Le PCF a besoin d’une thérapie de choc Le coup de colère de André Gerin

, par  communistes , popularité : 5%

Les résultats de ces dernières élections municipales et cantonales ont un goût amer. Autant ils donnent des raisons d’espérer en l’avenir du PCF, autant ils sont marqués par la politique de soumission au Parti socialiste. Autant les communistes dans leur diversité ont su prendre des initiatives, souvent originales, mener des batailles formidables pour faire entendre leur voix et obtenir des résultats, autant l’équipe dirigeante s’est enfermée dans une vision ringarde d’union de sommet.

Il y a un fossé, une fracture entre les communistes et leurs dirigeants, entre le communisme de terrain et le discours national.

La perte du département de Seine St Denis est le résultat direct d’une politique nationale déconnectée des réalités et des souffrances populaires, le résultat d’une stratégie d’échec qui ne date pas d’hier. Nous privilégions les institutions au détriment des classes populaires d’où notre difficulté à élaborer des réponses adaptées aux aspirations du peuple. Quelles solutions proposons-nous face à l’insécurité et aux violences quotidiennes, face aux difficultés croissantes de l’existence sociale, face à la paupérisation, la précarité, le pourrissement social, moral, culturel ?

Ce contexte a nourri le vote FN que nous avons sous-estimé et banalisé depuis les années 1980, en refusant de reconnaître qu’il peut être choisi par les électeurs communistes comme un vote de protestation et de sanction.

Aujourd’hui, l’abstention populaire a atteint des records historiques jamais vus depuis la guerre. Un Français sur deux ne participe plus aux scrutins. Une fracture civique et politique relègue massivement les milieux populaires, à l’instar de ce qui se passe aux Etats-Unis. La ségrégation sociale et spatiale se double d’une ségrégation électorale.

Cette grève des urnes, cette abstention protestataire doit interpeller directement le PCF, sous peine de disparition. La première des raisons d’être de notre parti, c’est de faire émerger les classes populaires dans le champ politique. Or les ouvriers, les employés se sont détachés du PCF. La mésentente entre le parti et les classes populaires a pris les allures d’un gouffre géant. Des millions de gens ont envoyé un message de protestation aux dirigeants nationaux.

Dans ces conditions, proposer une « union de la gauche innovante », au moment où le clivage droite/gauche se réactualise, c’est faire une gigantesque marche arrière jusqu’aux années 1960, c’est proposer une réponse ringarde qui revient à acter l’hégémonie du PS et placer un PCF affaibli en position supplétive. La direction propose tout simplement de nous aligner, alors qu’un espace considérable existe pour une gauche authentique avec un PCF en situation de rebondir.

Nous devons couper le cordon ombilical avec le Parti socialiste

S’il est une leçon à tirer de ces élections, c’est bien que l’union se construit sur le terrain avec les acteurs de la vie citoyenne et non pas dans un tête-à-tête au sommet entre des appareils qui nous a conduits, ni plus ni moins, à être dépendant de la bipolarisation de la vie politique française car le mode d’élection du président de la République au suffrage universel est mortifère pour les partis politiques. Cette stratégie est sans issue. Surtout, elle est en contradiction avec les potentiels, les énergies communistes, les rassemblements fiers d’être communistes, ces militants ouverts qui surprennent par leur volonté d’exister.

Nous devons travailler à une union du peuple de France avec le PCF en coupant le cordon ombilical avec le PS, tout en refusant une ligne « antisocialistes » improductive. Devenons majeurs en nous adressant directement au peuple de gauche sans dépendre des logiques de sommet et d’appareil.

Les succès obtenus sont à mettre à l’actif des communistes, des militants, des élus. Mais on reste amer devant la posture de l’équipe de Fabien qui a plombé la dynamique portée dans les villes et les départements. Une direction absente dans l’affrontement politique national, prête à justifier n’importe quel accord pour avoir des élus à tout prix, à n’importe quel prix. Une direction qui poursuit l’effacement de l’identité communiste devant le PS : gauche plurielle avec Jospin, pour les régionales de 1998, les régionales de 2004, refus de mener les présidentielles sous l’étiquette PCF.

Continuer à claironner « la gauche, la gauche, la gauche », tenir un meeting aux côtés de François Hollande, avant le premier tour, avec un PS qui cherche à nous trucider chaque fois qu’il en a l’occasion, c’est vraiment donner des verges pour se faire fouetter.

Oui, l’origine de nos difficultés est bien dans notre décrochage avec les classes populaires, le monde du travail et intellectuel. Notre direction nationale est en rupture avec le peuple de France, son discours politique est décalé, déconnecté de la France profonde. Ce sont les communistes qui ont sauvé l’honneur du PCF, notamment avec des milliers de « petits » candidats qui ont fait des centaines et des milliers de voix aux quatre coins de la France, dans des municipalités ou des cantons où ils n’avaient aucune chance d’être élus. Ils ont fait la preuve que la signification du vote communiste était loin d’être éteinte.

Nous devons être pugnaces pour reconquérir le terrain perdu

Avec 20 villes de plus de 30 000 habitants perdues en 2001, nous avons payé cash notre alignement sur la politique de Jospin. En 2008, Dieppe reconquise a sauvé l’honneur, mais 9 anciennes villes communistes sur 20 seront dirigées par le Parti socialiste. Pourquoi pas par nous ? Avons-nous tout fait pour ? A quel moment la direction s’est-elle donné les moyens de les reconquérir ?

Sur les 9 villes de 20 000 habitants perdues en 2001, 3, Firminy, Fourmies et Portes-lès-Valence ont été reprises par le PCF, mais 4 seront dirigées par le PS. Pourquoi ? Et n’oublions pas la perte de Drancy, donnée à la droite pour convenance politicienne d’un dirigeant du PCF.

En 2001, rappelons-nous les gains par le PCF de Sevran, et surtout d’Arles, malgré l’accord national PC/PS. Quant à Tulle, ce fut la cerise sur le gâteau. La direction du PCF a accepté que François Hollande soit la tête de liste dans cette ville historiquement communiste.

En 2008, n’oublions pas Le Havre que nous aurions pu gagner si le PS n’avait pas tout fait pour nous empêcher coûte que coûte de diriger cette ville avec Daniel Paul. Prenons le temps de regarder de près ce qui s’est passé à Nîmes, Corbeil, Sète et Romilly, que nous pouvions regagner.

Les communistes ont mal avec les pertes de Calais, Aubervilliers, Montreuil, Pierrefitte, Denain. Pour ma part, je ne veux pas avaler ces pertes. Je veux comprendre les raisons locales mais aussi les raisons politiques de fond, en lien avec notre stratégie nationale. Surtout nous devons prendre l’engagement solennel de tout faire pour reconquérir ces villes en 2014 et prendre les dispositions d’organisation pour y parvenir. Non ! Nous ne voulons plus rééditer ce scénario sinistre où des villes communistes deviennent socialistes en passant par l’antichambre de la droite.

Nous devons prendre l’engagement solennel de reconquérir la Seine Saint-Denis, en 2011, de présenter des listes communistes aux élections régionales, en 2010, de reconquérir les villes perdues en 2001. Cessons d’être timorés face au suffrage universel et de nous comporter comme si celui-ci devait nous être fatalement défavorable.

Se contenter de dire, vis-à-vis du PS : « Pas d’attitude de revanche » revient à passer l’éponge, à accepter les coups de jarnac et cette pratique si détestable qui consiste à se faire épauler par la droite pour battre les communistes.

Mais la direction espère-t-elle, peut-être, ainsi, escamoter sa responsabilité dans le fait que nous ayons rejoint, dès le premier tour, des listes avec le Modem ou des UMP masqués comme ce fut le cas à Grenoble ou à Marseille. Le Modem désormais présent à gauche et à droite dans des villes et des départements est loin d’être en échec. Sa politique de recomposition est à l’œuvre. Et il faudrait regarder de près les listes de Gérard Collomb, à Lyon. A gauche jusqu’où ? De quelle gauche parlons-nous ?

Nous devons porter ces questions sur la place publique, nationale et ainsi nous démarquer, nous différencier des politiques de droite menées par le PS, à l’exemple de Guerini dans le département des Bouches-du-Rhône qui fait la chasse aux pauvres. A défaut, nous risquons de cautionner à notre insu une recomposition qui vise à écarter du champ politique la perspective d’un changement de société. Nous ne devons pas minimiser les dangers que notre marginalisation fait courir à notre peuple, visant à le borner au seul horizon du capitalisme. Il y en a marre de notre attitude nationale molle et de faire le dos rond quand on parle du PS.

Un examen approfondi, ville par ville, est nécessaire, tout comme l’analyse du déclin progressif de l’audience nationale du PCF depuis un quart de siècle, tombée au plus bas aux présidentielles de 2007 (1,93 %).

Les dirigeants du PCF n’ont rien compris à la nouvelle donne économique, sociale, culturelle, spirituelle, urbaine de la « banlieue ».

Où est l’analyse des émeutes de 2005 ? Ils sont incapables d’intégrer à leurs raisonnements les réalités auxquelles sont confrontées les classes populaires, à produire des réflexions théoriques débouchant sur des stratégies de territoire.

Il y a un vide politique, stratégique à un moment où l’évolution de la société capitaliste appelle de construire un nouveau modèle d’alliance entre la classe ouvrière et les couches intellectuelles et une nouvelle conception géopolitique.

Analysons ce que sont et ce que vivent les classes moyennes, y compris les patrons de PME/PMI. Prenons en compte le fait que l’érosion du pouvoir d’achat touche toutes les catégories de salariés, même les plus élevées tandis qu’elle épargne toutes les catégories de spéculateurs, même les plus petits. Imaginons une nouvelle alliance avec toutes les catégories de la population victimes de la précarité, de la grande pauvreté. Montrons toujours plus et mieux que les soubresauts de notre société sont le fait de la domination sans partage d’un capitalisme cynique et sans pitié.

La direction du PCF utilise les mêmes schémas que dans les années 1960 et 1970, des outils totalement dépassés par les évolutions de la société, de l’économie et des territoires. Notre discours est tellement large et imprécis que nous finissons par être totalement creux et dénués de sens politique.

Surmontons cette impuissance politique et intellectuelle pour affronter les nouvelles conditions de la mondialisation de l’économie, des mutations qui affectent des territoires régionaux, la prédominance des services sur l’industrie, le découpage lieux de travail et résidence, la mobilité, l’instabilité résidentielle et de nouvelles attentes sociales en matière de qualité de vie, de bien-être alors même que le lieu de vie devient inhumain, voire invivable. Comment éviter la transformation de villes populaires en ghettos sociaux, ghettos de la misère ?

Les conditions existent pour que le PCF rebondisse

Après ces élections municipales et cantonales, l’enjeu à long terme est la régénération, la renaissance de l’identité communiste sur la base d’un projet à définir, sur la base d’une alliance à trouver qui ne soit pas seulement électorale, orientée vers les partis, mais aussi et surtout des rassemblements politiques entre les catégories sociales.

La stratégie actuelle du PCF, loin d’être un point d’appui, le transforme en une force supplétive du PS. Elle le ballote entre la gauche réformiste et l’extrême gauche.

Je refuse d’être un allié faible, de ne plus envisager le PCF que dans un déclin irréversible. Les conditions existent pour que le PCF rebondisse comme le montrent les 9 % des voix obtenues au niveau national. Il n’y a aucune fatalité à notre perte d’influence.
…/…
Les résultats des présidentielles de 2007 et de 2002 nous obligent à une totale remise en cause des équipes qui se succèdent place du colonel Fabien et qui ont poursuivi une même stratégie, nous conduisant dans le mur. Nous devons changer d’époque et accepter les divergences au sein de la direction du PCF, refuser la pensée unique.

Les pratiques, les expériences des communistes, des militants et des élus dans maints endroits sont des preuves palpables qui montrent que le renouveau est possible et qui indiquent le chemin de la reconquête. Au nom de quelle logique, ce qui est valable au plan local ne le serait pas au plan national ?

On l’a testé aux régionales de 2004 dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie et la région Centre, mais nous avons ignoré ces expériences pour justifier toujours et encore notre effacement devant le PS. Nous avons banalisé des résultats réalisés au nom du PCF et du rassemblement parce qu’ils faisaient désordre dans le décor.

Comment marquer notre différence à l’égard d’un PS qui penche pour le Blairisme et se sent les coudées franches avec une direction du PCF sur la défensive ? Cette question est névralgique pour reprendre le combat en vue du changement de société et du renversement révolutionnaire du capitalisme, ce mode de production qui a fait son temps.

L’abandon de ce combat est à l’origine de nos difficultés. Nous n’avons pas voulu renouveler, revisiter, revivifier notre identité communiste pour incarner un autre avenir, une modernité révolutionnaire au cœur des défis de civilisation. Un PCF autonome, ouvert, rassemblé, capable de voler de ses propres ailes.

La direction nationale doit rendre son mandat

Plus que jamais nous avons besoin d’une thérapie de choc pour préparer un vrai congrès d’élaboration politique.

Il est grand temps de remettre les choses à plat, de rompre avec les stratégies des précédents congrès qui nous ont conduits au déclin et à la marginalisation politique. Sans quoi, nous risquons d’apparaître franchement ridicules à affirmer que nous sommes le troisième parti de France.

Nous devons affirmer notre volonté de conquérir le pouvoir, notre prétention à diriger la France, certes pas dans l’isolement mais tout au contraire en construisant une véritable alternative solide et durable avec le peuple de France, uni avec ses classes populaires et ses forces sociales.

- Je crois toujours que la consultation des communistes doit être organisée par référendum afin qu’ils se prononcent sur la pertinence de garder un parti politique qui s’appelle PCF.

- Je souhaite la mise en place d’une direction provisoire pour préparer le congrès, représentative de la pluralité des opinions.

- Je suis favorable à l’élection des dirigeants au suffrage universel, par les adhérents à tous les niveaux pendant le congrès et sa préparation.

Annonces

Sites favoris Tous les sites

9 sites référencés dans ce secteur

Brèves Toutes les brèves

Navigation

AgendaTous les événements

septembre 2017 :

Rien pour ce mois

août 2017 | octobre 2017