Point de vue communiste

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

La campagne pour les élections
présidentielles apporte un éclairage
intéressant sur ce qu’est "la crise du
politique"
. Car il est aisé de voir à quel point
ce n’est pas le politique qui s’absente mais
bien plutôt les outils qui permettent de
produire sur lui le travail du changement qui
nous manque. C’est pourquoi notre problème ne
réside pas à faire “ changer la donne ” mais
bien plutôt de retrouver notre lucidité sur le
poker menteur que les spécialistes de
l’arnaque politique veulent nous faire
accepter. Notre problème c’est de savoir
refuser ce jeu-là. Il faut briser les illusions
traditionnelles, dénoncer l’électoralisme qui
réduit les citoyens à être des intermittents du
scrutin, ou des joueurs manipulés qui se font
plumer à chaque tour de table.

Il faut refuser de s’asseoir pour ce “grand jeu”
auquel nous conviennent des médias
propriétés de la classe dominante qui en fixe
les règles et nous contraignent à aller sur leur
terrain. Il faut avant tout retrouver les notres
et d’abord notre identité de communiste, nous
rappeler d’où viennent et à quoi servent les
instruments qu’on nous demande d’utiliser.
“ Les idées dominantes d’une époque n’ont
jamais été que les idées de la classe
dominante ”
nous indiquait le manifeste du
parti communiste. Aussi il convient de se
dire, que lorsqu’on parle “ d’idées qui révolutionnent
une société toute entière, on énonce
seulement ce fait que dans le sein de la vieille
société, les éléments d’une société nouvelle se
sont formés et que la dissolution des vieilles
idées marche de pair avec la dissolution des
anciennes conditions d’existence ”
. Or, c’est
sur ce sujet même que le silence est le plus
impressionnant. Quand Marx attribuait aux
communistes la tâche de “supprimer ce
triste mode d’appropriation qui fait que
l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital
et ne vit qu’autant que l’exigent les intérêts de
la classe dominante ”
, les communistes
d’aujourd’hui n’osent plus se montrer comme
tels et parlent au mieux de partage de
richesses grâce à une fiscalité réformée.

Oui, le spectacle qui nous est donné depuis
quelques mois contient bien des leçons sur
l’idée et la conception que s’en font ceux qui
cadrent le jeu. De ce point de vue la télévision
qui fonctionne depuis ces quelques mois
mérite notre regard : Finies les émissions qui
mettent face à face politiques et journalistes.
Il s’agit maintenant de construire la fiction
d’une nouvelle agora (démocratie oblige) où
le peuple participe directement au débat sous
l’espèce d’un panel scientifiquement recruté.
La télévision devient alors le lieu du débat.
Ainsi le journaliste s’efface devant le peuple
(qu’il s’est choisi). Il devient son faire-valoir,
l’intermédiaire bienveillant qui accompagne,
introduit, facilite. Devenu médiateur -
animateur - directeur d’émission, il
s’accomplit comme sont tuteur compréhensif
et lui ouvre l’entrée de la scène médiatique
dans une posture participative.

L’illusion pourtant devrait être évidente tant il
s’agit d’un peuple atomisé, individualisé,
désolidarisé, démembré. Chacun est là, posé
à côté de son voisin, porteur d’une question
qu’il doit adresser aux candidat(e)s selon une
procédure soigneusement préparée en amont
de l’émission, sans pouvoir toutefois rentrer
davantage dans la polémique qu’il ouvre,
c’est-à-dire défendre son propre point de vue
ou celui du groupe dont il pourrait être le
porte-parole. Il n’a d’existence politique que
le temps d’une question préalablement
construite au cours de la préparation de
l’émission.

Quelle est donc la vérité des débats démocratiques ?

Ils n’ont d’essence que l’indécence d’une
parole constituée ailleurs. Ce sont des débats
- kit. Il n’y a plus qu’à les assembler. Ainsi
sont-ils sans surprise, conformes, attendus,
non dérangeants. Ils sont politiquement
corrects.

Face à cela, le candidat représentant
politique, est lui aussi assigné à une position
personnelle voir même très personnalisée, qui
s’articule surtout d’un “jeu” présidentiel
véritable matrice de tout un système de
pensée. Il réduit l’activité politique à cet
échange forcement appauvrissant et
démobilisateur. Dès lors, la politique dévient
une histoire à trois, où se rencontrent un
homme et le peuple (forcement un homme)
par la grâce d’un journaliste présentateur qui
joue les monsieur bon office…et tournez
manège !

Tout cela est destiné à nous séduire. En même
temps l’action politique est enfermée dans un
espace / temps qui nous libère de toute autre
forme d’action. Ce ne sont plus les masses qui
font l’histoire, mais le panel et ses
contradicteurs. Tel est en somme le miracle
voulu par les instituts de sondages et leurs
utilisateurs. Ils cherchent à créer le réel. Ils
considèrent pouvoir par ces moyens
contribuer à la victoire en l’annonçant.
D’ailleurs grâce à ces procédures, il suffit de
tenir une situation pour vraie pour qu’elle
advienne...

Mais revenons sur l’une des images que l’on
cherche à nous imposer, celle de la rencontre
d’un homme et d’un peuple. Bayrou s’emploie
à le répéter à l’envie pour donner corps à la
fiction du troisième homme qui vient troubler
le jeu et s’ impose dans une ultime opération
en trompe l’oeil, comme unique destin d’un
pays. Curieusement Bayrou le centriste,
l’homme modéré et de bon sens, l’ami de
Barre, cet autre gentil démocrate presque
compagnon, une époque de la gauche
lyonnaise qui se lâche non moins
curieusement sur les lobbies juifs, Papon et
Bruno Gollnisch, Bayrou disais-je, ne peut
que reprendre par là une thématique chère à
Le Pen, répertoriée sous la forme du syndrome du 21 Avril

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