Réhabiliter la conflictualité collective conclusion de la lettre d’information de Cidecos

, par  pamillet , popularité : 10%

Un texte diffusé par Cidecos, très utile pour ne pas céder aux discours culpabilisant sur les souffrances au travail, notamment sur les suicides de France Telecom...
Ci-dessous la conclusion, le texte complet est disponible sur le site Cidecos

On a vu que l’augmentation de l’exploitation
au travail (via l’intensification
notamment) a ouvert des gains de
productivité et nourri l’augmentation
des profits ces 25 dernières années.
Cela a pu se développer par des instruments
de mobilisation au travail de
plus en plus violents : l’idéologie belliqueuse
de la guerre économique, le
chantage a l’emploi et les instruments
d’individualisation nourrissent une
concurrence fictive des travailleurs
entre eux et conduisent à des isolements
au travail particulièrement pathogènes.

Certes, il existe des résistances locales,
des tentatives permanentes
d’émancipation qui permettent de survivre
au travail. Certains collectifs de
travail parviennent à maintenir des solidarités
et défendent leur métier. Des
syndicalistes défendent corps et âmes
les conditions de travail. Cependant,
on fait le constat de reculs à l’échelle
globale et de certaines situations locales
très préoccupantes, parfois dramatiques.
Les crises du travail sont
à la source de la souffrance
 : quand
le travail perd de son sens, quand on
a le sentiment de ne plus rien pouvoir
changer les choses, quand on ne parvient
plus à contester ou même modérer
collectivement ce qui s’impose
à nous, les seules échappatoires sont
alors la maladie voire le suicide.

On le répète : le capitalisme a besoin
du travail et des travailleurs pour
produire de la valeur
. Tant que la
souffrance s’exprime individuellement,
les dégâts, que le système capitaliste
a lui-même produit, ne le menacent
pas vraiment puisque ces dégâts lui
coutent moins qu’ils ne lui rapportent.
Mais lorsque les souffrances individuelles
s’expriment par la contestation
collective, notamment par l’arrêt de
travail, alors le système perd ce qu’il
peut espérer soutirer du travail.

Face au primat patronal « individualisation
et psychologisation »
, il
convient de réaffirmer la nature sociale
des difficultés rencontrées et la
nécessité de réponses collectives,
tant dans leur élaboration que leur
réalisation.

Nous avons fait dans cet article l’hypothèse
que la souffrance au travail
est le résultat d’un processus par
lequel le salarié (à son corps défendant)
retourne le conflit contre lui,
en intériorisant les difficultés qu’il
rencontre sous forme de culpabilisation
et de désespoir. C’est alors
l’individu qui se vit en échec personnel.
A l’inverse, en identifiant
l’origine du problème à l’extérieur
de soi, dans tout le monde social,
on peut à la fois « extérioriser » sa
souffrance et trouver le chemin de
l’action collective qui seule sera
vraiment en mesure de redonner
du sens aux souffrances endurées
et d’améliorer réellement les situations
de travail.

Ainsi, face aux risques psychosociaux,
le syndicalisme a un rôle majeur à
jouer dans ses instances représentatives
(CHSCT, CE) et dans sa fonction
de construction collective de la contestation
d’un ordre établi pathogène. Il
s’agit selon nous :

  1. d’imposer le syndicalisme
    comme force d’action pour aborder
    la souffrance individuelle dans
    les entreprises et ne pas laisser le
    patronat écarter les « malades de
    l’emploi » sans soigner d’abord le
    travail ;
  2. d’orienter les salariés sur l’examen
    collectif de leur propre travail
    afin d’identifier les mécanismes
    collectifs et sociaux qui génèrent
    la souffrance exprimée individuellement ;
  3. de revendiquer avec force
    l’amélioration du travail, de ses
    conditions, de son contenu, de son
    sens, c’est-à-dire reprendre au capital
    ce qu’on lui a donné jusqu’à
    présent, même par petits bouts.

Parce que des logiques antagonistes
s’opposent à chaque moment dans
tout travail, son amélioration est nécessairement
un objet de conflit. Dans
ce conflit, il s’agit d’armer le rapport
de force en faveur du travail : chaque
gain en termes d’amélioration du travail,
aussi petit soit-il, portera en luimême
la contestation du capitalisme
dans ses fondements et la revendication
d’une société guidée par la préoccupation
du bien-être de tous.

Il faut donc réhabiliter le conflit social,
c’est la meilleure des thérapies, psychologiques
… et sociales !

Voir en ligne : Droit d’alerte n°10 Cidecos

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