Les Femmes de la Commune

, par  Jean Zunino , popularité : 3%

Avant la commune
Dans la nuit du 3 au 4 Septembre 1870, les Parisiens apprennent que Napoléon III a été fait prisonnier à Sedan par les Prussiens. Dans la nuit, des manifestants parcourent les rues de Paris vers l’Hôtel de Ville. A 14 Heures 30, la République (la IIIème) est proclamée. Les femmes sont nombreuses parmi les manifestants.
Le 8 Septembre 1870, une manifestation ayant à sa tête André LEO (de son vrai nom Léodile CHAMPSEIX) et Louise MICHEL réclame des armes pour défendre Paris contre les Prussiens.
Le 7 Octobre, elles vont à l’Hôtel de Ville réclamer de diriger les ambulances, ce qui était réservé aux hommes.
A partir de Janvier 1871, des comités de citoyennes se créent, groupes qui seront très actifs pendant les évènements de la commune.
Les évènements de la commune.
Le 18 Mars 1871 quand, à 3 heures du matin, les troupes du général LECOMTE veulent s’emparer des canons de Montmartre, les femmes sont très présentes dans la foule qui pousse les soldats à fraterniser avec les insurgés.
Des groupements féminins veulent faire respecter les droits des femmes. Ils développent de nombreuses idées sur l’éducation, les mœurs, la famille.
Le 3 Avril 1871, 500 femmes partent de la place de la Concorde pour marcher sur Versailles. Elles sont rejointes par 700 autres au pont de Grenelle. Les dirigeants de la Commune réussissent à arrêter cette opération suicidaire mais prennent conscience qu’il faut impérativement organiser la population pour une action efficace.
Le 11 Avril 1871, Elisabeth DMITRIEFF et Nathalie LE MEL créent : « L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ».
Elisabeth DMITRIEFF est une jeune russe de 20 ans qui reçoit pour son dévouement le titre de citoyenne de Paris. Les communards n’ont jamais fait de différence entre étrangers et français. Pour eux, l’ennemi n’est pas l’autre, celui qui est différent, mais c’est l’exploiteur.
L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés se réunit tous les jours. On y trouve, entre autres, l’ouvrière Blanche LEFEVRE, qui sera tuée sur une barricade le 23 Mai à l’âge de 24 ans. Quelle ville a donné son nom à une rue ?
André LEO, Anna JACLARD, Noémie RECLUS et Clara PERRIER participent à la commission créée par VAILLANT pour « organiser l’enseignement dans les écoles de filles ».
Ces femmes révoltées ont bien compris que la libération de la femme est liée à un changement de société. Dans leur appel du 11 Avril, elles écrivent : « Ce vertige fratricide qui s’empare de la France, ce combat à mort, c’est l’acte final de l’éternel antagonisme du droit et de la force, du travail et de l’exploitation, du peuple et de ses bourreaux ». Quelle clairvoyance politique dans ce texte qui reste d’une grande actualité.
En ce qui concerne les ateliers coopératifs, les femmes demandent l’égalité des salaires entre hommes et femmes.
Nathalie LE MEL déclare, au cours d’une réunion à propos de ces ateliers : « Les ateliers dans lesquels on vous entasse vous appartiendront. Les outils seront à vous ». C’est bien l’instauration d’une société de type socialiste que ces femmes-là souhaitent !
Le 16 Avril, un décret est voté qui prévoit la remise en marche par les ouvriers des ateliers abandonnés par les patrons (appelés les francs fileurs). Un bel exemple pour nos dirigeants !
L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés écrit à FRANKEL, responsable de la Commission du Travail, qu’il est impératif de donner du travail à toutes les femmes car la misère augmente, ce qui est dangereux pour les intérêts révolutionnaires et risque de pousser des mères de famille vers la prostitution pour nourrir leurs enfants.
Elles imposent la fermeture des maisons de tolérance et le paiement des pensions de veuves pour les femmes ou les compagnes des fédérés morts au combat.
Elles obtiennent à participer aux réunions des clubs réservés aux hommes.
Le 21 Mai, L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés appelle à une réunion pour former des chambres syndicales. Cette réunion n’aura pas lieu, le 21 étant le jour de l’entrée des troupes versaillaises dans Paris.
Dans quelques quartiers, où l’Internationale des travailleurs est prépondérante, les femmes sont associées à la gestion municipale.
Les femmes et les barricades.
André LEO écrit que pendant la semaine sanglante, un millier de femmes participent à la lutte sur les barricades. Elle-même est sur la barricade des Batignolles.
Selon LISSAGARAY, 120 sont sur la barricade de la place Blanche. Place Pigalle, 50 sont sous la direction de Nathalie LE MEL. Louise MICHEL se trouve à la barricade de la chaussée Clignancourt.
D’autres encore n’ont pas voulu laisser les Versaillais détruire ce qu’elles avaient participé à construire : Adèle CHIGNON, Eulalie PAPAVOINE, Marguerite DIBLANC, Léontine SUETEN, Elisabeth RETIFFE, Ladoïjka KAWECKA…
Nous tenons ici à rendre hommage au courage de ces femmes qui ont combattu en sachant pertinemment que la partie était perdue. Elles n’ont pas fui et sont les héroïnes anonymes d’une des plus belles pages du mouvement ouvrier. Ne les oublions pas !
Celles que les Versaillais ont appelées les pétroleuses subissent la répression. 29 sont condamnées aux travaux forcés, 20 à la déportation dans une enceinte fortifiée, 16 à la déportation simple. Pendant le voyage vers la Nouvelle Calédonie qui dure 120 jours, elles sont enfermées dans des cages…
Conclusion.
Le mouvement des femmes sous la Commune fut pour l’essentiel conduit par des ouvrières qui, n’ayant pas laissé d’écrits, sont tombées dans l’oubli. Leur investissement dans la Commune a été très fort car elles savaient que leur avenir dépendait du sort de celle-ci. Leur action a été exemplaire. Elles ont organisé le mouvement féminin dans le mouvement des prolétaires, ayant bien compris que les deux sont indissociables. Elles ont voulu que les femmes prennent leur place dans la société, ce qui est la condition de la démocratie réelle.
Aujourd’hui, 140 ans après leur sacrifice, le chemin qu’elles ont ouvert est encore long qui doit nous mener vers leurs rêves. Au moins ont-elles eu le mérite de faire les premiers pas.

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