque, capable de dire absolument n’importe quoi pourvu que ça lui permette de surfer sur les colères sociales nombreuses, comme sa promesse d’arrêter le « bétonnage » en stoppant la construction de logements sociaux, alors que 80% des constructions sont des logements privés !

Il y avait mis de gros moyens, achetant liste de téléphones et de mails, croisant (illégalement !) ces fichiers avec les listes électorales, sans doute avec les services de la société de son attaché parlementaire (electeurs.org), qui propose les techniques à la « Trump » pour cibler les électeurs… Au passage, cette activité est totalement illégale puisque tout candidat demandant les listes électorales s’engage à ne pas en faire un usage commercial… Avis aux électeurs, si vous avez reçu des mails ou sms personnels de Mr Blein, sans avoir donné votre accord, et si par exemple vous avez reçu de sa part un message de bon anniversaire, c’est la preuve de ce croisement entre la liste électorale et des fichiers de contacts… n’hésitez pas à vous adresser à la CNIL pour défendre vos droits…

Il a mobilisé tous les perdants des dernières élections depuis 20 ans, rassemblant des élus de droite, du centre, d’anciens socialistes, des dissidents de presque tous les partis. Il a entraîné dans cette mauvaise bataille quelques personnes de bonne foi qui voulait travailler pour Vénissieux, supposant que cela n’avait rien à voir avec la politique nationale, ce qui est bien sûr une erreur grave. Au contraire, les liens entre politique locale et politique nationale sont très forts, les liens entre commune et métropole aussi, et c’est bien dans une majorité politique qui choisit clairement qui elle défend qu’on peut travailler pour Vénissieux.

La double victoire de Michèle Picard avec la gauche et les écologistes

Michèle Picard a le résultat le plus homogène sur l’ensemble de la ville. Elle creuse l’écart avec le député LREM sur tous les territoires sauf les Minguettes, en tête dans 23 bureaux sur les 29. Elle progresse sur son potentiel de premier tour dans les bureaux Jean Moulin, Henri Wallon et Paul Langevin, légèrement à Max Barel, Charréard, Pasteur. Elle s’impose à Parilly face à une droite en net recul. Elle confirme ses progrès ou Moulin à Vent ou le député LREM a définitivement perdu l’électorat de gauche. Elle a marginalisé le RN sur une ville où il avait battu ses records. Elle est en bonne position pour continuer à démontrer la convergence des questions environnementales et sociales, une des marque de fabrique du développement durable à Vénissieux qui doit permettre de consolider sur le long terme le rassemblement des forces de gauche et écologistes.

La victoire de Michèle Picard dans ce contexte est déterminante pour les Vénissians. Une double victoire qui reste marquée par l’abstention et la difficulté de mobilisation de citoyens dont la grande majorité ne croit plus justement à cette vie politique médiatique où on croit changer en changeant de nom ou d’étiquette pour s’apercevoir rapidement que rien n’a changé… Chirac et ses promesses sociales, Sarkozy et ses promesses pour ceux qui travaillent, Hollande contre la finance, ou Macron et son nouveau monde… Comment croire encore à l’élection ?

Ce sera le défi pour Michèle Picard et son équipe et ce sera aussi le défi pour Bruno Bernard et la majorité métropolitaine. Si la victoire fait évidemment plaisir, et la défaite de Yves Blein dans sa circonscription de député est déterminante pour la majorité métropolitaine de gauche et écologiste, on sait aussi que la métropole ne peut pas se transformer seulement avec les électeurs de couches moyennes ou aisées de cœur de ville. Il faut s’attaquer avec de gros moyens à la crise sociale, aux injustices, aux précarités… Et ouvrir en grand le débat public et citoyen. La transformation d’une métropole centralisée et technocratique en une métropole des communes et des citoyens est le principal défi pour toutes les forces de gauche et écologistes.

[1il confirme lui-même ce grand objectif de sa carrière en évoquant Pierre-Bénite et Vaulx-en-Velin perdu en 2014, Givors perdu cette année, espérant que Vénissieux tombera en 2026… Il fait partie de ces dirigeants socialistes mitterandiens capables d’utiliser l’extrême-droite pour diviser l’électorat de droite, mais obnubilé par l’anticommunisme jusqu’à combattre les luttes sociales et populaires