Sortir de l’écologie capitaliste pour défendre le service public au service du climat

7 mai

Les débats autour de la transition énergétique sont nombreux, mais sans jamais faire de bilan de ce qui se fait depuis des années. La France a multiplié les lois et les dépenses publiques au nom de la « transition énergétique » et pourtant, ce dimanche encore, des jeunes manifesteront « pour le climat » avec le sentiment que rien n’a vraiment changé.

Ils n’ont pas tort, et pourtant ils se trompent. Car si rien n’a changé du point de vue du climat, beaucoup de choses ont changé, dans le mauvais sens, pour le modèle économique et social !

En fait, la « transition énergétique » a été utilisé par les gouvernements successifs, notamment depuis l’accord entre le PS et EELV de 2012, pour défaire le service public, déréglementer le secteur pour le privatiser, et marchandiser l’électricité à la mode européenne, jusqu’à cette aberration de prix négatifs (!)… Et l’impact carbone de la France n’a pas baissé, même si elle reste plutôt un bon élève des pays développés !

Il y a un énorme effort d’explication nécessaire pour aider à comprendre qu’on ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre en privatisant et marchandisant l’électricité, ni en développant des énergies électriques renouvelables à coup de milliards, alors que l’électricité française est presque totalement décarbonée !

Si les 120 milliards mobilisés pour l’éolien et le photovoltaique depuis 10 ans avaient été investis dans le développement du fret ferroviaire, des réseaux rail passagers cadencés autour des grandes agglomérations (comme le RER), et des transports en commun urbains, alors la France aurait fortement baissé ses émissions carbonées !

Pourquoi les ministres de l’environnement socialistes, écologistes, centristes ou de droite ne l’ont pas fait ? Parce qu’ils ont tous fait appel au marché, coincés dans la contrainte de la rigueur budgétaire, ce qui les a conduit à promettre des rentes financières aux investisseurs sans orienter l’investissement vers les priorités du climat, en France, les déplacements et le chauffage ! S’ils avaient défendu le service public, s’ils avaient décidé des investissements publics massifs, tout aurait été différent.

Et c’est ce qui conduit à cette situation ubuesque où des citoyens préoccupés par le climat s’investisse dans des actions pour de l’éolien ou du photovoltaïque qui n’a pas d’effet sur le climat, sans arriver à se mobiliser pour le développement du fret ferroviaire et des transports publics qui, eux, auraient un impact fort sur le climat.

Il faut donc multiplier les débats sur l’impact économique et environnementale des politiques publics, à commencer par la critique des modes de développement du photovoltaïque.

L’impact économique du financement du photovoltaique par la CSPE

Le modèle économique du photovoltaïque choisi depuis 10 ans et mis en œuvre dans la loi de transition énergétique et pour une croissance verte (LTECV) est clairement inspiré du modèle européen de la « concurrence libre et non faussée ». Tout le monde a déjà vu une publicité du genre « votre toit vous enrichit » qui laisse croire à un miracle économique pour masquer une réalité plus sordide : Le système d’achat contraint de l’électricité photovoltaïque est un énorme transfert vers les propriétaires de toiture dont les travaux sont défiscalisés, parfois subventionnés, pour mettre en place des installations dont le chiffre d’affaire est garanti pour 20 ans, et un moyen pour les opérateurs privés de remettre en cause le service public.

Et comme le marché capitaliste organise la spéculation sur le prix de l’électricité jusqu’à inventer des « prix négatifs », on se retrouve devant cette aberration que des propriétaires touchent des revenus de leur toit photovoltaïque au moment même ou d’autres producteurs doivent payer pour que de gros clients s’effacent, donc de fait pour ne pas vendre leur électricité !

Évidemment, personne ou presque ne connait ces mécanismes, mais pour les communistes, ce sont eux qui expliquent au fonds l’échec de la LTECV. Car la France a investi des dizaines de milliards dans les énergies renouvelables intermittentes pour un bilan terrible ; ses émissions de carbone étaient reparties à la hausse avant que la crise sanitaire ne mette l’économie à l’arrêt. Il n’est donc plus possible de continuer comme avant. Il faut faire un vrai bilan du développement des énergies renouvelables à la sauce capitaliste européenne et il faut réinventer un autre modèle.

  • Nous pensons qu’il faut cesser de subventionner des installations d’énergies renouvelables dont la rentabilité est garantie alors qu’elles sont dégagées de toute obligation de service public. Évidemment, quand il n’y a pas de soleil, personne ne leur demande de produire alors que les citoyens consomment. Et quand il y a trop de production parce que les usagers consomment peu, elles restent prioritaires sur le réseau ! C’est une aberration du point de vue du service public.
  • Il faut développer du photovoltaïque public avec stockage, plus couteux, mais pour chercher des innovations et la maitrise de cette filière, et pour le reste ne développer que les projets photovoltaïques en autoconsommation. En effet, ils ne reposent plus sur la vente de l’électricité, mais sur sa consommation locale, ce qui représente en fait une forme d’économie d’énergie électrique consommée sur le réseau. La difficulté par contre est que bien entendu, on ne consomme pas son électricité au moment ou on pourrait la produire avec du solaire. Cela confirme une réalité majeure. L’énergie ne peut pas être un système local, nous avons besoin des échanges et donc du réseau électrique ! Cela conduit à poser la question du stockage.

L’impact environnemental de l’intermittence des renouvelables électriques

Toutes les énergies électriques renouvelables développées depuis des années sont intermittentes. photovoltaïque, éolien… L’Allemagne qui a investi plus de 200 milliards dans ces énergies continuent à produire une électricité fortement carbonée à base de charbon et de fuel, tout simplement parce que le « taux de charge » [1] de ces installations renouvelables est bas. Elles ne produisent que 20 à 30% du temps, parfois jusqu’à 50% pour l’éolien en mer baltique, mais c’est une exception.

Les promoteurs de ces énergies expliquaient que le « foisonnement » des milliers sites de production allaient compenser ce taux de charge, en espérant que s’il n’y a pas de soleil, il y aura du vent. Nous avons désormais de nombreuses données détaillées qui confirment que ce n’est pas le cas. Donc, quelque soit la quantité d’installations solaires ou éoliennes, il faudra un complément pour assurer la continuité du service public. Cela explique pourquoi l’Allemagne a ouvert en 2020 une centrale électrique à charbon !

La seule solution pour compenser ce facteur de charge serait de pouvoir stocker l’électricité. On sait le faire en pompant de l’eau, et on le fait dans toutes les installations hydroélectriques existantes, et sans doute pourrait-on réfléchir à quelques nouvelles installations, notamment liées à la gestion des grands bassins hydrauliques ayant connue des inondations majeures ces dernières années, comme la Seine. Mais cela ne pourra jamais stocker la puissance installée en ENR !

Personne ne peut raisonnablement proposer de stocker de telles quantités d’énergie dans des batteries, très polluantes, même si malheureusement beaucoup de gens y travaillent.

  • Il faut poursuivre les recherches sur l’hydrogène comme vecteur d’énergie. On peut produire de l’hydrogène avec de l’eau et de l’électricité, et ce serait un moyen très propre, mais il reste pour l’instant très couteux et un système de stockage hydrogène n’est pertinent aujourd’hui que pour des sites isolés.
  • Il faut consacrer tous nos efforts à la réduction des combustibles fossiles. La priorité n’est donc pas du tout l’électricité, mais le chauffage et les transports. Il faut continuer à développer la biomasse, mais elle ne pourra pas remplacer massivement le gaz. Nous pensons donc qu’il faut relancer le chauffage électrique dans les bâtiments performant en isolation. Il faut aussi un plan d’urgence pour les transports collectifs électriques, mettre les camions sur le fret ferroviaire, réduire la voiture urbaine au profit des transports collectifs et des modes actifs. La question de la voiture électrique est complexe. Elle est pertinente pour des véhicules qui roulent beaucoup (taxis), mais pas pour l’usage le plus répandu des trajets urbains.
  • Il faut développer les biogaz avec une planification globale des usages de la biomasse pour ne pas introduire de nouvelles logiques marchandes dans la répartition de ses usages. Les déchets verts peuvent être utilisés en agriculture (amendement ou protection des sols), en compostage pour retour au sol, en production de chaleur (chaufferies biomasses), en méthanisation ou en gazéification pour produire du gaz vert. Si c’est le marché qui décide de la répartition, on générera des aberrations au seul profit de quelques uns et au détriment de l’intérêt général.

Quelques conclusions pour remettre en cause le modèle actuel de la LTECV

Il faut revenir au service public, un grand service public de l’énergie reposant sur la renationalisation complète d’EDF et d’Engie, avec des objectifs forts de baisse des émissions carbonées du secteur de l’énergie, donc une réduction rapide des consommations de fuel et gaz fossile.

Il faut inventer un mix énergétique garantissant la réponse aux besoins et la réduction de l’impact environnemental, l’indépendance nationale et l’efficacité économique… Il faut donc remettre en cause les objectifs actuels de la LTECV, reconnaitre la place nécessaire du nucléaire, développer un nouveau modèle d’énergies électriques renouvelables fortement couplés à des solutions de stockage, donc investir sur la filière hydrogène, développer des investissements publics en photovoltaïque et éolien stockés qui ne seront pas rentables avant longtemps, cesser de subventionner les renouvelables intermittentes.

Il faut investir massivement dans la recherche car c’est peut-être ce que nous ne connaissons pas encore qui sera la clé du système énergétique de 2050 ! autant sur les solutions de production (fusion) que de distribution et stockage ou de réduction de consommation notamment des systèmes électroniques.

Il faut inventer un nouveau fonctionnement démocratique du service public, associant la péréquation nationale et la solidarité, à la transparence et l’initiative locale. Il faut des comités citoyens adossés aux collectivités pour la transparence des réseaux et des installations de production, qu’elles soient publics ou privées.

[1temps de fonctionnement par rapport au temps total

Voir en ligne : intervention sur le soutien à une association de promotion du photvoltaique