Lettre à Marie-George Buffet Thierry Renard, poète

, par  communistes , popularité : 2%

Vénissieux, le 29 avril 2006

à l’attention de Marie-Georges Buffet
Secrétaire nationale du Pcf

Chère Marie-Georges,

Le lendemain de notre dernier Congrès, ayant pris connaissance de ce que j’appelle désormais « l’affaire des cotisations », je me suis réveillé avec la gueule de bois. Il est, peut-être, grand temps de balayer devant notre porte... et de dépoussiérer la vieille maison. Pour ma part, issu d’un milieu populaire et ouvrier, j’ai dès le berceau tété le biberon du communisme. Du côté de ma mère, les influences étaient plutôt italiennes avec la reprise de ce beau et touchant slogan : Una lunga storia per liberare l’umanità dal capitalismo. Una storia che continua con noi, con i communisti. Du côté de mon père, sans doute un peu moins lyrique, il a d’emblée été question du Parti communiste français. Deux histoires, donc, deux expériences, deux aventures presque, mais pour une seule cause. Et cette cause est, pour moi, restée vivante et, surtout, fidèle aux deux principes rencontrés, cette fois, depuis l’adolescence : changer la vie (Rimbaud) et transformer le monde (Marx). J’aime ce genre de propos, qui claque comme le fouet et qui prend tout son sens lors des grandes occasions. Mais, hélas... aujourd’hui point de grande occasion. Nous vivons en des temps d’une extrême confusion, des temps de mesquinerie et d’hypocrisie généralisées. Et les communistes, pas meilleurs que les autres, cèdent aux sirènes du moment. Et les communistes, dont je me réclame toujours, ne sont pas épargnés.

C’est un scandale, Marie-Georges ! Un scandale cette « affaire des cotisations »... Rejeter le vote de nombreux militants pour un pur problème de gestion, une simple question d’administration, cela relève du pire - voire, du néant. Je ne reviendrai pas sur les détails de l’affaire, quelques uns de nos camarades ont déjà su vous écrire avec sincérité et talent. Leurs lettres, d’ailleurs, m’ont profondément touché. Aujourd’hui la censure a, tout bonnement, changé de visage et de nom. Elle n’est plus autoritaire, comme naguère, et j’en viens presque à le regretter. Elle use, désormais, d’autres méthodes : navrantes, mesquines et médiocres. Le but est atteint, notre organisation a fini par ressembler aux organisations concurrentes. Nous sommes pleinement dans l’air du temps : sans véritable projet pour la France, ou alors je n’ai encore rien compris, mais avec de nouveaux statuts et un semblant de perspective, la prochaine échéance électorale... Même notre légendaire langue de bois, dont on a par le passé fait tant de triques, est devenue fade et sans éclat. Une langue morte, presque. Nous avons perdu le sens du combat et de la réalité. Des fois, la nuit, la figure de Georges Marchais apparaît dans mon rêve et me hante. Entre tous, je le reconnais. Je vois son visage, j’entends sa voix. Oui, Marie-Georges... C’est un scandale !Et je ne vous dis pas : « Taisez-vous, Marie-Georges... ». Je vous dis plutôt : « Écoutez, écoutez-moi... » Un communiste ne rejette pas un autre communiste pour une banale affaire d’argent, de mise à jour de cotisation. Un communiste, s’il n’est pas d’accord avec un autre communiste, eh bien il l’affronte sur le terrain des idées et des convictions - et c’est tout !

Loin de moi, chère Marie-Georges, le désir de (re)mettre en cause la majorité qui vous soutient. C’est le jeu démocratique, et je l’approuve. Mais, cependant, elle manque de style et de classe, cette majorité-là... Croyez-moi, pour gouverner comme pour convaincre, il faut du style et de la classe ! Et du courage, bien sûr ! Votre majorité actuelle ne respecte ni ses minorités ni le débat démocratique. Votre majorité actuelle n’est pas une majorité de rassemblement et n’est nullement porteuse d’un vrai projet alternatif, de société. Votre majorité actuelle manque, enfin, de panache. Et le panache, vous le savez bien, c’est ce qui a, en grande partie, forgé la France des Lumières, de la Révolution de 1789, de la Commune de Paris, du Front populaire (dont on célèbre, cette année, le soixante-dixième anniversaire), des congés payés et de tous les acquis sociaux.

Voilà, chère Marie-Georges, j’ai écrit tout ça sans aucune amertume. Et, presque, sans nostalgie. Pour finir, j’aimerais vous donner à lire encore quelques phrases qui ne sont pas de moi. Des phrases d’un écrivain d’aujourd’hui, Christian Bobin. Il y a un communisme réel de l’écriture. C’est le même communisme que mettent en œuvre les amants quand ils s’aiment et les enfants quand ils jouent. Jouer, écrire, aimer, c’est entrer dans une société qui échappe à toute emprise du monde, c’est faire l’expérience d’une fraternité réelle, non décrétée, atteinte après avoir épuisé la singularité des voix et des chairs, après avoir traversé toutes épaisseurs de différences, sans en oublier aucune. Là, je me tais. Je reste muet. Sans voix...

Cordialement,
Thierry Renard
Fier d’être communiste !

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