Programme antilibéral et parti communiste Qui s’intéresse à l’électorat populaire ?

, par  pamillet , popularité : 6%

Les tensions entre les organisations participantes aux collectifs antilibéraux révèlent et masquent en même temps une réalité : la difficulté des collectifs à s’adresser aux quartiers populaires.

Les collectifs sont massivement absents du monde du travail et des quartiers populaires. Ce n’est pas simplement une difficulté à surmonter, mais au contraire la caractéristique de leur construction, et celà se révèle clairement dans leur programme.

La charte antilibérale et les 129 propositions font l’impasse sur des questions centrales pour le vote populaire (insécurité, banlieues, jeunesse…) et font le choix de poursuivre (autrement) la construction européenne sans tenir compte du coup de semonce du 29 Mai révélant le refus du monde du travail de la perte de souveraineté nationale, sans rien dire de la colère contre l’Euro et ses conséquences sur la misère.

Dans la charte antilibérale de mai 2006 le mot banlieue est absent, le mot violence est citée une seule fois à propos des femmes, le mot ville une seule fois sous la forme (involontairement ironique !) du "centre-ville" [1] . La charte annonce la poursuite de la construction européenne « les traités actuels qui régissent l’Union seront abrogés et remplacés par de nouveaux textes fondateurs ». Bien évidemment, la charte ne propose pas de sortir de l’ Euro  !

Trois mois plus tard, les dirigeants antilibéraux avouent à la fin des 125 propositions adoptées à Nanterre que « manquent » des sujets sur lesquels ils n’ont pas pu se mettre d’accord. En clair, ils prétendent construire la « gauche de gauche majoritaire en 2007 » en avouant ne pas avoir de propositions sur « sécurité, justice, jeunesse, handicapés, personnes âgées » . D’ailleurs, de nouveau dans ces propositions, le mot banlieue est absent, le mot violence utilisé de manière générale dans l’introduction, dans la proposition sur l’égalité homme-femmes, mais jamais à propos du vécu quotidien dans les quartiers [2] ! Le mot ville utilisé pour évoquer les économies d’énergie et la réduction des déplacements, mais jamais sur cette crise de la ségrégation urbaine (autre mot absent des textes antilibéraux !) qui divise dramatiquement le peuple de France.

Le mot racisme utilisé dans l’introduction de manière générale, le mot discrimination évoqué globalement, mais jamais comme un enjeu essentiel de la violence sociale et urbaine !

La charte propose le SMIC à 1500€ ce qui est l’objectif du PS. Les propositions précisent 1500€ brut immédiatement et net rapidement, mais si l’indexation des salaires sur les prix n’avait pas été supprimés il y a 20 ans… le SMIC serait nettement supérieur !

Pourtant, ces questions ne sont pas abordées dans les dissensions politiques qui rendent la recherche d’une candidature difficile. Au point qu’on peut se demander si les enjeux d’organisations, de personnes, la répartition des places et des budgets ne sont pas l’obstacle essentiel. Ce mouvement antilibéral qui se présente comme participatif, voire autogéré, a finalement besoin d’une session de nuit à huit clos d’une direction auto-désignée pour régler les comptes. Après la crise à la direction d’ATAC et ses « membres fondateurs », l’expérience montre clairement que l’envie des militants et la prétention des dirigeants à faire mieux que les organisations traditionnelles se heurtent aux mêmes défis de l’organisation que les congrès des Verts, la mutation du PCF ou l’aggiornamento du PS de Royal n’ont pas résolus.

Oui, nous avons besoin d’organisation !

Ce rapport entre le contenu (les idées, le programme), l’outil (l’organisation), et la force sociale (le monde du travail) a été longuement débattu dans l’histoire du mouvement ouvrier. Il est au cœur de la rupture de 1920 et de la création des partis communistes avec les fameuses conditions de Lénine. Ce dont ont besoin les anticapitalistes, c’est d’apporter des réponses claires a ces questions toujours actuelles.

Ce que les péripéties des dirigeants antilibéraux masquent, c’est bien que pour sortir de l’émiettement des luttes, de l’isolement de chaque catégorie sociale, pour retrouver une solidarité à plus grande échelle, pour reconstruire une issue politique, il faut commencer tout de suite à reconstruire une organisation politique, sortir du spontanéisme, refuser d’enfermer les luttes dans l’associatif ou le « social » en délaissant les questions essentielles du pouvoir. Il faut bien sûr rassembler, mais sans jamais encourager les réticences à l’engagement politique, la recherche illusoire de troisième voie ou de rénovation idéalisée qui peuvent exister chez des militants ! Il faut au contraire leur poser les questions décisives de l’organisation capable d’affronter le capitalisme. Il faut reconstruire un parti communiste !

Et quelque soit les désaccords qu’on peut avoir avec le PCF, il suffit de comparer les votants internes au PCF (62 000) et aux collectifs (16 000 dont une bonne moitié de communistes selon les chiffres publiés) pour comprendre que construire contre ou à coté du PCF est un leurre ou un mensonge.

Contrairement à ce que dit José Bové, on ne peut pas changer le monde sans prendre le pouvoir aux forces de l’argent et sans reconstruire un pouvoir réel de ceux qui travaillent. Pour cela, il faut un parti communiste ! C’est l’urgence de 2007 que masque l’illusion antilibérale l

[1Cette dernière citation est-elle un aveu de l’origine sociologique des rédacteurs ?

[2Patrick Braouezec, un des dirigeants antilibéraux qui émarge tantôt au PCF, tantôt comme alternatif, croit opportun de condamner le député communiste André Gerin qui lance un appel contre la violence. Au-delà de la polémique politicienne, le fonds est bien qu’il ne veut pas entendre ce qu’une enquête de la Sofres révèle sur les attentes des jeunes (en réponse spontanée, la première préoccupation concerne les violences et l’insécurité dont les jeunes sont victimes !)… il ferait mieux de faire attention à sa réélection s’il continue à faire l’autiste !

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