Lettre à Marie-Georges Buffet de André GERIN

, par  communistes , popularité : 6%

Nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle. Je tiens à te dire un certain nombre de choses qui me semblent essentielles pour l’avenir du Parti communiste français. Après les décisions et orientations prises lors du dernier congrès, après la campagne électorale que nous venons de vivre, il est clair que nous sommes à un tournant décisif pour le PCF. Pour moi, une question prédomine toutes les autres : le PCF reprendra-t-il une place de premier plan dans la vie politique française ?

Fort heureusement, les communistes, les militants et les élus ont eu à cœur de porter la campagne des présidentielles. Le résultat du 22 avril sera à mettre à leur crédit. J’espère que nous passerons la barre des 5%, un seuil vital pour des raisons politiques, psychologiques et financières, pour que le PCF compte dans le paysage politique.

Nous vivons une situation incroyable. L’équipe dirigeante de la place du Colonel Fabien n’a absolument pas mené la campagne du PCF. Il n’y a eu aucune grande initiative d’envergure nationale portant la marque et la signature de notre parti pendant ces semaines où pourtant, tous les observateurs l’ont noté, il y a eu un véritable intérêt pour la politique au sein de notre peuple.

Du jamais vu ! Pour avoir raté le rendez-vous du PCF avec les classes populaires à l’occasion des présidentielles, cette équipe n’a plus aucune légitimité, aucune crédibilité. En vérité, il y a un certain nombre de hauts responsables du parti qui contribuent à brader l’organisation du PCF. Les compteurs de la place du Colonel Fabien semblent s’être arrêtés le jour de la chute du mur de Berlin. Serions-nous frappés de cécité alors qu’il se passe beaucoup de choses en France et dans le monde depuis quinze ans ; une foule d’événements, grands ou petits, une aggravation mondiale des inégalités engendrée par un capitalisme ravageur qui bien loin d’invalider le communisme, justifient que nous nous battions pour lui donner une nouvelle vigueur et une nouvelle jeunesse afin de changer le monde.

La campagne a été menée sur le terrain en France avec beaucoup d’enthousiasme, malgré les aléas, les incertitudes, les « à-peu-près » d’avant et après congrès et ton engagement très tardif. Des secrétaires fédéraux, des secrétaires de sections ont mis beaucoup d’eux-mêmes malgré une absence sidérante d’animation politique de la part de responsables du PCF dans un certain nombre de régions. Mais certains dirigeants départementaux ou régionaux se sont contentés de faire dans l’apparence ou dans le marketing politique, tout en préparant dans beaucoup de cas les élections législatives, dans la même confusion et nébuleuse des collectifs anti-libéraux où les communistes sont dessaisis de la campagne.

Comment se fait-il que les responsables politiques de premier plan de notre parti aient été si peu sollicités pour appuyer et enrichir ta campagne ? Comment as-tu pu t’entourer de gens soit fort éloignés du monde du travail et des classes populaires, soit fort distants du parti, voire opposés aux deux. J’avoue que je trouve cela incompréhensible et fortement dommageable pour notre rayonnement, notre audience. Tous ceux qui jouent la stratégie de l’échec : « Tu vas te casser la gueule », se frottent les mains.

J’ai noté ces quinze derniers jours une tonalité plus combative, plus incisive dans tes discours, mais pourquoi t’es-tu obstinée à parler le moins possible du PCF, la seule force politique pourtant qui porte ta campagne ? Même ton interview de ce mardi 17 avril dans l’Humanité reste en retrait, avec une difficulté majeure à s’adresser aux classes populaires, soit 30 % de l’électorat.

Surtout, j’ai observé une confusion politique totale. « La gauche, la gauche, la gauche », c’était le leitmotiv de tous tes discours ! Où est la prise en compte de toute l’amertume, toute la défiance de notre peuple vis-à-vis des politiques « de gauche » menées depuis 1983 ? Dire comme tu l’as fait à Lyon, trois fois : « Tout sauf Sarkozy », revenait à appeler à voter Ségolène Royal dès le premier tour, voire même François Bayrou. Ces discours ne peuvent pas faire ressurgir l’authentique clivage gauche/droite qui n’a de sens en France qu’avec le PCF, cette composante originale de notre histoire du 20ème siècle.

La gauche au pays de la Révolution de 1789 et des insurgés de 1848 est composée des deux grands courants : réformiste et révolutionnaire, représentés par le Parti socialiste et par le Parti communiste français. Ne pas chercher à revigorer cette dimension essentielle du clivage droite/gauche, c’est se condamner à disparaître à petit feu, à se fondre dans un grand parti dominé par le PS, c’est ruiner jusqu’à l’utilité même de la notion de gauche. Est-ce cela que nous voulons, dans le même esprit que celui du parti de gauche européen ? Hélas, cela m’en a tout l’air.

La question principale qui me semble revenir en force et qui préoccupe légitimement, au premier chef, les communistes, c’est la question de l’identité communiste, de l’autonomie du PCF. Elle doit devenir le cœur de notre stratégie sous peine de condamner le PCF à n’avoir plus d’avenir en tant que force politique. Non, contrairement à ce que pensent à haute voix certains dirigeants, le PCF n’a pas fait son temps ! Ce n’est pas le PCF qui est dépassé, démodé, obsolète, ce sont ceux qui gravitent place du Colonel Fabien, loin de la France profonde et des classes populaires en souffrance.

Les multiples manœuvres politiciennes pour une candidature commune des « collectifs antilibéraux », révèlent bien la volonté de recomposition politique qui existe à la gauche de la gauche avec la complicité de certains de nos dirigeants. Le PCF se fondrait dans un conglomérat qui ne risquerait pas de porter préjudice au système capitaliste ! Ce qui a été mis en échec, en décembre dernier, c’est le refus obstiné de présenter un candidat communiste à la présidentielle tel que cela apparaissait en filigrane du congrès. Ce résultat est à mettre à l’actif des militants et adhérents du Parti communiste français.

Notre identité et notre autonomie ont été mises à mal lors de notre participation au gouvernement Jospin de 1997 à 2002, du fait de notre alignement sans condition au Parti socialiste. Cela nous a conduit au résultat désastreux de Robert Hue, ce que j’ai appelé, ce jour-là, le dépôt de bilan de Colonel Fabien. Pouvions-nous faire l’économie de reconnaître franchement devant le peuple de France que nous avons cautionné, accepté en connaissance de cause des choix politiques contraires aux options et aux orientations des communistes et de leur parti ? Des millions de gens se sont sentis trahis et abandonnés. Pourquoi n’as-tu jamais dit aux Français, droit dans yeux : oui, j’ai participé pendant cinq ans au gouvernement Jospin et nous avons mené une mauvaise politique qui nous a conduit au désastre de 2002 ? Oui, nous n’avons pas su, pas voulu écouter les militants qui tiraient le signal d’alarme tandis que des dirigeants du PCF restaient sourds.

L’avenir du PCF est entre les mains des communistes mais surtout pas avec une équipe dirigeante qui a perdu toute crédibilité et légitimité. Il faut unir et reconstruire le PCF, lui donner des dirigeants représentatifs du monde du travail et des milieux populaires. C’est une question vitale posée en cette année 2007.

- Un PCF se battant pour une vraie alternative au capitalisme, fort de l’idéal révolutionnaire, des valeurs et des idéaux du socialisme et du communisme.
- Un PCF luttant pour construire un grand mouvement majoritaire, l’union du peuple de France, pour aller à la reconquête des classes populaires abandonnées par tous les autres partis politiques.
- Un PCF libre qui revendique son autonomie pleine et entière avec le PS, qui a besoin de couper le cordon ombilical pour voler de ses propres ailes après les choix de 1920. Un parti communiste porteur d’une politique de gauche authentique.
- Un PCF qui soit le parti de l’entreprise, des ouvriers, techniciens, ingénieurs et cadres, qui place la promotion des hommes au cœur de l’activité économique, le parti du progrès social comme condition, levier du progrès économique, scientifique et technique.
- Un PCF, parti de l’autogestion et de la responsabilité individuelle, de la solidarité, de l’émulation, un parti qui refuse l’individualisme, le chacun pour soi, la concurrence à n’importe quel prix où l’on broie les hommes et l’on fait des individus des objets.

Oui le capitalisme a fait son temps ! Cette simple affirmation a cruellement fait défaut dans la campagne. Il n’y a eu aucun débat sur la société que les uns et les autres veulent. Face à cette droite à la Reagan qu’incarne Nicolas Sarkozy, à la Thatcher qu’incarne François Bayrou, à ce Parti socialiste à la Blair qu’incarne Ségolène Royal, il est vital pour l’avenir du PCF et du peuple de France de porter un projet de société. Un projet d’avenir pour rompre avec le capitalisme, rompre avec l’impérialisme en portant un nouvel internationalisme, un humanisme révolutionnaire forts de l’expression des peuples, des mouvements communistes et progressistes qui marquent l’horizon de ce 21ème siècle.

Se contenter de réponses partielles, ponctuelles, circonstancielles nous mènera à l’échec comme les politiques qui ont été menées depuis 30 ans. Ce serait d’une certaine manière se mouler dans le capitalisme lui-même et dans un système politique à bout souffle. Un système qui exclut les classes populaires en ne les reconnaissant pas comme des acteurs économiques et surtout en les considérant comme des objets. L’avenir n’est pas de ce côté. Les milieux populaires et leur jeunesse doivent être reconnus comme des sujets politiques et citoyens à part entière. Le cœur du problème, c’est d’engager une vraie césure entre la droite et la gauche. Et là, le Parti communiste français a son mot à dire.

En 1983, François Mitterrand a abandonné l’idée de rupture avec le capitalisme jusqu’à la dévoyer et ruiner les espoirs du peuple de gauche, laissant le champ libre voire encourageant le démagogue Le Pen. Aujourd’hui le PCF et les communistes, pour une gauche authentique, sont porteurs de cette rupture avec le capitalisme. C’est la chance de la France et de notre peuple. C’est bien la clef de voûte politique qui permettra d’offrir une alternative à une situation qui peut être terrible en cas d’élection de Nicolas Sarkozy. C’est la clef de voûte politique de notre existence comme parti politique, indépendant, autonome, avec son identité révolutionnaire en mariant le drapeau rouge et le drapeau bleu blanc rouge.

Tournons-nous du côté des dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont quittés le PCF ces quinze dernières années et de ces millions de Français des milieux populaires écartés de la vie politique et sociale, de la vie politique et civique. Finissons-en avec Le Pen et le FN.

Beaucoup d’hommes et de femmes disent compter sur le parti communiste demain. Décidons de présenter dans toutes les circonscriptions des candidats du PCF. Mobilisons toutes nos énergies pour avoir un groupe communiste à l’Assemblée nationale. Mettons en place un dispositif de campagne immédiatement avec les parlementaires, l’ANECR et les élus. Engageons une campagne politique tambours battants en rassemblant toute la famille communiste sans à-priori quels que soient l’attitude, le vote, y-compris les engagements de ces dernières semaines.

Dès la mi-juin, nous devons tirer toutes les leçons des mois que nous venons de vivre dans le cadre de la préparation d’un congrès extraordinaire, sous l’égide des adhérents du parti et non pas d’une direction qui a failli à tous ses devoirs.

Je rendrai publique cette lettre après le 22 avril, lors du prochain conseil national à Paris.

Reçois, Chère Marie-George, mes fraternelles salutations.

André GERIN

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